Les Filles de l’ombre – M. Terence

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Mathieu Terence n’est pas de notre époque. Ce romancier affectionne une langue dont la distinction évoque les romans d’Edgar Poe ou tout autre écrivain à tendance sombre du 19ème siècle.

fillesPourtant ses histoires sont bien ancrées dans notre 21ème siècle et elles donnent une étrange impression d’irréalité ou plutôt d’intemporalité. Mais la comparaison avec Edgar Poe n’est en rien choisie au hasard puisque le recueil de nouvelles Les filles de l’ombre lui emprunte son étrangeté et sa noirceur en y ajoutant une sensualité des plus troubles.

Chaque nouvelle met en scène une jeune fille, qui ont toutes ont un prénom rare tels Isild ou Albane auxquels répondent des personnages masculins eux-mêmes nommés Miremort ou Ferraguste . Des jeunes filles souvent silencieuses, pleines de désirs rentrés qui se perdent dans des histoires où s’exacerbent Eros et Thanatos.

Car ici l’attraction des corps n’est qu’un trompe-l’oeil au danger de mort. Qu’il s’agisse de Trois temps ou Le manège, le sexe est déviant, la menace plane, tapie dans l’ombre. Mathieu Terence écrit avec une précision et une distance qui renforce l’impact tragique de ses histoires. Parfois même il abuse un peu dans sa recherche du mot juste (« Il s’enfonce entre ses fesses, au creux de l’orifice qu’un théologien luthérien – littérateur au demeurant – se plait dans l’une de ses soties à nommer le vacuum. » Un peu ampoulé pour décrire une sodomie ! ).

Certaines nouvelles du recueil sont par ailleurs assez déroutantes car de purs exercices de style : Etude de jeune fille qui décrit longuement une adolescente prenant son bain et s’observant sous toutes les coutures ou La bande dessinée qui détaille. une bande dessinée érotique lue par une jeune fille dans un taxi. Exercices de style donc, mais d’un intérêt très inférieur en comparaison des autres nouvelles du recueil qui peuvent aisément se placer sous le patronage de Charles Baudelaire quand il dit Le beau est toujours bizarre .

Les filles de l’ombre a le défaut souvent inévitable du recueil de nouvelles, l’irrégularité dans la qualité. Mais quand la qualité est là, elle ne l’est pas à moitié. Et il est difficile de résister à cette ambiance obscure, charnelle et angoissante que Mathieu Terence distille au fil des pages.

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Les filles de l’ombre, Mathieu Terence, Editions Phébus, Collection D’aujourd’hui, 2002, 149 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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