Les Fatals picards : « Vous avez de la chance de pas nous avoir chopé à 23h ! »

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Une petite heure après leur concert à Sélestat, nous avons rejoint deux des Fatals Picards sur leurs transats, pour parler show-biz, humour et coolitude. Verres de mojitos et bouteilles de bière à la main pour nos deux compères, c'est par une bonne vieille blague de mauvais goût sur la préférence nationale des groupes à inviter en festival, que débute l'entretien sur fond de Tiken Jah Fakoly.... 

Peut-on rire de tout ?

Oui, mais pas avec tout le monde, pour reprendre Pierre Desproges.

Avec qui n’arrivez-vous pas à rigoler ?

Paul Léger : (chant) Par exemple avec le groupe Superbus, qui m’est tombé dessus alors que j’étais tout seul à un Téléthon.  Ils m’ont clairement dit, avec de la méchanceté dans les yeux, qu’il fallait que j’arrête de me foutre de leur gueule parce que là ça suffisait.

Yves Giraud : (basse) Je regrette vraiment de ne pas avoir été là. On fait tout ensemble normalement, je le raccompagne souvent… se coucher… aux toilettes…

Paul : Ça n’aura servi à rien, il y avait des enfants malades tout autour. Mais ils auraient mérité des claques quand même. La seule chose qu’on ait dit sur Superbus, c’est qu’on trouvait cool qu’il y ait du rock pour les 8-12 ans. Comme ça après après ils passent à Greenday et c’est cool. C’est la seule chose qu’on ait dit et ça ne leur a pas fait plaisir. Alors que des mecs comme Bernard Lavilliers qu’on a taclé grave, ils l’ont compris. Même Yannick Noah a compris alors bon…

Sur Yannick Noah on a fait un morceau sur le dernier album qui s’appelle 1983. La fin du monde va arriver et les Américains construisent des bateaux pour sauver tout le monde, enfin il y a qu’un seul Français qui a le droit de monter et c’est notre personnalité préférée, c’est Yannick.

Et sinon à part Superbus n’y a-t-il pas trop de gens qui vous détestent ?

Yves : Meuh non tout le monde nous adore. Et puis on est cool, tu vois. On a de la chance parce que les gens qui nous aiment bien viennent nous le dire, et ceux qui ne nous aiment pas, pas forcément.

Paul : Quand tu fais une blague, faut en faire une collective.  Si je fais une blague sur mon voisin, et que tu ne le connais pas, c’est nul. Il faut prendre quelqu’un qui est grand public. On tacle un peu la grande variété, la politique et tout ça, mais on les rencontre jamais finalement. Ce soir avec Tiken Jah Fakoly, c’est déjà un gros festoche. On en fait surtout où nous sommes la tête d’affiche, donc du coup on ne rencontre que les jeunes qui jouent avant nous, et pas les grosses personnalités.

Yves : Mais c’est pas ça la question !

Paul : C’était quoi déjà ?

C’était « est-ce que les gens vous détestent ? » mais la réponse est apparemment non, vu que vous ne traînez pas dans le show-biz.

Paul : Voilà, c’est ça. Et même Julie Zenatti, la meuf qu’on a le plus taclée, on l’a rencontré lors d’un concert caritatif pour une chanson collective pour l’Unicef et qui est passée partout à la radio (Des ricochets). Quand elle nous a reconnus, au début il y a eu une espèce de petit jugement « Ah c’est vous les Fatals Picards, c’est vous qui vous foutez de ma gueule ? ». Il y avait Passy ou je ne sais plus quel rappeur à côté d’elle, donc on a un peu flippé. Après on a fait un projet ensemble. Elle est cool, on est cool… C’est un business.

Qu’est-ce qui est un business ?

Paul : Cet humour, de jouer là-dessus. Chacun son business quoi : elle fait de la variété, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’a pas de décalage sur ce qu’elle fait, et nous c’est pareil.

