Les Intrus

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Découverts en avant première européenne au BIFFF 2009 (Brussels International Fantastic Film Festival, pour ceux qui ne suivent pas), ces "Intrus"-là (plus judicieusement appelés "The Uninvited" en anglais), laissent plutôt perplexe.

intrus_logo_image01Difficile de vous en parler sans éventer la petite (grosse) subtilité sur laquelle tout le film repose, et plus simplement sans évoquer le film coréen dont il est le vague remake (mais certains en lisant le synopsis se douteront vite de quel film il s’agit).

Pour la recette, rien de bien sorcier.

Prenez une pincée de jeune fille en fleur : Emily Browning – vue dans Les Orphelins Baudelaire – splendide, diaphane mais… plutôt inexpressive… Faites-la sortir d’un institut psychiatrique, et plongez-la dans un bouillon de famille recomposée (peu de temps après le décès traumatique de sa mère, elle découvre que le père s’est remis avec l’infirmière, et que celle-ci compte bien faire la loi à la maison).

Saupoudrez d’une peu de grande soeur complice, rajoutez un soupçon de fin d’adolescence et de fantastique à peine esquissé (rien de gore, rien de trop violent). Pour finir, placez le tout dans un décor hitchockien à souhait (la villa surplombant la mer, le pavillon de la mère décédée en contre-bas), un centre ville pas tout proche… Et voilà, c’est prêt!

A la manière de The Ring, Dark Water ou The Grudge, oser succéder à un film culte asiatique avec l’artillerie d’une grosse production américaine, c’est comme vouloir écrire son prénom sur un grain de riz avec une bombe de peinture.
Mais il faut reconnaître que The Ring par exemple, tirait son épingle du jeu, en reprenant l’ambiance sombre, claustrophobique du film initial, en y insufflant un rythme et une tension beaucoup plus occidentaux…
Ici, rien de tout cela : tout se passe en plein jour, toutes les tensions sont désamorcées une à une, appuyées par la musique calme (et très agréable) qui nous enveloppe lentement… Et voilà que l’on se retrouve avec un film qui ne voit son intérêt « psychologique » apparaître qu’à… la toute fin!

intrus_logo_image02Ainsi donc, le spectateur, après avoir soufflé pendant les trois-quarts du film, se tournant et retournant sur son siège, agacé par tant d’évidence scénaristique, tant de lieux communs (la jeune fille psychologiquement perturbée, le pavillon abandonné en bord de mer, la belle-mère faussement sympathique, les fantômes d’enfants …), risque de ne pas voir venir de plein fouet le… twist final.

Oui, voilà, le mot est lâché… ce qui fit le fond de commerce de ce cher M. Night Shyamalan, le fameux « twist final », vient signer d’une patte, certes un peu grossière, mais finalement honnête, un thriller un peu bancal, et qui, en grande partie, vaudra le détour pour la petite poupée de porcelaine Emily et son visage de lune aussi pulpeux… qu’opaque.

Et dommage d’ailleurs, car le reste du casting n’est pas vraiment à la hauteur, et finalement, on attend bien longtemps avant de voir une lueur au bout du tunnel.

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Les Intrus ( The Univited ), de Charles & Thomas Guard
Dans les salles depuis le 10 Juin 2009
Avec : Emily Browning, Arielle Kebbel, David Strathairn
1h 27min
Américain, canadien, 2009.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=129793.html‘>Fiche AlloCiné
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18846679&cfilm=129793&hd=1.html‘>Bande-annonce

A propos de l'auteur

Image de : Sorti d'une école de Communication Visuelle de Bruxelles il y a 15 ans, directeur artistique belge basé à Paris depuis 10 ans, c'est un touche-à-tout dans le domaine des arts graphiques et du multimédia. Tour-à-tour photographe, graphiste, vidéaste, ou illustrateur, c'est aussi un IA ( Internet-Addict ), qui apprécie particulièrement le "cinéma-qui-possède-sa-petite-musique-intérieure", les "musiques-qui-te-donnent-des-images-dans-la-tête" et les événements culturels un peu décalés. De là à devenir chroniqueur pour Discordance... il n'y a qu'un pas, qu'il a franchi avec plaisir. Site web : http://www.mockery.fr

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 26 juin 2009
    Julien Vachon a écrit :

    Belle critique… J’aurai également évoqué un film qui semble parler de la même chose « dark memories » avec l’histoire d’une fille qui pète les plombs à la mort de ses grands parents, qui hérite d’une maison avec pleins de mauvais fantômes du passés.
    Un peu comme dans les intrus ce sont les daemons intérieurs qui hantent les protagonistes de ces films.
    Bref voila… ce film dépasse un peu Dark Memories au niveau de la trame, mais sans plus.

    Je suis sorti déçu de ce film, dès l’arrivée de Emily Browning dans la maisonnette familial je me suis douté de la conclusion du film.

    Bravo à toi Marc pour ta critique

  2. 2
    le Dimanche 28 juin 2009
    M/o/C a écrit :

    Merci Julien!

    Mais au final, à recueillir les avis à droite à gauche, je vois bien que le film a déçu ceux qui connaissaient le film initial, et peu marqué les autres.

    Il y a juste sur quelques forums « américains » où les jeunes appréciaient que celui-ci fut + compréhensible que le film des Deux Soeurs asiatique, trop hermétique à leur goût.

    Mais là, on lance un autre débat: a-t-on le droit de tout niveler vers le bas, juste pour plaire au plus grand nombre, à la masse de ceux qui ne veulent pas se creuser les méninges?

    Je dois voir le film initial pour pouvoir le dire ici. Parce que c’est vrai que parfois, le ciné asiatique est exagérément fermé. Mais de là à tout affadir…? :)

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