Les Francofolies de Montréal – Épisode 2 : JP Nataf et Pierre Lapointe

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Du 10 au 19 juin dernier, nous avons grossi les rangs de tous les FrancoFous enthousiastes et curieux afin de relater au nom de Discordance notre petit voyage au cœur de la culture francophone.

Après Mélanie Pain et Malajube, deuxième épisode de nos aventures francofolles. JP Nataf et Pierre Lapointe étaient réunis sur la scène du Club Soda, en plein coeur de Montréal.

JP NATAF @Club Soda ::: Mardi 15 juin 2010


Pourtant vétéran de la musique, JP Nataf évoque peu de choses au public, même adepte de chansons francophones. Exilé de son groupe Les Innocents qui a connu la gloire dans les années 90, l’artiste est aux FrancoFolies pour présenter son second album solo, Clair, sorti en 2009. Cet album pop réalisé avec l’aide de Jean-Christophe Urbain, ex-acolyte des Innocents, a donc le privilège d’être présenté en première partie des Sentiments humains de Pierre Lapointe. Privilège? Oui, car le succès du chanteur québécois attire les foules et peut dès lors offrir à l’artiste qui ouvre pour lui une belle visibilité (et potentiel d’écoute) face à un public populaire, mais aussi constitué d’amateurs de francophonie.

Pourtant, alors que l’artiste entre sur scène, la salle est loin d’être comble, et il a beau entonner le premier morceau que les gens continuent d’être dispersés de part et d’autre des lieux. L’arrivée du batteur ne change pas la donne et JP Nataf aura beau s’adresser au public avec un certain flegme non dénué d’humour, le Club Soda est actuellement une salle d’attente musicale. Il est probable que les festivaliers aient été retenus ailleurs et qu’ils ne feront le déplacement que pour la tête d’affiche, toujours est-il que la magie n’opère tout simplement pas. Mais le concert se poursuit, et lorsqu’un cri de public « JP on t’aime » se fait entendre, le chanteur sourit derrière sa barbe et répond gentiment « Vous n’avez pas d’accent, vous êtes des vendus! ». Rappel indéniable que le public visé est bien le public québécois.

Malgré un son loin d’être valorisant, la voix féminine de la violoniste illumine celle de JP Nataf, leur donnant une certaine force innocente et même sensuelle, mais sans toutefois parvenir à un niveau convenable pour soulever et toucher la foule. Il faudra attendre l’ultime morceau du set Seul Alone pour que l’intensité pop et poétique de JP Nataf s’impose enfin, ses allitérations alambiquées nous font oublier le reste pendant les dix minutes du morceau. Au moins, il finit sur une belle note. La mélodie s’achève. L’harmonie n’aura ainsi duré que les derniers instants du spectacle.

PIERRE LAPOINTE : Sentiments Humains :::


Le grand habitué des FrancoFolies n’est autre que Pierre Lapointe. Et la particularité de ses spectacles est de voir à quel point le public est conquis d’avance. Là où certains artistes perçoivent leurs performances en public comme des défis ou des conquêtes, même de leurs plus fervents admirateurs, le Québécois pourrait faire n’importe quoi, le public serait totalement sous le charme. Cela en est déconcertant. En somme, il serait délicat de trouver un auditoire plus conquis que celui de ce soir alors que Pierre Lapointe foule la scène du Club Soda. Les applaudissements retentissent à tout rompre puis s’affaiblissent pour se laisser religieusement envelopper par les premiers accords de Ces Étranges Lueurs, suivi du Magnétisme des amants.

