Les Mécaniques Poétiques – Ez3kiel

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Deuxième ville étape pour l'exposition d'Ez3kiel "Les Mécaniques Poétiques". Après un long passage au Palais de la Découverte à Paris, escale au Carré Sainte Anne de Montpellier pour découvrir quelle merveille les tourangeaux nous ont encore concocté.

Image de La venue des Mécaniques Poétiques dans la capitale comme phase de test a été un tel succès, que nos compatriotes de Tours ont décidé d’en faire profiter la province. C’est ainsi que le Festival « Montpellier à 100% » faisait de nouveau appel aux services d’Ez3kiel, trois ans après les avoir fait venir pour assurer le show au Rockstore. Mais cette fois, tout autre décor, toute autre atmosphère et changement de dimension : après nous en avoir mis plein les oreilles par ses performances sonores, Ez3kiel va toujours plus loin dans son concept d’interactivité en présentant l’exposition Les Mécaniques Poétiques.

Afin de re-situer le contexte, il est utile de rappeler que l’univers fascinant monté de toutes pièces par Ez3kiel est réalisé par son bassiste, Yan Nguema. C’est lui-même qui réalise les pochettes des albums, le site internet et surtout, les graphismes projetés sur les écrans lors de leurs concerts. C’est à se demander si leur créativité débordante dans la musique ne s’est pas répercutée sur leur graphismeee. Cette exposition est nettement sortie de l’ambiance féérique si propre au groupe (notamment celle de Naphtaline), comme si l’on se retrouvait expédiés de l’autre côté du miroir.

Avant d’aller plus loin, Yan Nguema et Ez3kiel ont travaillé avec plusieurs structures afin de matérialiser ce projet : ils ont en effet bénéficié de l’appui de l’Atelier Arts-Sciences (avec les chercheurs du CEA-LETI de Grenoble et de l’Hexagone/Scène Nationale de Meylan) en collaboration avec ERASME, Centre Multimédia du Rhône.

Le concept est en tout cas très simple : proposer une série de dix installations numériques interactives sonores et visuelles, en mélangeant l’art, l’évolution des technologies et les musiques électroniques. Ces dernières sont construites à l’aide d’objets anciens qui ont perdu toutes leurs fonctions. Le mélange du rétro et de l’high tech est poussé à l’extrême, et personne n’aurait imaginé que l’on pouvait les transformer avec tant de brio.

Laissons-nous embarquer dans ce doux monde où la réalité semble subitement s’effacer au détriment d’une ingéniosité hybride sortie de nulle part…

Le cadre peut en tout cas surprendre même si, au fur et à mesure de la visite, il colle à merveille aux sensations procurées par cette escapade : nous nous trouvons au Carré Sainte Anne, c’est à dire dans l’Eglise Sainte Anne, au cœur de la ville de Montpellier. Une salle prédisposée à recevoir d’autres évènements artistiques et plastiques. Une longue pièce rectangulaire avec une lumière tamisée, où seuls les vitraux colorés laissent passer la clarté du jour…

Laissons-nous surprendre par ces machines qui se dévoilent progressivement…

La première machine est aussi surprenante que révolutionnaire : imaginez-vous dans votre grenier avec une vieille machine à coudre à pédale, où seul le bas aurait été préservé. Vous enlevez la partie haute pour la remplacer par une tablette composée à demie par un large écran numérique, puis par une série de molettes, tirettes et autres boutons en tout genre. Provoquez votre curiosité pour vous rendre compte que chaque action de vos pieds et de vos mains transforment le tout en véritable boite à rythmes et table de mixage. Stupéfiant.

La ballade se poursuit et la deuxième création  reprend un peu l’idée de la précédente : un socle rappelant celui d’un télégraphe envoie des images diffusées sur le mur. A chaque pression, des billes tombent comme celles d’un flipper, en assimilant la notion d’équilibre des labyrinthes en bois… Vous savez, ceux à poignets que l’on doit balancer de droite à gauche, en faisant attention de ne pas faire tomber les boules dans les pièges ! Des cavités ornent la sphère et l’objectif est de faire passer les billes à l’intérieur, chose qui produira un son. Ces cavités sont bien entendu différentes l’une de l’autre. De quoi se laisser captiver pendant un petit moment. « Les Balles Perdues« . Tiens, elle porte bien son nom.

Image de La tentation se fait plus forte et l’excitation finit par prendre le dessus. Aussi curieux que cela puisse paraître, « La Madone » repose sur son piédestal, impassible. Elle se fondrait presque dans le décor tant sa présence passe inaperçue… Mais à quoi sert-elle ? Là aussi, on approche à tâtons en se demandant quelle va être sa fonctionnalité. Simpliste mais assez comique, il vous suffit de palper doucement ses contours pour percevoir des sons plus ou moins aigus selon les passages. Bras ouverts et mains tendues, la plupart des spectateurs ont succombé à son appel !