Quand vous dites « Julie Zenatti et tous ces artistes très vite oubliés » c’est pas spécialement sympa…

Yves : Ben non, mais par rapport à nous qui sommes sur les routes tous les week-ends, ces gens-là font un album, une tournée de trois mois et puis plus rien…

Paul : Et puis vanner Julie Zenatti ou Alizée ça fait toujours marrer. Ça reste une petite partie de notre spectacle, on parle de plein d’autres thèmes. Même si ça peut être facile, on ne dit jamais de trucs méchants. On ne les insulte pas. C’est de la blague de collège genre « Ahhh elle mange ses crottes de nez ! ». Si tu dis « J’ai rencontré Alizée, elle mangeait ses crottes de nez » et bien les gens ils se marrent…

Ca a l’air assez rôdé votre spectacle, vous le travaillez ?

Paul : On a une base, le spectacle musical avec des chansons, mais on ne répète pas, parce qu’on joue très souvent et qu’on le connait par coeur. J’ai l’avantage personnel d’avoir des musiciens de qualité.

Yves : On essaie de faire un pestacle qu’on aimerait bien voir.

Paul : Des fois je me goure ou je lui envoie de l’eau. Si ça part en vrille à un moment donné ce n’est pas grave. Les chansons, les intros, je ne bosse sur rien. C’est la fraîcheur qui m’intéresse. Et j’ai l’avantage d’être hyperdrôle alors ça ne rate jamais.

Vous existez depuis 1998, mais ce n’est que depuis l’album Pamplemousse mécanique (2007), que ça commence à bien prendre… Qu’est-ce qui se passait avant ?

Paul : Ce n’était pas la même équipe. Il y avait encore Ivan le fondateur qui était le papa de ce projet. Il avait son idée bien précise du truc et donc depuis son départ il y a eu du changement. On a repris du matos, des amplis sur scène. Il y a un groupe qui s’est vraiment formé. Ce n’est plus le projet que d’un seul mec. On est devenus tous amis. La différence est là.

Yves : Avant c’était un boulot, tu étais auditionné, tu venais jouer, un mec décidait si c’est drôle, si on le fait ou pas. Puis on a essayé d’affiner l’expérience scénique. Au bout de tous ces concerts, on sait ce qui marche et non. Il s’avère que ce qui marche c’est quand t’envoies du son et que tu fais danser les gens. C’est bien de les faire marrer, mais ils veulent danser aussi.

Paul : Avant y avait beaucoup de parlottes, les morceaux étaient à rallonge et il y avait moins d’attitudes. J’ai toujours pensé que le minot qui est devant toi, qui chante les paroles avec toi, il faut que tu lui donnes envie d’être à ta place. Sans prétention aucune…

Yves : Avant, on était plus humbles. Il y avait beaucoup de retenue parce qu’on ne savait pas trop où était la limite de ce qu’on avait le droit de faire. C’était moins rock’n roll. Maintenant il y a quatre personnalités et chacun fait ce qu’il veut. On n’avait pas le droit de se mettre des coups à l’époque, on se faisait engueuler…

Petite question au sujet de votre album, la dernière chanson, Moonboots, ce long passage électro, ça ne sert pas un peu à rien ?

Yves : C’est un son que j’ai fait moi-même dans mon garage… C’était le but de surprendre les gens, ça a surpris plein de fans effectivement. C’est un titre qu’on ne joue même pas parce que ce n’est pas non plus le style qu’on va assumer le plus. Mais de le faire, de l’enregistrer, de partir sur un truc électro à la Shakaponk, qu’on croise régulièrement sur les festoches d’ailleurs, ça nous a fait marrer.

Paul : Avant on avait les pistes cachées, maintenant on a ça. C’est un bonus, ça participe aussi à notre image : on ne peut pas filer juste un album normal. On l’a enregistré en un quart d’heure, on s’est marré, on a fait 12 milliards de voix. Il n’y a pas de pression, c’est une chanson à la con. Les Fatals Picards c’est aussi ça.