Pas moins de six musiciens accompagnent le prodige. Et prodige, il semble avoir conscience de l’être : « Normalement vous allez aimer ça. Si vous ressortez du spectacle déçu, froissé, et bien… C’est tout simplement que vous n’avez pas de goût. » Rires et applaudissements. Second degré ? Dur à dire tant la récurrence des propos arrogants place un doute chez les moins connaisseurs de l’artiste. Mais le plus important n’est-ce pas que l’auditoire passe un bon moment ? Et entre humour et poésie musicale, on a le droit à une prestation des plus calibrées. En effet, l’artiste québécois est extrêmement talentueux sur disque, mais particulièrement sur scène, et qu’on n’entre ou pas dans son monde, nous ne pouvons que le reconnaître, particulièrement lors de L’amour solaire, Les Lignes de ma main ou encore lors de l’enivrante Nous restions là, un des moments forts de la soirée. « Rien de mieux qu’une chanson dépressive pour nous donner le goût de vivre! »

Pierre Lapointe est l’archétype du chanteur populaire, un statut se situant dans la hiérarchie de la musique près de Dieu selon lui ; tout en bas, ce sont les techniciens. L’interaction constante avec le public amplifie l’attachement à l’artiste et la réceptivité à ses moqueries jamais méchantes, parfois arrogantes.

Ses mélodies dramatiques et sa poésie surréaliste magnétisent les spectateurs, teintant le spectacle d’une mélancolie des plus palpables. Cependant, Pierre Lapointe est un chanteur populaire et non un poète maudit. Aussi, les envolées rythmiques et mélodiques lourdes des musiciens répondent aux instants de solitude au piano, et ce, sans éclater ni nuire à la structure du concert.

Alternant énergie rock et instants planants, la force de Pierre Lapointe est de parvenir à trouver l’équilibre idéal entre beauté poétique et musicalité, et alors que ses six musiciens se démènent comme des diables, il reste au centre de la scène, tranquille, serein. Tout va extrêmement vite, tout est extrêmement fort tout autour de lui, tout se déchaine mais rien n’altère son calme aux allures de méditation. Le surréalisme de cette confrontation entre agressivité et sérénité, de ce diptyque musical, confirme à quel point l’artiste est en totale maîtrise de ses moyens et de sa performance scénique.

Le moment fort de la soirée restera Moi, Elsie, cette interprétation seul au piano d’une chanson écrite par Richard Desjardins (« c’est rare que je dise ça, mais il est meilleur que moi ») pour Élisapie Isaac et dont il a composé la musique (« le texte est magnifique, mais la musique est meilleure »).

Il passera ensuite un bon quart d’heure à présenter ses musiciens avant de chanter Je reviendrai, et remerciera tous les techniciens. Le paradoxe de l’artiste. Puis il sera rejoint par le jeune groupe Random Recipe (« ce qu’il y a de mieux à Montréal après moi ») pour chanter un morceau exclusivement écrit et composé pour Haïti. C’est le moment on-est-tous-potes-sur-scène-on-parle-de-notre-expérience-avec-Chatroulette-en-studio. La bonne ambiance, quoi ! L’énergie teintée de hip-hop fonctionne malgré le manque de répétition de la chanson.

La fin du spectacle se profile inéluctablement. Les spectateurs, dont la plupart ne sont pas loin de l’orgasme, applaudissent et hurlent lorsqu’ils reconnaissent les premières notes de Au bar des suicidés. Et c’est fini. Mais le public, insatiable, en demande encore. Pierre Lapointe s’installera donc à son piano une dernière fois pour interpréter le titre mélancoliquement triste Maman. Ainsi, sur cette mélodie s’achève l’avant-dernière représentation des Sentiments humains de Pierre Lapointe. Le lendemain, ça sera véritablement la fin.

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En savoir +

Site du festival : http://www.francofolies.com/

Site de Pierre Lapointe : http://www.pierrelapointe.com/

Site de JP Nataf : http://www.jpnataf.fr/ – En tournée en France cet été

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 29 juin 2010
    jacques a écrit :

    Ils sont quand même bon b**del !!

  2. 2
    le Vendredi 3 juin 2011
    Tatianus a écrit :

    C’est vrai que ça fait plaisir à entendre, merci beaucoup !

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