Les femmes préfèrent les monstres – D. Vallette

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Ce roman-là cache bien son jeu. Il a toutes les apparences du bouquin de chick lit, c'est même dans ce rayon qu'il est rangé au Virgin ; ceci dit, ailleurs je l'ai vu en littérature française. Du titre à la couverture en tout cas, on se demande sur quelle bluette littéraire féminine on va tomber.

monstresPourtant même si l’héroïne de Delphine Vallette est parisienne, aime la jolie lingerie et les faux ongles, elle n’a pas vraiment à voir avec les écervelées qui gloussent devant des paires de talons aiguilles popularisées par le genre.

Car malgré ses nom et prénom flamboyants, Alicia Vendetta est une discrète. « Une grande girafe » un peu maigre, gauche et timide qui se repaît des vidéos de Marc Dorcel que collectionne son père et qu’elle visionne en cachette. Un père beau, si beau qu’il exerce la profession de mannequin. Alicia aura grâce ou à cause de lui une enfance rêveuse et protégée et se mettra à dessiner (par pure contradiction ?) des monstres sur de grandes toiles. Dès lors, de ses études artistiques où elle a une liaison avec son prof d’Arts Plastiques à son second mariage avec un écrivain égocentrique et mondain qui lui donnera sa fille Colette, en passant par une parenthèse avec l’ex-meilleur ami de ce dernier, une histoire avec un maniaco-dépressif dangereux et enfin la rencontre avec l’homme de sa vie, qui la fera patienter plusieurs mois, le temps de quitter sa femme pour elle, les monstres ne cessent d’accompagner la vie sentimentale d’Alicia. Même quand elle ne le cherche pas, ils se trouvent sur son chemin que ça soit un ami-amant chirurgien esthétique ou un gynécologue qui lui demande sans détour si « ça va au niveau baise ».

« Tu sais ce que disait Louise Brooks ? Qu’on ne peut pas tomber amoureuse d’un type bien ou gentil. Parce que la vie est ainsi faite qu’on aime vraiment que les salopards . » Cette phrase prononcée par un des personnages du roman Une vie française de Jean-Paul Dubois guide-t’elle Alicia dans Les femmes préfèrent les monstres ? Non, car en fait de salopards, Alicia aime vraiment les monstres, les hors-normes, les un peu dingues, en fait tous ces hommes qui la fascinent par leur audace ou leur personnalité débordante, elle qui pense en être lamentablement dépourvue.

Sans être d’une folle originalité, Les femmes préfèrent les monstres se démarque par ce ton doux et pourtant espiègle qu’utilise la narratrice pour conter ses élans du coeur. Livre cependant inégal, certains chapitres sont des merveilles de drôlerie (« Les vacances avec mon écrivain » qui dégoûterait toute femme de partager la vie de quelqu’un qui écrit ou « Déshabillez-vous » où le fantasme du gynéco pervers prend une tournure inattendue), d’autres comme « Dans la vie d’Harry » souffrent de beaucoup de longueurs ou de faiblesses dans l’écriture qui sont un peu déplaisantes. Ce qui sauve le roman de Delphine Vallette, c’est l’absence de regard apitoyé, complaisant ou même méchant qu’elle a sur elle-même et sur les hommes qui l’entourent. Elle est dans la tendresse, la sensualité, fort peu dans le ressentiment. C’est sans doute cela qui rend Les femmes préfèrent les monstres si attachant.

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Les femmes préfèrent les monstres, Delphine Vallette, Editions Léo Scheer, Collection Melville, 2008, 189 pages

Entretien avec Delphine Vallette : http://www.dailymotion.com/video/x4p9xc_entretien-avec-delphine-vallette_creation

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

2 commentaires

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  1. 1
    Stedim
    le Dimanche 11 mai 2008
    Stedim a écrit :

    « Chick lit », déjà, je ne connaissais pas alors merci pour ça. Puis, je m’interroge car, n’étant pourtant pas une « jeune femme célibataire entre vingt et trente ans », je suis quand même tenté de le lire ce bouquin…

  2. 2
    le Lundi 12 mai 2008
    Dahlia a écrit :

    En gros chick lit, ça a été inventé pour qualifier les conneries du style « Bridget Jones » ou « Sex and the city » (le livre à l’origine de la série j’entend), ça te donne une idée mouahahaha.

    Mais Les femmes préfèrent les monstres, c’est un vraiment agréable moment de lecture sans trop verser dans les clichés du genre, au contraire.

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