Les Fragments de la Nuit

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Il est des musiques qui restent inqualifiables, abstraites et pourtant universelles. Cette musique du crépuscule des Fragments de la Nuit fait justement partie de ces ovnis, sauf que celui-ci nous arrive tout droit de la forêt de Brocéliande.

fragments Éveil des fées, La ronde des fées, Soleil noir pour lune blanche ou encore Alpha du centaure, rien qu’à la lecture des titres de l’album, le décor est dressé. Le monde des humains semble déjà bien loin. Le quintette formé par Michel Villard (piano) et Ombeline Chardes (violon) a fait des ambiances oniriques sa spécialité, leurs compositions étant originellement créées pour le cinéma.

Dès la première écoute il est clair que le CD n’aurait pu trouver de meilleur titre. Sous des violons aigus et affûtés comme les derniers rayons de soleil de ce jour qui s’éteint, gronde déjà la voix grave du piano et du violoncelle, prémisses aux évènements surnaturels que la nuit nous apporte. Romantique, mais aussi oppressant et hypnotisant, chaque morceau nous régale d’influences diverses.

Un gros fond de musique répétitive sert souvent de base. De courts thèmes s’enchaînent en boucle, souvent au piano, pour laisser se greffer des motifs qui s’envolent sous les cordes. Le son est bien évidemment virtuose, mais il possède également une simplicité désarmante. Le piano tout particulièrement est souvent utilisé pour ponctuer les morceaux de ses lourds accords, ou au contraire pour faire résonner quelques sons clairs au milieu des cordes qui frissonnent.

Mais l’aspect romanesque de l’album ne tient pas qu’aux instruments, il doit également beaucoup au chant. Ainsi la Chambre des fées, composée uniquement par la voix, en un ensemble de choeurs suraigus et ecclésiastiques, nous trace son chemin vers un paradis brumeux. Dommage que seuls les sopranos soient représentés ici, notre forêt fantastique manquant cruellement de représentation masculine.

Les images qui se succèdent laissent entrevoir sous les compositions nuageuses du violoncelle, une dramaturgie riche et inattendue, dominée par des violons incisifs et percutants. Les cassures de rythme sont fréquentes et toujours bien placées, pointant soudainement comme une faille dans les rondes envoûtantes que nous jouent toutes ces cordes en folies. Pas besoin effectivement d’avoir une imagination outrageusement débordante pour se représenter tout un décor, lieu de rencontre et d’histoires merveilleuses. On imaginerait presque la princesse aux abois, errant perdue entre les nymphes et autres créatures fantastiques. Des compositions très cinématographiques, qui amènent quasi instantanément leurs flots d’images et d’historiettes. Sans être des plus novateurs, Les Fragments de la Nuit mélange à merveille une base classique aux principes de répétition et de juxtaposition des instruments.

Les fées et autres lutins ne sont jamais très loin lorsqu’il s’agit de transformer ces cordes en narratrices épiques et vaporeuses. Du néo-classique d’une grande qualité, qui nous balade sans difficulté dans des contrées bien trop peu explorées de nos jours.

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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