Les Fatals Picards – Le Sens de la Gravité

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Les Fatals Picards sont une marque déposée par Wagner Production, pour la deuxième fois consécutive. Le Sens de la Gravité s’affirme comme la nouvelle galette version 2009, prête à consommer, sans modération. Un opus réalisé sans Ivan, un des deux chanteurs du groupe, parti en janvier 2008.

fatals-2Chanson, musique et autres trucs. Du rock-indé débile qui en plusieurs points vous change la vie, indéniablement. Vous vous sentez oppressés par la crise économique ? Vous pensez que votre femme a un amant ? Aucun problème, Les Fatals Picards vous ont concocté 12 points qui, en principe, sont censés résoudre quelques-uns de vos soucis. Enfin, c’est ce qu’on dit.

1) Les Fatals Picards peuvent être au chômage.
Marre du gouvernement et de ces lettres obligées d’ouvrir ? Le Combat Ordinaire fait un petit clin d’oeil à Renan Luce (« Jusqu’à cette lettre qui dit encore merci »), tourné à la sauce Fatals Picards sur la lutte des milieux ouvriers, des licenciements et un refrain entêtant « mais je me connais je lâcherai pas l’affaire, je vais piquet de grève comme on pique une colère. pour que continue le combat ordinaire ! » Avec une bonne vieille gratte façon nouvelle scène française.

2) . mais font aussi une course en voiture avec Lady Diana.
Vous vous plaignez de ne plus entendre parler de Princesse Diana ? Pas du tout ? Tant pis, ils vous rafraîchissent quand même la mémoire ! À l’aide d’une pop/rock aiguisée à la sauce british, on en pleurerait presque (de rire). Qui, d’ Ayrton Senna ou Diana, va sortir vivant de cette course automobile ? « Lady Diana, le jour de mes 20 ans, il ne manquait que toi et tous mes grands-parents. la thèse de l’accident, je n’y crois pas vraiment ».

3) Les Fatals Picards vous montrent que vous pouvez entendre de l’orgue également à l’extérieur des églises.
Entendre de l’orgue (pas de barbarie) dans son salon, c’est désormais possible, pas la peine d’en voler une près de chez vous, mais il vous suffit simplement d’écouter l’introduction de Ma Baraque Aux Bahamas, de 30 secondes.

4) . et adorent les États-Unis.
Apprendre l’anglais ? Trop dur ! Alors pour aller passer quelques jours dans Ma Baraque Aux Bahamas, pas la peine de se compliquer la vie. Il faut tout de même une certaine base pour savoir quelques faits importants. Un fond country, un bon banjo, quelques cris de cow-boys, et vous voilà plongé pendant 4 minutes au coeur des États-Unis d’Amérique. « Ils ont 20 krachs boursiers, ils ont 20 télés évangélistes d’avance . Ils ont 2 Big Mac d’avance, et 2 infarctus d’avance. ça, c’est réservé aux vrais Américains ! ». Et si vous ne savez pas où scolariser votre enfant, là aussi, ils ont une réponse à vous proposer : « et nous qui rêvions d’envoyer nos enfants au lycée Columbine pour un stage commando ! ».

5) Les Fatals Picards sont fans du PSG et le foot est leur sport favori.
Les Princes du Parc dresse un portrait très glorieux des supporters du ballon rond et de l’esprit très fin qui y gravite ! Guitares affûtées, batterie en ébullition, un bon petit punk de 3 minutes qui décoiffera plus d’une crête ! « Supporteur, moitié connard, moitié Ricard. Supporter, quand l’homme descend du singe, toi tu descends 2 pintes ! ». Au-delà du sport, ils vous donnent aussi des conseils de couture : « Pendant les mois d’hiver, toi tu tricotes dans ton coin des banderoles en points de croix contre les consanguins, les chômeurs, les pédophiles, les supporteurs d’en face ! ».

