Les Inrocks nouvelle formule : sur la courbe !

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Ils l'ont tous faite leur nouvelle formule, et on sait pourquoi. Une façon comme une autre de créer la nouveauté, réorienter sa cible, travailler son positionnement et faire monter les ventes. En tant que vrais spécialistes des Inrocks et adeptes jusqu'au bout du précepte impolitiquement correct, on ne se laissera pas mener par le bout du nez. Néanmoins : quoi de plus légitime que de vouloir être plus lus encore, dans le fond ? Alors décryptage, on fait passer le mag à la courbe, il n'y a pas de raison.

Pré-buzz

De l’histoire ancienne new new new : la nouvelle formule, on la sentait frémir et gronder sous la couv’ depuis quelques mois déjà. Et pour ainsi dire, c’était relativement désemparant. La partie politique – actu plongeait dans l’opposition anti-sarkozyste et anti-droite de façon bornée. Automatique. Sans scrupules et surtout souvent sans grands fondements. Angles et traitements grande-gueule facile parfois, on parcourait certaines lignes d’un œil sceptique et on tournait la page un peu plus vite. Pas besoin d’anarchie provoc sans crédibilité pour être de gauche. Maintenant, la new new new formule passe au-dessus et devient pertinente pour de vrai.

Buzz

Tout nu : un dossier superbe, bien renseigné, plein d’infos qui croustillent et qui apprennent une bonne part du politique façon solide. Bravo. Des chiffres, des questions pertinentes, du drolatique sans mauvais esprit révolutionnaire sans vergogne, de la critique à gauche et à droite. La pépite : le confort d’être dans l’opposition, diagnostique Michel-Antoine Burnier. Avec un article de fonds pareil, on ne peut pas dire que le mag s’installe dans la critique aisée du pouvoir sans réflexion. Et encore moins qu’il ne réfléchit pas un tant soit peu aux logiques profondes du milieu.

Semaine critique de la mode et du design : superbe. Drôle, intelligent et extra-lucide sur nos petites tendances sociétales. On espère que ça va durer, le format en quelques points autour de sujets transversaux. Le concours de sapes glauques à droite, les odeurs potaches, le mauvais recyclage, ça balance et pas à tort.

Le paperblog : l’essence de la moelle en deux pages. Enfin on peut quand même lire le reste aussi.

Hype

Image de Les Inrocks nouvelle formule Les marins ivres qui se droguent : c’était quoi la connexion ? Drugs, alcohol et donc rock’n'roll ? Very légère quand même non ? Ils ont l’air tellement paumés dans les pages actu et société qu’ils en deviennent hype.

Villepin et le jogging.

Serge Kaganski : encore et pour toujours, une belle plume fine qui brille.

Les malheurs de TF1 : enquête très bien ficelée et bien pensée (bravo pour l’idée déjà) sur le pauvre retard qui se creuse pour la chaîne mainstream.

Twitter et les rédacs : mais oui ! Les articles sur les journalistes par les journalistes sont passionnants, critiques, auto-critiques et font découvrir au lecteur le monde de celui qui lui parle. Quant au sujet, bien vu aussi. C’est la guerre des formats et des supports intergénérationnelle en effet.

Retour de bâton

Créa : alors que le fameux nouveau volume actus précédant le shopping culturel parvient à sauvegarder sa crédibilité sans parti pris injustifié, la créa semble avoir plongé dans un terrain ONG un peu bourbeux. Caricatural ? Formule bio éco à la frontière de l’altermondialisme, le papier, les couleurs et les images… (p.80 faites gaffe à vos calques !). Couv’ un peu misérable, et puis même, tout, c’est un peu Cosette qu’on croise par là. Sinon c’est aéré, bien blanc et plein de jolies polices et de photos. Soit.

Story-board : impression de bordel assez déroutant online. Passer d’un truc collé à un autre machin collé par dessus sans trop savoir où l’on est, c’est expérimentalement saisissant, conceptuellement intéressant : faites votre marché, paumez-vous dans l’immensité culturelle foisonnante, décoincez-vous un peu l’esprit oui… Mais on reste un peu trop errants dans l’affaire.

Le billet dur : taper sur le nullissime Pagny dans un billet dédié, c’est pas obligé. Vraiment. Un peu facile l’exercice, on appellera ça de la révolte surfaite.

Nouvelle tête : juste Die Antwoord, on peut savoir ce que ça fout là ? Le lectorat rock frissonne.

Retour de hype

La promo nouvelle formule : z’avez vu la vidéo, z’avez été vous promener au Théâtre du Châtelet le soir des festivités ? Heureusement qu’on est gentils, relativement justes et qu’on va chercher la vérité. La vidéo était un joli décor arrogant qui annonçait une nouvelle révolution légèrement décalée par rapport à une réalité contemporaine à appréhender peut-être autrement ? Et un oubli total du corps principal du mag : la découverte culturelle. Même pas cool la vidéo, pas une minute pour se poser les pieds devant la cheminée et philosopher un peu sur l’ordre des choses. Quant à la soirée… La cata. On développera pas, ça tenait à une mauvaise conjoncture astrale allez. Le théâtre du Châtelet était pas mal, les sourires et robes des Inrocks très bien, le champagne pas mal, les cartes de visite ont bien circulé… Hum.

Le volet culture sans bougeotte : les pages découvertes, rencontres, critiques culture, on adore. Toujours pertinent, pas mal complet, l’info qu’il faut juste au bon moment, la descente en profondeur accessible dans les critiques. Bien. Mais soyons exigeants jusqu’au bout : un peu plus d’audace et de promotion avant-gardiste qui sorte encore un peu plus des mailings listes des maisons de disque et des sentiers des expos en cours… À réfléchir pour la prochaine nouvelle formule. C’est vraiment pour titiller le mag en inventant les manquements miniatures qui n’existent pas encore.

Mais elle est où, la parole au lecteur : c’était bien palpitant, parcourir les lignes de ses semblables liés à soi par la pensée et l’esprit et presque le corps. On a paumé « la parole au lecteur ». Bon. Chut chut.

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Site officiel : http://www.lesinrocks.com
Teaser nouvelle formule : http://www.lesinrocks.com/nouvelinrock/

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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