Les Francofolies de Montréal – Episode 1: Mélanie Pain et Malajube

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Dans un monde où règne en maître la chanson anglophone, la langue française se débat, lutte pour imposer son charme et sa poésie, et ce, malgré toutes ses consonnes et la faiblesse de son accent tonique. En somme, ce n’est pas gagné ! Mais il arrive parfois que la chanson francophone gagne quelques batailles et conquiert quelques cœurs de mélomanes. Et souvent, ces victoires, on les doit aux FrancoFolies de Montréal.

Ce sont principalement le Québec et la France qui  se partagent la scène, entre salles de concert et shows en plein air. La ville vibre par et pour la francophonie, et il faut le dire, non seulement c’est beau à voir, mais c’est également beau à entendre. Plus de 250 spectacles… Aussi avons-nous grossi les rangs de tous ces FrancoFous enthousiastes et curieux afin de relater au nom de Discordance notre petit voyage au cœur de la culture francophone.

MÉLANIE PAIN @ Cabaret Juste pour rire ::: Samedi 12 juin 2010

On connaît (et aime) Mélanie Pain pour sa collaboration au projet Nouvelle Vague, mais voilà que la chanteuse veut voler de ses propres ailes et faire entendre sa voix. Difficile de ne pas la comprendre : on devine que chanter sans cesse des reprises doit avoir quelque chose de frustrant. Ainsi a vu le jour en septembre dernier son album solo My Name. Élargissant le spectre vers la new wave des années 80, elle n’en garde pas moins un certain côté rétro, un peu hors de notre temps. D’ailleurs, les habits chics des musiciens imposent une ambiance très café-concert. Mais nous ne sommes pas là pour écouter de la musique de fond, car s’il y a bien une chose que Mélanie Pain aime faire entre chaque morceau, c’est communiquer avec son auditoire : « Nous sommes très contents d’être ici. La moitié du groupe veut déjà s’installer à Montréal! »

Pendant la majeure partie du concert, Mélanie fera face à un grand vide sur le parterre. Les gens sont loin de se coller à la scène et l’on songe alors à ses souvenirs de collégiens, lorsque les premiers rangs de la classe restaient déserts face au professeur. Mais au-delà de ces insignifiantes réminiscences, la voix délicate de Mélanie en éveille bien d’autres. Il est en effet aisé de s’identifier à l’univers quelque peu aérien qu’elle nous dessine vocalement, que ce soit à travers des titres comme Peut-être pas ou encore L’Espace d’un instant. Un romantisme naïf et mélodique berce l’auditoire…

Le risque auquel s’exposent les artistes issus d’un groupe est de ne pas définir une véritable identité, et d’avoir toujours ce lien latent avec ce pour quoi on la connaît. Ce n’est heureusement pas le cas de Mélanie Pain. Son identité solo insuffle une douceur naturelle et inaltérable à son répertoire. Alternant morceaux en français (La Cigarette, Celle de mes vingt ans, Ignore-moi, etc.) et en anglais (Bruises, Everything I Know, audacieux en plein festival des FrancoFolies), la joyeuse mélancolie de la chanteuse donne d’ailleurs une grâce insoupçonnée à des chansons qui se font pourtant oublier sur le disque.

Mélanie ne cessera de s’adresser au public, un public qui se laissera au fur et à mesure apprivoiser par la jeune française, par sa légèreté, ce charme et cette volonté indéniable de donner une vie unique à ce spectacle. Un spectacle sans autre prétention que celle de passer un bon moment en soulignant les thèmes chers à l’album : l’identité et les sentiments amoureux. Des thèmes atteignant leur apogée avec les morceaux My Name et Adieu mon amour. « Mon amour, mon amour… On dirait que le mot amour est comme tabou dans la chanson française, alors je vous préviens, il y a beaucoup le mot amour dans le prochain morceau, à chaque refrain à chaque couplet, vous êtes prévenu ». Non le romantisme n’est pas mort. Du moins, pas dans le monde de Mélanie Pain. Quant au titre éponyme, il offrira la chance aux spectateurs de claquer des mains pendant les cinq minutes de la durée du morceau. L’univers de Mélanie Pain a électrisé l’atmosphère du Cabaret Juste pour rire.