6) Les Fatals Picards vous donnent un cours sur la démocratie en Chine.
Changement de registre, place au sérieux, on sait que vous en demandez un minimum. On laisse de côté l’électricité pour prendre la gratte et faire une superbe ballade acoustique, un peu à la façon de Volo sur Chinese Democraty . Une ressemblance sur la musique et aussi sur la manière de chanter. Jeux Olympiques, Tibet, tout y passe. « À toi le bronze, l’argent et l’or, et peu importe l’envers du décor. T’auras beau jeu de te justifier après les hymnes et les podiums, toi en tout cas t’as pas gagné le championnat du monde des droits de l’homme ».

7) .et s’amusent en récitant.
Vous vous rappelez tous de Seul et Célibataire et Mon Père était tellement de gauche ? Bien sûr que oui. Les Fatals Picards vous redonnent une leçon déjà récitée : Seul et Célibataire II est passé en mode guitare lourde, criarde. On garde le même rythme, mais on change quelques répliques. « Et je me sens comme frigo sans une bière, comme un dimanche sans Drucker ! ». Dur d’être célibataire. Sale vie. Elle est injuste !
Concernant Mon Père Était Tellement de Gauche, ils vous proposent un bijou instrumental. Violoncelle, violon, contrebasse, guitare. Autant d’accidents, car il refuse toujours la priorité à droite ! À signaler que désormais c’est le batteur, Jean-Marc, qui est passé au chant sur cette compo.

8) Les Fatals Picards n’ont pas oublié Superbus !…
Alala. Alors que la génération Superbus sévit de plus belle, Les Fatals Picards vous montrent qu’eux aussi, ils peuvent rivaliser ! Boum est un punk-rock qui vise directement les ados de 15 ans en mal de techniques de drague et de panachés qui montent à la tête ! « Il fait du rock, du skate, les filles trouvent qu’il se la pète »… Le refrain est typiquement du Superbus « Bam bam boum boum !! »… Superbus version mec dans votre salon, c’est trop méga fun quoi ! Belle dérision.

9) . et sont à la recherche de la nouvelle star tendance rock sur C’est l’histoire d’une Meuf, avec comme fond Les Enfoirés.
Qui n’a pas rêvé d’être belle, jeune, en train de chanter au milieu des Enfoirés ? Toi, je le sais, tu peux me le dire ! « T’espères que sur le refrain c’est toi qui tiens Mimi Mathy par la main. ». Mais pour arriver là « t’as offert de l’anthrax à Hélène Ségara ». Un mix musique/Restos du Coeur « toi tu offres un rencard à ceux qui comme toi sont plus rien, sans actualité, sans médias, sans public, plus rien ».

10) Les Fatals Picards se sont trompés : ils aiment en secret les Djembé Men.
Ils vous offrent un petit séjour « dans le jardin d’un petit pavillon de banlieue. » en opposition aux cités-dortoirs des émigrés de nos villes. Rythme à la Tryo, percus et gratte au menu, à parler d’Afrique, de clandestins et de leur condition en France. « Mais monsieur est trop frileux, et dans une minute ou deux, sans papier et sans ceinture, il pourra finir heureux. il a préféré prendre le train d’atterrissage ». Djembé Man, tu joues mal, et en plus tu joues fort !

11) Les Fatals Picards pensent camper au bord de la Seine.
L’intro ressemble à Renaud, mais pour Canal Saint Martin, c’est tous les membres du groupe qui vous montrent leur belle voix. « Douze mois je suis au grand air, au bord du Canal Saint Martin. pendant une heure j’oublie que je vis au bord du gouffre et au bord de l’eau… ». Les Fatals Picards préfèreraient être le Don Quichotte espagnol que celui qui orne les quais parisiens. Cette ballade est incontestablement la meilleure de l’album, troublante, saisissante. « J’ai une belle tente en plastique, au bord du Canal Saint Martin, posée sur des pavés sans plage. ».

