Les oubliés de 2011 (1/3) : The Death Set – Michel Poiccard

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A chaque été, c'est la même rengaine : nous sommes inlassablement dans le creux de l'année niveau sorties d'albums. Ce qui n'empêche pas d'être toujours aussi avide de découvertes et de garder l'oreille musicale. En attendant d'être à nouveau dans le bain de la rentrée, Discordance a eu envie d'offrir trois séances de rattrapages sur des albums qui l'ont marqué en 2011. Première escale en Australie aujourd'hui avec The Death Set qui sortait son second opus en 2011, "Michel Poiccard".

Image de The Death Set – Michel Poiccard

Rappelez-vous, festival Marsatac 2011, Marseille. Une claque. Une grosse claque. En l’occurrence celle de The Death Set. Pourtant, au départ, on faisait partis de ceux qui regrettaient Black Lips, initialement prévus, mais remplacés à la dernière minute par le trio australien. Un premier album assez brut, bricolé avec les moyens du bord ; Worldwide (2008) s’avérait pourtant être séduisant. Douce énergie punk, côté déjanté attachant, garage à souhait… et un sérieux penchant hip-hop dans le chant qui les a souvent poussé à la comparaison des débuts des Beastie Boys. Bref, la mayonnaise prend. Beau Velasco en jète, Johnny Sierra aussi. Ce combo au chant fracasse. Accompagné de Daniel Walker, le groupe est né. Avec Ninja Tune comme label, The Death Set s’affirme vite comme un groupe à potentiel.

Pourtant, un an après la sortie de son premier essai, la vie de The Death Set ne tient qu’à un fil : Beau Velasco décède le 27 septembre 2009 d’une overdose. Lui qui était chanteur, compositeur et guitariste du groupe, entraine un immense vide. The Death Set est à terre, mais pas enterré. Sierra et Walker décide de porter à bout de bras le groupe, en guise d’hommage à Beau Velasco. « C’est ce qu’il aurait voulu » disent-ils sur leur site officiel. Le 15 mars 2011, « Michel Poiccard » sort dans les bacs. Nouvelle claque. Là où l’on pensait retrouver un groupe décimé, The Death Set s’est relevé. Admirablement. 17 titres, dont 3 interludes, de haute volée. La plume a changé de main, mais l’esprit est préservé, et, musicalement, la diversité des tracks est déconcertante. Sévir dans le registre punk/rock est devenu tellement banal aujourd’hui qu’il est assez difficile de se démarquer de la masse d’artistes du genre. The Death Set a su trouver les ressources nécessaires pour jeter, à nouveau, un pavé dans la marre.

Fidèle à son registre musical, le groupe a composé des tracks principalement comprises entre une et trois minutes. Taillés pour le live, ces derniers s’enchainent à la pelle quasiment sans temps mort… une belle marque de fabrique punk. Mais The Death Set touche à tout : il sait manier les phases énergétiques et celles moins criardes. Beau Velasco en guise d’intro, l’album est un concentré de brûlots qui agitent sévèrement le bocal : Slap Slap Slap Pound Up Down Slap est un premier cocktail punk hurlant, un immense défouloir qui donne bien la réplique à un Too Much Fun For Regrets ou à un phénomène d’intensité sur I Like The Wrong Way. Les guitares en ébullition, les riffs saturés, invasion du digital, The Death Set nous avait bien préparé à ça ! Mais au-delà de ces morceaux terriblement corrosifs, The Death Set démontre une fois encore qu’il sait s’énerver en proposant des mélodies terriblement bien ficelées : plus punk/rock, on reste ébahis devant la rythmique entêtante d’un track tel que It’s Another Day ou un We Are Going Anywhere Man, plus hip-hop dans le chant.

Intégrant de plus en plus régulièrement un synthé du plus bel effet, les sonorités plus fraîches d’une composition telle que Can You Seen Straight ? confère une nouvelle dimension au groupe : cela reste toujours très punk, mais les mélodies gagnent en puissance et on comprend la violence de ce groupe, meurtri, qui a cette incroyable faculté de nous faire baigner dans ses pensées. Beau Velasco est présent, partout. Ses paroles, son esprit, il nous enveloppe au fil des morceaux dans ce voyage sans retour. Michel Poiccard est avant tout un hommage sonore à Beau Velasco. Il sait nous faire exploser par sa force, ses coups de boutoirs criards, mais aussi nous faire chavirer : il y a plusieurs pépites qui retournent les tripes sur cet album. Seule track supérieure à 4 minutes, I Miss You Beau Velasco ne laissera personne insensible s’il connaît le passif du groupe. Même s’il y a une effusion de guitare, le synthé créait une mélodie qui vous arracherez presque le coeur. Ça hurle sans hurler. Comme Is It The End Again ? : c’est à se poser réellement la question. Pas encore visiblement.

Entre ces morceaux littéralement opposés, The Death Set propose ses morceaux sans le moindre accroc : même si un Chew It Like a Gun Gum est résolument proche des fameux Beastie Boys, les Australiens ont toujours le petit truc qui renversera la tendance. Au refrain ravageur (« Michel Poiccard prefers the old (she yearns for the devil) »), aux embardées électroniques de A Problem Is A Problem It Don’t Matter Where You From ou aux guitares acérées de I Been Searching For This Song Called Fashion, The Death Set ne lasse jamais l’auditoire. En ayant définitivement intégré les beats électroniques et autres synthés à ses compos, le groupe a évolué, c’est certain. Mais il garde en lui cette recette qui lui permet de transformer tous ses morceaux en hits regorgeant de punk. Et même quand il confère des invités au grand banquet : Spank Rock se ballade sur 7 PM Woke Up An Hour Ago avant que Diplo ne fasse exploser les enceintes sur Yo David Chase ! You P.O.V. Shot Me In The Head dans un délirant show électro/punk limite saturé.

The Death Set est vivant. Plus que jamais. Avec Beau Velasco qui veille sur eux, il ne peut (presque) rien leur arriver.

Extrait Slap Slap Slap Pound Up Down Snap, The Death Set (2011) :

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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