Les Justes sont de retour

par Lou|
Sur la scène du théâtre de la Bastille, il n’y a presque rien : une table de fortune, quelques chaises en plastique beige, une planche dans laquelle sont plantés des clous. Au dessus de nous, des séries de néon reliés les uns aux autres par un câble. Et puis partout sur les murs, du scotch jaune sur lequel est écrit en noir le titre de la pièce.

lesjustesLes comédiens sont déjà sur scène lorsque nous entrons, ils semblent nerveux, ils nous regardent, se parlent entre eux, s’interpellent. Le ton est donné : nous ne sommes plus au théâtre, nous sommes chez les justes, avec eux. La pièce d’ Albert Camus se déroule initialement à Moscou, en février 1905. Un groupe de terroristes du parti socialiste révolutionnaire organise un attentat contre le Grand Duc, l’oncle du Tsar. C’est pourtant une histoire universelle de révolte, de rébellion, et comme le suggère le titre, de recherche de la justice, qui se joue devant nous. Une histoire de désespoir également.

La pièce commence comme une lecture, à la table. Une comédienne lit les didascalies et marque les silences en éteignant les néons. Le pire du théâtre contemporain ? Ne nous arrêtons pas là : cette sobriété dégénère rapidement. La diseuse de didascalies d’origine asiatique se rebelle et évoque ceux qui « travaillent dans l’ombre », le public applaudit, elle menace de quitter la salle, elle n’en peut plus de ces comédiens qui « crient comme des putois », éclat de rire général. Les comédiens essaient de la retenir mais ils jouent dans le noir jusqu’à ce qu’elle réapparaisse, calmée et prête à nous mimer (bruitages compris) la calèche du grand Duc qui passe devant les fenêtres du QG des justes.

justesA partir de ce moment les interactions se font de plus en plus nombreuses entre les comédiens, la diseuse de didascalies et le public, avec un respect qui permet de ne jamais se sentir mal à l’aise. C’est bien un lien entre les justes et la salle qui se créé, comme, par exemple, lorsqu’une des comédienne traverse le théâtre aidée par le public qui lui tient les mains. Le rythme s’emballe, les comédiens courent dans tous les sens, dans la salle, sur scène, jouent de la batterie, de la flute, distribuent des oranges au public qui les mange ou les jette sur des soldats de carton.

Malgré quelques passages qui semblent superflus ou bâclés, il y a de la jeunesse, de l’énergie et du culot qui font du bien dans cette pièce. Nous sommes les justes, nous sommes ceux qui doivent lutter, comme l’écrit et nous le démontre le metteur en scène, Gwénaël Morin qui nous parle de détermination, de sincérité, de mission, d’exaltation. Il ne s’agit pas de faire du théâtre conventionnel mais bien de chercher ailleurs, vers ce que permet l’instant de la représentation, du côté de la folie ou de l’idéalisme, courageusement. C’est bien croire au théâtre que de lui permettre d’aller aussi loin, avec « l’espoir de changer la vie ».

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Site officiel: http://www.theatre-bastille.com
Jusqu’au 23/11

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