Les oubliés de 2011 (2/3) : La Cafetera Roja – Louise Kick An Eyebrow

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La Cafetera Roja. Ou La Cafetière Rouge en français. Un nom curieux pour un groupe qui a eu le don de réveiller notre curiosité en moins d'un quart d'heure. Au détour d'un festival, presque par hasard, une fin de show saisie. Et une putain d'envie d'en savoir plus.

LA DÉCOUVERTE

28 juin 2012, troisième soir du festival Aluna à Ruoms en Ardèche. Une flopée de têtes d’affiche pour un évènement pas forcément axé sur la découverte (si l’on exclue le groupe d’ouverture de chaque soir), et pourtant, sans forcément s’y attendre, une belle inconnue a laissé sa trace. Une arrivée en fin de set, pas le temps de comprendre grand-chose, juste le temps de saisir à la volée les notions d’éclectisme, de culture et de diversité.

LE GROUPE

Plus tard, le puzzle commencera à prendre forme : « Roja » en guise de symbole pour l’Espagne, la Catalogne, là où La Cafetera peut marquer au fer rouge sa naissance en 2008 dans les rues de Barcelone. « La Cafetera » pour le mélange d’arômes qui s’en dégage. Six membres d’horizons différents (France, Espagne, Autriche, Lituanie) pour un son vacillant entre cinq langues. Six musiciens dont trois voix. Trois filles (Chloé, Aurélia et Heike) et trois mecs (Nico, Fiti et Anton). Comme si La Cafetera Roja reflétait l’image que l’on voudrait de notre grande Europe.

SORTIE DE « LOUISE KICK AN EYEBROW » EN 2011

Une création jeune, urbaine, et déjà à créditer de deux albums : le premier, « Calle Riereta », est sorti en 2009. Le second, « Louise Kick An Eyebrow », en février 2011. Leurs deux points communs ? De l’angle musical, la fusion, bien entendu, l’art de mêler les genres, et surtout, une mayonnaise qui prend forme sur les terres françaises de Haute-Loire grâce au label indépendant Green Piste Records.

Sur les sentiers battus de la fusion, le plus difficile est de ne pas se perdre : un groupe doit se diversifier pour exister tout en essayant de conserver son identité. Pas simple. Pire, pas forcément accepté. Là où l’évolution de la musique passe par son renouvellement, les critiques se montrent souvent aiguisées envers les groupes qui tentent leur coming-out. C’est du quitte… ou double.

Dans ce second album, La Cafetera Roja a décidé de mûrir : les morceaux sont moins accessibles à la première écoute, moins énergiques aussi, mais apparaissent sous un angle nouveau. « Louise Kick An Eyebrow » est plus soigné, plus précis. On sent les arrangements, l’envie sincère de lier les cultures. La première track, Rolex, en est devenu un hymne fédérateur : intro au violoncelle, battle au micro H/F, intrusion du saxo pour un début rappé en fanfare. Hip-hop cuivré pour scratchs maîtrisés, virages rock puis acoustique démontreront que, en moins de quatre minutes, l’univers de la Cafetière est fêlé. En quatre minutes, La Cafetera Roja nous a surtout envoyé un message : toutes les influences condensées dans un unique morceau vont, à présent, se décliner en quatorze pistes désireuses de pousser les barrières musicales.

Les ballades trip-hop sont à noter, on retrouve des ingrédients piochés à Portished ou aux excellents (et regrettés) Si*Sé. Les mélodies sont percutantes et rendent bien la réplique aux entrées des percus africaines (Musical State), du violoncelle et des carillons (Georges and The Valley Boogie Band) ou de la simple force des mots (The Lie Is Away). Impossible de ne pas s’attarder plus sur cette dernière compo : rythme incisif, ambiance pesante par le déchirement du violon, chaleur humaine d’Aurélia au chant enveloppé, à l’opposé, du flow agressif d’Anton accompagné d’une série de riffs aiguisés. Étonnant. Puissant.

Des surprises, l’album en est rempli : difficile de prévoir sur quoi la fin d’une piste va déboucher. L’auditoire peut se retrouver enchaîné dans la brume électrique où la sueur des guitares imprègne l’atmosphère (My Home) avant de fatalement basculer par-dessus bord au terme d’une cascade à vent (presque) stressante (Hopera). De là à croire que tout s’arrête, La Cafetera Roja a de la ressource : repêché en Italie, démonstration orale de l’utilité de la parole (Inutile Parlare). Les idées claires, le levier culturel s’actualisent : petite séquence r’n'b (Locobios) pas spécialement emballant, mais un aparté dub/hip-hop/rock efficace (Weird Masterpiece) est appréciable après quelques enjambées.

Jamais rassasié, l’exploration se poursuit : mention spéciale à Verte pour sa chaleur latine, un régal à la guitare, mais pas seulement. Le duo de chanteurs prendrait presque des allures cubaines sous leurs grands chapeaux avant de retrouver un côté roots plus joyeux sur The Mexican.

Passant de la lumière à des retranchements plus tortueux, La Cafetera peut avancer masquée : sur Butterfly, les machines prennent le pas où le chaos menace d’exploser. Pourtant, c’est une vague blue/jazz qui donne le tempo ! Aux variantes pop ou folk (Neigbourhood), La Cafetera Roja n’a pas oublié son sens de la fête : de sa fameuse ligne de basse, il reste encore des notes à donner (I’m Leavin’) avant qu’un Until I Wake Up ne mette tout le monde d’accord. Guitare sèche, violoncelle sur fond hip-hop, il ne manquait qu’Aurélia au chant pour sucrer cette belle recette.

La Cafetera Roja est en cours de maturité. Si elle peut donner encore l’impression de se chercher, son second essai « Louise Kick An Eyebrow » regorge de qualités. Nul doute que ce nom risque de revenir avec insistance…

EXTRAIT « ROLEX »

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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