Les dessins de l’abribus

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A défaut de faire la Une des kiosques à journaux, un dessinateur de presse improvise son kiosque à dessins.

La pluie glaciale et le ciel menaçant ont peut-être découragé certains citoyens de manifester le 6 novembre à Paris, mais pas M. Batellier. Il les a « presque toutes faites, les manifs ». Mais il n’a pas défilé. À quelques pas de la place de la République, cet homme a entièrement recouvert un abribus et sa voiture de ses dessins de presse collés sur des panneaux en carton. Sous l’abri, il a installé une table sur laquelle il a étalé ses recueils de dessins, des lithographies et autres articles à vendre. Un écriteau en carton annonce : « J.F. Batellier dédicace ses albums ce jour. 5 euros le dessin, 20 euros les 5. »

Ce caricaturiste de 63 ans, à la voix rocailleuse et la barbe grisonnante, raconte avec générosité son expérience : «Cela fait quarante ans que je dessine. J’ai été dessinateur permanent dans plusieurs quotidiens. J’ai été pigiste au Monde. J’ai travaillé dans toute la presse, d’Hara-Kiri au Figaro ». Il fait une pause dans son récit pour répondre aux questions des curieux qui s’arrêtent, vendre quelques albums et montrer quelques dessins. En un coup d’œil, on passe en revue la vie socio-politique de ces dernières décennies, passant de l’élection de François Mitterrand en 1981, à la guerre en Irak, sans oublier les critiques du président Nicolas Sarkozy.

« Ça marche. Je fais en un jour ce que je gagne à peine en une semaine, d’habitude ». M. Batellier est au chômage. La rue et les salons de la BD ou du dessin de presse sont les seuls moyens dont il dispose pour vivre de son art. Acheter un de ses albums est une manière d’encourager la presse indépendante. Dans la petite biographie qu’il distribue, le caricaturiste s’autoproclame « soixante-huitard ». La plupart des passants qui s’arrêtent semblent être de la même génération. La nostalgie d’une presse satirique abondante et influente se fait sentir.

« La presse de qualité va mal », affirme l’hôte de l’abribus. « Il n’y pas de travail. On en crève ». Le verdict est sans appel. Pourtant, il ne désespère pas : « Je suis décidé à continuer. Je ne suis pas riche, mais j’achète le Monde, Charlie Hebdo, et Courrier International. Mon choix, c’est la presse. »

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Site Officiel de Jean-François Batellier : http://www.jf-batellier.com/

A propos de l'auteur

Image de : Fanny adore passer des soirées dans les salles obscures ou dans les salles de concert, mais elle préfère parler de trucs un peu moins glamours : les médias et la politique. Assister à une séance de l’assemblée nationale, une conférence sur l’opinion publique ou un débat entre deux responsables politiques ne lui fait pas peur. Elle adore ça. Elle est même devenue parisienne pour avoir l’occasion de le faire plus souvent. Mais, elle n’oublie pas d’où elle vient et soutient avec véhémence son groupe grenoblois préféré : The Melting Snow Quartet ( http://www.themeltingsnowquartet.com ).

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