Place maintenant au « Piano Quart de Corps« . Beaucoup de gamins innocents se sont laissés tenter par l’expérience qui ne les aura probablement pas marqués. Pourtant, impossible de ne pas faire le rapprochement : ce piano de « poche » est surmonté d’un écran qui diffuse un automate avec des bras mécaniques, dorés et nacrés. Les connaisseurs du groupe s’y seront retrouvés : il s’agissait des graphismes présents sur le morceau Break or Die en live, présent sur la dernière tournée. L’automate joue, à sa manière, les notes choisies par l’utilisateur. Ses mouvements sont codifiés en fonction des notes et produisent le son adéquat. L’occasion de refaire, avec une touche plus personnelle, la nouvelle instrumentation du morceau.

Pour rester dans les machines plus sonores que visuelles, « La Cage de Fa Ré Do » est tout aussi éloquente. Représentez-vous une harpe, dont vous venez doucement frôler les cordes. Au lieu d’avoir une ossature de bois plate, le tout est présenté sous forme de cage circulaire, où 120 barreaux en métal, acier, aluminium et laiton sont intercalés avec une soixante de fibres optiques. Passez les mains dessus, et vous verrez…

Le clou musical de ce domaine restera de loin « L’Orgue aux flacons« . Littéralement sous le charme du procédé, nous sommes surtout frappés de voir à tel point c’est réaliste. Une trentaine de flacons de verre tous munis d’un bouchon sont disposés sur une commode. Jusque là, rien de sensationnel, mais c’est la suite qui fascine : ces flacons sont tous d’une taille différente, comme les grosseurs qui sont variables, ou de formes plus ou moins fines. Chaque bouchon soulevé  laisse échapper un son, comme si le contenu invisible du précieux flacon s’évaporait. Selon les flacons, les sonorités virent vers les aigus et notes graves. Et là où la réussite est totale, c’est lorsque vous réussissez à mobiliser vos voisins. Essayez de « capturer » quelques visiteurs, réquisitionnez leurs mains et inventez votre propre mélodie ! De vrais apprentis de la musique, véritables sorciers électroniques, les variantes sont tellement nombreuses qu’en alternant vitesse et sens de la mémoire vous arriverez à donner un résultat plus qu’étonnant !

Progressivement, le visuel se fait de plus en plus important. « Les Cordes sensibles», malgré son nom, est constituée d’une tribune où un écran sert d’appui. Cet écran tactile réagit au positionnement de trois mobiles que l’on peut déplacer, soulever et tourner. A chaque fois que vous faites « poids » sur l’écran, un réseau de cordes se créé. L’intérêt avec les différents mobiles est de provoquer la rencontre des réseaux de cordes spécifiques, qui provoquent des séries de sons propres. L’équilibre parfait entre la géométrie des cercles et les sonorités, les deux autres éléments servant à déformer ou modifier la dimension du réseau !

Image de La dimension, elle n’arrête pas d’évoluer, et ce tout au long des machines. La mécanique rencontre la virtuosité et l’imaginaire d’Ez3kiel. Un vélo de ville ancien est posé là, au milieu de la pièce, face à un écran qui fait tout un côté de l’église. Pédalez à n’en plus finir ! Rétro pédalez aussi ! Les coups de pédales vous propulsent au cœur du « Jardin d’Exebecce« . Chevauchez la bicyclette d’exploration et découvrez à pas feutrés ce doux jardin à la fois bleuté et parsemé d’obstacles. Donnez des coups de guidons pour éviter la multitude d’objets qui croiseront votre route, les fans y retrouveront des symboles du groupe dans leurs graphismes. Une atmosphère chaude, toujours parsemé de cette danseuse présente sur Naphtaline accroché à sa montgolfière, dans des nuances vertes et étoilées…

Sur la machine « Les Vents d’Autans», le virtuel prend de l’envergure : il faut générer des flux de particules en posant ses doigts sur l’écran. Les variations et les mouvements en tourbillon augmentent l’apport mais facilitent aussi leur convergence. Créez des courants pour capter la trajectoire du célèbre montgolfière et si c’est le cas, une note sera émise. Intéressant.

Pour conclure cette tournée hybride, la dernière machine (la plus classique) concerne un « Stélescope » qui vous amène dans le théâtre de Naphtaline. Ce théâtre n’est lui aussi pas méconnu puisqu’il apparaissait en feu lors de la tournée de Battlefield. Il suffit d’orienter l’axe de vision pour visiter en relief les travées de ce lieu devenu incontournable, tout en n’oubliant pas d’actionner les boutons afin de voir quelles surprises se dévoilent…

Cette exposition est tout droit sortie de l’univers particulier et exceptionnel d’Ez3kiel. On reconnait bien là le travail admirable que réalise Yan Nguema depuis de longues années. La sortie du double Cd/Cd-Rom Naphtaline en 2008 avait déjà quelque peu montré la créativité multi-domaines de ce quatuor. Les machines sont en tout cas plus étonnantes les unes que les autres, la luminosité de la salle parfaitement en symbiose avec les frémissements procurés par la visite. Seul point négatif à soulever : le manque de séparation entre les ateliers qui a empêché peut-être une immersion totale dans ce monde si particulier. Enfin, le concept peut paraître étrange et mal reçu pour ceux qui ne connaissent pas le groupe et ses créations… mais plus d’un se laissera porter par la malice et le génie de ce monde virtuel.