12) Johnny Hallyday aime Les Fatals Picards.
L’icône du rock français n’a pas d’humour, le saviez-vous ? Ça ne finira jamais ! Le Jour de la mort de Johnny aurait dû être la dernière chanson de l’album, mais malheureusement le concerné n’a pas joué le jeu. Là où Bernard Lavilliers avait compris, Johnny, lui, a fait la sourde oreille. Vous ratez donc son beau portrait, ou plutôt le jour de son enterrement ! « On se sentira tous un petit Belge, un petit peu triste, un petit Suisse.le jour de la mort de Johnny ». Mais Les Fatals Picards pensent toutefois à vous, vous la découvrirez en live ! On ne peut pas tout avoir.

Les Fatals Picards reviennent donc en grande forme, même sans Ivan . Il manque par ses blagues pourries, c’est sûr, mais le groupe amorce un nouveau tournant. Plus rock, plus sérieux, diront certains, mais la subtilité, la dérision, les jeux de mots sont toujours présents. C’est incontestablement leur album le plus soigné et le mieux travaillé musicalement, et qui va même se montrer varié par la présence au chant de Paul principalement, mais aussi des autres membres du groupe.
En tout juste 34 minutes (le hic est là, un peu court, surtout qu’il y a 2 reprises !), ils vous apprennent à voir la vie sous un autre angle, avec humour et décadence. Mais il ne faut pas oublier que dans cet album sombre et lumineux, vous trouverez aussi de quoi occuper quelques moments de vos journées, puisque vous êtes célibataire ou encore en train de pleurer la mort de Johnny Hallyday . Ah non, je me trompe…Un DVD de morceaux live, de reportages et bonus est inclus !

Vous n’avez qu’à juger par vous-même.
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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

5 commentaires

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  1. 1
    Yves Tradoff
    le Jeudi 2 avril 2009
    Yves a écrit :

    Perso, je me demande si « Les princes du parc » n’est pas un clin d’oeil aux défuntes Betteraves et à leur titre mythique « Sportifs = crétins » (je sens que je vais me faire des potes, moi) . Pour ceux qui ont le malheur de ne pas connaître, vous pouvez l’écouter ici ((4ème piste) : http://www.deezer.com/#music/album/42201

  2. 2
    le Jeudi 2 avril 2009
    Dimitri a écrit :

    Salut Yves.

    Ah c’est vrai que maintenant que t’en parles on peut y voir un rapprochement. Très bonne remarque. C’est tout à fait dans l’état d’esprit des deux morceaux…

    Sinon tu l’as écouté cet album ? Qu’en penses-tu ? Je lis à peu près partout qu’il se fait tailler en pièce…

  3. 3
    Yves Tradoff
    le Vendredi 3 avril 2009
    Yves a écrit :

    Pour l’avoir encore écouté aujourd’hui – hier en fait puisqu’il est minuit passé- je trouve ce skeud un peu léger. Comme tu l’as dit, 34 minutes dont deux reprises, c’est un peu court.
    Sur le fond, il est drôle sans être tordant comme Droit de veto ou Picardia Independenzia. J’ai l’impression que les Fatals sont désormais plus parodiques que comiques. Tous ensemble, sauuuuvvvoonnns lllesss Faaattalllls Piiiccarrddssss!

  4. 4
    le Dimanche 5 avril 2009
    Jacques a écrit :

    Bonjour à vous

    Et bien moi, je ne l’es ai jamais trouvé aussi bon.
    Cet album est une merveille !!!
    Bravo Dimitri, excellente chronique.

  5. 5
    le Dimanche 5 avril 2009
    Dimitri a écrit :

    @ Yves : Est ce que ce changement d’humour plus parodique comme tu dis, est mal ? Il y a un changement de registre certes, mais peut-on crier que les Fatals Picards sont morts ?

    @ Jacques : Le meilleur, je ne dirais pas ça, pour moi c’est Pamplemousse Mécanique. Mais après chacun ses avis. Heureux en tout cas que ma chronique t’ais plu :)

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