Vous n’avez jamais voulu faire du punk ?

Paul : On en a déjà fait, ça reste un style de zik qu’on peut faire, mais on ne peut pas faire que ça. On n’est pas des keupons en fait. Moi j’adore les Ramones, les Clash et tout, mais je ne peux pas me revendiquer keupon.

Vous êtes quoi alors?

Paul : J’suis cool ! J’suis archi-cool tout le monde te le dira. Pour en revenir aux punks, la chanson Punk à chiens je l’assume pleinement, j’ai traîné avec des keupons. Mais on ne peut plus les faire monter sur scène : encore hier y avait des keupons devant qui voulaient monter à l’ancienne. On l’a fait au début et puis avec la notoriété, tu as des gens qui s’occupent de toi, qui vont freiner ce truc-là. Je serais le premier à vouloir qu’un mec monte s’il n’est pas relou sur scène et qu’y va pas venir me faire chier à vouloir me prendre ma gratte…

Yves : Avant, c’était beaucoup plus alternatif. Avec l’Eurovision notamment, notre public s’est un peu agrandi, il y a des vieux, il y a des jeunes. C’est un concept différent, ça brasse plus de monde. Ce n’est pas être une pute que de dire « nous on fait des chansons pour que ça fasse rire le plus de gens possible »

Pour nous, vous faites un peu partie de ces groupes dits du Val d’Ajol

Yves : Oui enfin on y a joué deux fois. Mais oui, on est un peu héritiers de cette scène aussi, et qui nous va bien : le rock français alternatif, Lofofora, les Ludwig, les Wampas. Les groupes qui passent au Val d’Ajol tu ne vas pas les voir à la radio.

Paul : On a envie de dire « Tu peux chanter en français et faire marrer les gens ». Il y en a encore plein qui nous prennent pour Patrick Sebastien : « Ah ouais les Fatals picards, prout prout… ». Donc on arrive en outsider et ça ne nous met pas la pression…

Maintenant que la France est à gauche, vous allez faire des chansons de droite ?

Yves : Oh non, ça ne va rien changer et puis là on est un peu sorti des chansons politiques. On va faire du débile, rien que du débile !

Paul : Faut équilibrer le spectacle. On a pas mal de chansons un peu sérieuses qui marchent bien, même si on ne va pas les traîner dix piges.  Maintenant l’ambiance du groupe est différente. On a fait Le Sens de la gravité (2009) parce qu’on en avait ras le cul que justement les gens ne voient que le côté festif chez nous. Là on va faire autre chose et l’année d’après on va encore faire autre chose, rien n’est cloisonné.

C’est quoi le autre chose ?

Yves : On a plein de nouvelles chansons, PPDE par exemple (Petit poisson d’élevage), c’est du gros punk à la Greenday ça ne rigole pas niveau musique, où je double moi-même mes voix…

Paul : Il y a Touriste à Fukushima qui est une sorte de twist avec trompette, ça va déboiter… Il y a Robert qui est un gros dub à la Hightone où on va surprendre les gens… Mais ça reste secret ça ! On est content, on a plein de chansons. Les Fatals Picards c’est un collectif et c’est sympa, même si en vrai ils me font chier.

Yves : Ouais c’est vrai ça, vivement les vacances.

C’est quoi la vie quotidienne des Fatals Picards ?

Yves : On ne se voit pas de la semaine en général. On est avec notre famille, nos amis, et le week-end on part en concert. 2-3 concerts toutes les semaines c’est comme ça, c’est notre vie, c’est notre taf.