On pourrait reprocher un côté trop lisse à la prestation vocale de la chanteuse et qui sonneun peu trop comme l’album. Aucune surprise, aucune folie si ce n’est le guitariste qui, en entonnant des chœurs volontairement risibles, fait le bonheur du public. La chanteuse et ses musiciens s’éclatent, et c’ est ostensiblement contagieux : les sourires se cesseront de se dessiner sur les lèvres des spectateurs, face à la vitalité et à la volonté de Mélanie Pain de les impliquer dans son univers, avec toute la plus belle sincérité du monde.

Le concert se clôt sur un duo avec Gaëlle, l’artiste devant assurer la suite du spectacle. Le duo offre une fin pétillante avant que la scène ne soit désertée par les musiciens, reconnaissants de l’engouement et des applaudissements. Cette soirée ne restera pas dans les annales de cette 22ème édition des FrancoFolies mais Mélanie Pain nous a offert une performance sans prétention grâce à ses mélodies joyeuses et sa douce voix, à l’image d’un bon feel-good movie : un feel-good show !

MALAJUBE : Cubes Rubiques @ Théâtre Maisonneuve ::: Lundi 14 juin 2010

Malajube est un groupe habitué des FrancoFolies. Et à l’écoute de son merveilleux album Labyrinthes, il est indéniable qu’il donne à la langue française chantée une énergie rare. Mais voilà, le concert est programmé au Théâtre Maisonneuve et cela signifie qu’il faudra sagement se calfeutrer dans son siège. Le sentiment de déshonorer le rock du groupe se fait déjà sentir et les interrogations sont des plus palpables. Quel est cet étrange concept de « Cubes rubiques » ? L’album est sorti au début de l’année dernière et pourtant il est dit qu’il n’y aura pas de nouveau matériel présenté ce soir. Alors quel est l’intérêt de cette représentation ? Ainsi règne une atmosphère de mystère autour de ce concept unique dont on parle tant aux FrancoFolies.

Dans l’attente de réponse, on analyse la configuration et les potentielles options : l’éclairage nous empêche de définir un quelconque décor. Seule une harpe à l’extrémité de la scène semble être oubliée. Laissée là, elle est le seul indice que nous ayons avec le titre du spectacle. En somme, nous n’avons aucune clé. Et aucune première partie.

20h. Les lumières s’éteignent et lorsque la scène s’illumine, le Théâtre Maisonneuve n’est pas suffisamment grand pour contenir le choc : est-ce Malajube ou est-ce un Kraftwerk aseptisé? Un immense cube rubik surplombe la scène, les guitares brillent par leur absence, les costumes des quatre membres du groupe brillent tout court. Ils nous font face tandis qu’un batteur se déchaine sur son instrument électronique. Un fait est désormais avéré : le groupe est capable de complètement sortir de sa zone de confort, troquant guitare et basse pour des claviers que les versaillais de Air ou Daft Punk n’auraient pas reniés.

Ainsi, un Casablanca électrifié prend les 2000 spectateurs par surprise. Les effets synthétiques redonneront une nouvelle vie à Hérésie, Les Collemboles et Luna au sein d’une tempête sonore pas toujours très juste. Les éclairages finissent de conférer une atmosphère électro-rock (électrock ?) seyant paradoxalement très bien au Théâtre Maisonneuve. Nous sommes quant à nous enfermés dans nos sièges. Parfois, quelques cris s’évadent rappelant aux consciences que nous sommes face à Malajube, un groupe habitué à faire bondir les gens. Ursuline mettra un terme à ce premier volet… La scène sombre dans les ténèbres et cette fameuse harpe prend le relai.

L’archaïque harpe agit alors comme une machine temporelle sans que personne s’en rende compte. Peu de spectateurs, trop préoccupés à échanger leurs impressions sur ce qu’ils viennent de voir, ne prêtent attention à la musicienne, cette dernière meublant tant bien que mal l’espace et le temps nécessaire pour rebooter le spectacle avec un second tableau plus chorale, ok, pratiquement pastoral. Six jeunes choristes en chasuble ont remplacé le batteur électrique. Les claviers ont quant à eux disparu, remplacés par une instrumentation plus rudimentaire : des guitares acoustiques, un piano et bien sûr une batterie tout ce qu’il y a de plus normale.