De manière générale Ez3kiel attire autant les foules, que ce soit pour sa musique ou pour ses talents annexes. Son passage à Montpellier restera un record et a mis des étoiles plein les yeux à ses nombreux visiteurs : 4 500 personnes se sont déplacées en 10 jours (ouverts), du  14 au 26 Février dernier. Sans précédent pour le Festival Montpellier à 100%. Et encore un carton plein pour Ez3kiel.

Crédits photos : Olivier Audouy

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En savoir +

- Site Officiel : http://www.ez3kiel.com/
- Myspace : http://www.myspace.com/ez3kielmyspace
- Résidence Ez3kiel : http://ez3kiel.atelier-arts-sciences.eu/ (vidéos des démarches de l’expo)

Les Mécaniques Poétiques seront à :
- Ambares (Pôle Culturel Evasion ) : du 21 mars au 9 avril 2011
- Evry (Théâtre de l’Agora) : du 3 au 21 mai 2011
- Tours (Château de Tours) : du 27 mai au 3 juillet 2011

A lire sur Discordance : Live Report d’Ez3kiel au Rockstore de Montpellier
http://www.discordance.fr/ez3kiel-594

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

7 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 8 mars 2011
    Yves a écrit :

    J’aime beaucoup la musique d’Ez3kiel et son univers (malgré une tendance à basculer parfois un peu trop dans la lourdeur et le grandiloquent) et j’étais très curieux de découvrir leur expo au palais de la découverte. Finalement c’est franchement une déception: quelques idées ne sont pas mauvaises mais dans l’ensemble ça fait plutôt cheap, une esthétique de jeu vidéo bas de gamme plus que de véritable œuvre d’art, certains concepts auraient pu être bien plus développés. Du point de vue sonore, c’est amusant deux minutes de jouer avec les sons mais on peut pas dire que ce soit très novateur. Bref, très gadget. Voire bâclé.

  2. 2
    le Mardi 8 mars 2011
    Dimitri a écrit :

    Je comprends que des visiteurs en simple « curieux » et pas forcément des connaisseurs du groupe trouvent le concept assez étrange. Pour être franc, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus grand et varié. Cependant une bonne majorité des installations est étonnante et à essayer, du moins c’est mon avis, au moins une fois.

    Je te trouve un peu sévère. Mais chacun son ressenti. Ça collait bien avec l’image du groupe.

  3. 3
    VIOLHAINE
    le Mardi 8 mars 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    Elle est MAGIQUE la première machine que tu présentes !
    Très steampunk, je ne peux qu’aimer !
    Merci

  4. 4
    le Mardi 8 mars 2011
    Dimitri a écrit :

    Perso elle m’a fait beaucoup triper^^
    L’orgue aux flacons, à 4 mains (avec ton voisin), aussi !

  5. 5
    le Mercredi 9 mars 2011
    Yves a écrit :

    Ok j’y suis peut-être allé un peu fort, c’est vrai que les inventions ont le mérite d’intriguer, et il y en a des plutôt bien trouvées. Je m’attendais peut-être à un peu trop et l’ensemble donne une impression frustrante de pas complètement abouti, comme si ça aurait pu être génial mais que faute de temps c’est juste « pas trop mal ». Sur le rapport entre musique et technologies il y a pourtant tellement à faire! Par exemple un truc qui m’a époustouflé dernièrement (même si c’est un assez différent parce qu’il n’y a pas le côté interactif) : http://www.youtube.com/watch?v=m_Ajg1G3vik
    C’est à quelque chose de ce niveau-là que je m’attendais…

  6. 6
    Dimitri L
    le Mercredi 9 mars 2011
    Dimitri a écrit :

    Oh Yves je comprends maintenant pourquoi t’as été déçu… Heureusement que je n’ai pas vu cette vidéo AVANT d’aller voir l’expo ! C’est vraiment impressionnant, le rendu époustouflant !

    Mais là on est plus dans de la « mécanique musicale », tu l’as bien précisé, sans le côté interactif. Elle est très curieuse cette vidéo, merci de la découverte.

    Entre nous, c’est quand même un autre niveau… Il y a un sacré mécanisme derrière les interconnections de ces machines et une sacré jugeote pour monter tout ça.

    Je ne pense que c’était l’objectif d’Ez3kiel de faire une expo dans ce tonneau (de la vidéo), il faut rappeler que le thème principal était « Naphtaline » avec son atmosphère très doux et envoutant. C’était plutôt ça la portée du message…

  7. 7
    VIOLHAINE
    le Jeudi 10 mars 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    Merci pour Felix’s Machine. Super découverte.
    « This Is Totally Going In My Blog! » :)

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