Paul : Je suis content de les retrouver, j’ai plein de trucs à leur raconter, on fait le pestacle et à chaque fois on a des nouvelles blagues à faire ! Perso les répètes ça fait chier : chanter devant personne, c’est juste frustrant. On ne répète presque jamais, ou une fois par an quand on a des dates un peu exceptionnelles. Tout le monde connaît bien son boulot, on peut se permettre de privilégier la fraîcheur. Et puis les gens ils ne viennent pas nous voir parce qu’on fait des notes nickels, ils viennent nous voir justement parce que c’est frais, c’est cash.

Yves : J’ai fait plein d’autres trucs où il fallait répéter, être sérieux, ne pas être pété avant de jouer, alors que là on s’éclate. C’est la meilleure recette pour un groupe, que les gens voient que tu prends du plaisir à jouer.

Paul : Ce que j’aime bien, c’est lui mettre des tartes quand il joue !

Yves : Là il ne le fait pas trop parce qu’il fait jour, mais le soir il me met des torgnoles… Une fois tu m’avais poussé, dans mon dos je me rappelle.

Paul : Bon sinon notre nouvel album sort en janvier normalement, on a aussi sur un projet d’émission de télé et on a 50 dates d’ici à décembre.

Avant de prendre congé…

Excusez nous, c’était un peu décousu et encore c’est l’après-midi… Vous avez de la chance de pas nous avoir chopé à 23h !

Yves : (l’oreille tendue vers le concert de Tiken Jah Fakoly) Eh là c’est du Bob Marley ou j’y connais rien ! Putain il lui pique des trucs quoi…

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: Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

4 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 7 août 2012
    Olivier a écrit :

    Cool l’interview, j’en profite pour relever une petite coquille : « Je serais le perrier à vouloir qu’un mec monte ». Aucun rapport avec une eau gazeuse j’imagine :)

  2. 2
    le Mardi 7 août 2012
    Pascal a écrit :

    Auto Correct is evil…

  3. 3
    Dimitri L
    le Lundi 13 août 2012
    Dimitri a écrit :

    Bravo pour cet interview, on sent bien l’ambiance fun qui règne dans le groupe. J’ai pris plaisir à le lire =)

    Cependant j’ai une petite question : quand ils disent qu’avant c’était plus sérieux et que maintenant ils cherchent à faire du débile, j’ai plutôt l’impression que c’est l’inverse !

    Vous l’avez senti comment ? Depuis qu’Ivan est parti, il y a eu 2 albums (Le Sens de la Gravité et Coming Out). Attention, je ne suis pas là pour dire c’était mieux avant/maintenant. Quelque chose a changé, c’est indéniable, ils le disent et on le voit très bien.

    Sincèrement, mais ce n’est que mon avis personnel, Le Sens de la Gravité est davantage réussi que Coming Out (plus varié musicalement, paroles plus percutantes, humour vif, etc). On est davantage surpris, je trouve, que Coming Out qui est finalement très rock.

    Je suis donc un peu étonné de tels propos. Bon, des tracks comme Touriste à Fukushima pour le nouveau opus de 2013 laissent prévoir de bonnes choses… ! Mais je tenais à partager mon point de vue.

  4. 4
    le Mercredi 15 août 2012
    Pascal a écrit :

    Une grosse partie de l’interview est quand même à prendre au second degré. Pour ce qui est de faire du débile, cela est en rapport avec la question de continuer à faire des chansons « de gauche ». Donc plus une boutade d’après-concert, qu’un truc vraiment réfléchi…. Tout comme le nom des chansons à venir…

    Par contre il est clair, que depuis Pamplemousse, les Fatals ce n’est plus seulement le projet que d’un seul homme. Mais un truc plus rock, plus compact, plus fun et plus collectif. Et peut être moins prise de tête en interne….

    Paul le dit à plusieurs reprises. Il veut que les gens percoivent les Fatals comme un groupe « cool ». Rien de plus, mais rien de moins.

    Et le set que j’ai pu voir l’illustre assez bien. C’est plus carré qu’avant. Plus rock. Ca joue à fond. Les vannes sont plus courtes et plus percutantes. Le dosage parfait. Bref c’était cool…

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