Peut-être même un peu trop. En effet, après une telle introduction, cette nouvelle thématique aurait tendance à casser le rythme. Ennuyeux ? Pas à ce point, mais nous sommes toutefois pressé de voir ce que le groupe nous réserve. En attendant, nous savourons des morceaux tels que Jus de canneberge, La Valérie, Dragon de glace, Pâte Filo ou encore Le Métronome ainsi qu’une nouvelle chanson faite pour l’occasion : Cubes rubiques. Notons également que la voix de Julien Mineau prend davantage d’ampleur qu’à l’accoutumée, elle ne se cache pas, comme sur la majorité des morceaux de Labyrinthes, derrière une instrumentation efficace.

Image de jubovoido Et vient l’entracte. Complètement éclaté dans sa structure, loin du format habituel, le groupe semble avoir d’autres surprises pour son public… Et c’est le moins qu’on puisse dire, car non ce n’est pas Malajube qui arrive sur scène pour rouvrir les hostilités, mais le légendaire groupe d’heavy metal Voivod! La foule ne sait trop comment réagir si ce n’est par le rire et les applaudissements. « Êtes-vous aussi surpris que nous autres d’être ici ce soir ? » nous lance Denis Bélanger alias Snake, le chanteur.

Ça sonne comme une grosse blague en effet, lorsque les invités-surprises laissent libre cours à un chant éraillé et à une instrumentation lourde en reprenant Fille à Plumes et 333. Surréaliste d’assister à un tel spectacle assis dans un tel lieu. Malajube joint ensuite la fête pour le plus grand bonheur d’un public galvanisé. Le son se fera plus métal sans parfois nuire au lyrisme d’un morceau comme Étienne d’Août. Julien, Francis, Mathieu et Thomas revisitent non sans ambition leurs albums ajoutant une certaine forme de dérision rafraichissante. Non, nous ne sommes pas en ce lieu institutionnel pour tirer la gueule, nous sommes là pour vivre une expérience musicale intense, être surpris et enchantés. Dans le même esprit métallique, nous aurons le droit à Casse-Cou, Le Tout-Puissant, Le Crabe et à un Porté Disparu plus groove qu’à l’accoutumée.

La chorale revient se dresser au centre de la scène, derrière le groupe. Les membres de Voivod se mêlent aux membres de Malajube. Ainsi, cette grande scène n’aura jamais pu happer les quatre artistes, ces derniers l’habitant totalement par des renforts des plus efficaces. La fusion des genres offre un Cristobald puissant, mais hélas quelque peu égratigné par la voix de Snake.

Le volet final s’avérera assez classique, mais jouissif pour les admirateurs du groupe : un rappel de trois chansons. Après Les Dents, le public se lèvera pour honorer Montréal -40°, le morceau culte du groupe québécois, et restera debout pour La Monogamie amorçant ensuite en réponse à cette prestation en effet unique, un tonnerre d’applaudissements. Cette ovation ramènera tous les musiciens sans exception, des jeunes choristes en chasuble à la harpiste en passant par les métalleux de Voivod.

Jamais en pleine possession de ses moyens, mais par son audace et son originalité, Malajube a tout au long de la soirée revisité son répertoire, faisant du nouveau avec de l’ancien dans un cadre qui ne se prête habituellement pas à leur musique. Alors il serait dommage d’attaquer les faiblesses conceptuelles sachant que le groupe a l’habitude de se livrer à des performances assez traditionnelles. La créativité du groupe l’a poussé à extraire ses influences et les pousser à l’extrême au sein de quatre volets se faisant échos les uns les autres. Chaque volet est une facette du groupe, et le tout forme son identité. Alors bien sûr un cube possède six surfaces, mais on ne leur tiendra pas rigueur d’en avoir oublié deux. Peut-être que le public est l’une d’entre elles, peut-être faut-il garder une part de mystère. Après tout, ce concept éclaté de Cubes rubiques n’était qu’une image, un prétexte à explorer d’autres possibilités artistiques sans s’éloigner de l’identité même de Malajube voire même à valoriser celle-ci.

De l’audace, encore de l’audace et Malajube s’imposera!

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A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 26 juin 2010
    Sam a écrit :

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