24h avant la fin du monde | Stupeflip + Punish Yourself + La Caravane Passe | Nîmes et Avignon | 20/21.12.2012

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Dimanche 23 décembre 2012. Aujourd'hui, lorsque j'ai écris ces lignes je me suis dis "ouf, nous sommes encore en vie !". Pourtant à la même heure la semaine dernière, mon esprit vagabondait entre l'idée du "nous allons tous mourir" à celle de "ce sont tous des cons".

Il faut dire qu’ils nous ont mis en condition : cela fait plus d’un mois que l’on nous rabâche sans relâche que la fin du monde est pour bientôt. Entre l’adoption de l’UMP par le couple Copé/Fillon et les envies de frites de Depardieu (mais bordel fais gaffe à ton cholestérol), l’actualité médiatique a frôlé l’excellence ce mois-ci. En tous cas l’immense machine médiatique a réussi à torturer les esprits des plus faibles d’entre-nous : premièrement on est parvenu à coller une date à la fin du monde, deuxièmement on a même eu droit à une heure très précise, 00h32. Quid des secondes. Tant pis. Ce qui nous laisse en tout et pour tout une marge d’incertitude apocalyptique de 60 secondes. Le risque est trop important, deux (ou trois) solutions s’offrent à moi : la première est d’ores et déjà de poser mon vendredi de congé. A y rester, autant y passer chez soi plutôt qu’au travail. La seconde serait d’essayer de rallier Bugarach, le seul endroit connu du globe « épargné » par cette catastrophe annoncée. Ou alors, tenter le diable et partir dans un ultime challenge, celui de mourir ensemble, dans une salle de concert. Pour les premières minutes du 21 décembre, mais aussi pour ses dernières.

Jeudi 20 Décembre, Rakan Fest en compagnie de Punish Yourself + Stupeflip à la Paloma de Nîmes (30)

Punish Yourself

Pour ce faire, on rameute les troupes. Rien ne doit être laissé au hasard, toutes les précautions doivent être prises. Si la fin du monde débute le 21 décembre, il faut partir du principe que l’on est pas sûrs de la fiabilité de l’heure annoncée, 00h32. Partant de cette constatation, la première étape de notre périple débute le jeudi 20 décembre à 21h, à la Paloma nîmoise (30). Au moins, les précieuses minutes du 21 décembre seront sauvées, près d’une scène. Loin des illuminés, à des années-lumières du monde des Bisounours, le Rakan Festival investit le vaisseau imposant qu’est la Paloma. Armatures solidement fixées, parvis bien rempli, enveloppe de brouillard dans la plaine nîmoise, c’est à croire que tout était préparé d’avance.

Sans crier gare, une vague de débauche se répand dans la Grande Salle : Punish Yourself ouvre le bal (enragé) sous son traditionnel costume cyberpunk-fluo-zombie. La mise en scène est toujours aussi carrée, le décor, lui, revisité : le mur de lasers vert fluo est bien entendu toujours là, mais des squelettes de gringos mexicains se sont invités à la fête… Version love’n'gore, des murs de cœurs assez sexy ornent l’espace où un large écran occupe tout le fond de scène. Et sans surprise, Punish Yourself est venu avec un son toujours aussi lourd, toujours aussi tranchant. En pensant quelques instants que l’apocalypse était avancée de plusieurs heures, les toulousains ont déroulé la set-list des incontournables : d’un Gun décapant à un Suck My Tv hurlant, la scène est à tour de rôle embrasée par les apparitions sulfureuses de Vx69 ou l’éternel duo complice de Fafa et Klodia. Sans temps mort, toujours plus fort, Punish Yourself va enchainer ses titres à la volée : sombre, industriel, Rock’n'roll Machine répond sans extravagance à un tripant Las Vegas 2060′s… Ce n’est pas une compo de leur nouvel album qui va venir altérer l’effervescence du moment : entre les étincelles des disqueuses parties à l’assaut des musiciens et un public à la fois conquis et médusé, Punish Yourself a probablement réveillé les mauvais esprits…

Stupeflip (13)

Et dans ce rayon, le Rakan Fest a de la ressource. Décidément en plein vice, cette violence musicale va se teinter de douceur et de légèreté avec l’arrivée du CROU Stupeflip. Niveau immersion, on est gâtés ce soir à Paloma. Pour ce « Nouveau Spectac », il est évident que les festivaliers se sont déplacés majoritairement pour Stupeflip. Réveille-toi lapin, nous sommes à l’approche d’une nouvelle l’ère : « l’ère du Stup’ ! ».  Écran, parties de la scène surélevées, grosses caisses, nouveaux costumes, nouveau son, Stupeflip, désormais influents sur les différentes régions, appellent au rassemblement de tous ses fidèles : un cri unique, Terrora !!, « toi et tes complices seront broyés dans un mixeur », mais surtout « Die motherfucker die ! ».

A l’image de leur dernier maxi qui voit les guitares disparaître, le nouveau son du CROU est placé sous le signe du digital, des scratchs et des samples… On aurait presque du mal à reconnaître l’énorme délire du track Le Sonkifoudécou ou la violence décuplée d’un Krou Kontre Attakk du temps où les guitares poisseuses martelaient les têtes. A l’inverse, La Religion du Stup gagne du gallon : revisitée en mode session hip hop oldschool, le constat est identique sur Hater’s Killah qui paraissait avoir acquis une dose de maturité supplémentaire.

Pris à contre-pied, le Crou poursuit dans la provocation : cette nouvelle tournée, qu’ils avaient un temps baptisé « Pognon Tour », pouvait laisser prévoir une certaine facilité musicale de la part d’un groupe qui est désormais en activité intense depuis presque 2 ans. Que le diable m’emporte ! Le Crou est à nouveau passé en mode ‘égocentrique’. Il n’hésite pas à dénaturer des morceaux clé du groupe  (Je Fume Pu d’Shit est bien moins roots, le tant attendu Stupeflip moins crasseux), à faire revivre Pop Hip (Gaëlle ou le tripant Cold World) pour une courte séquence.

La provoc’, King Ju l’adore : des transitions interminables aux cassages de rythme, il n’attend que ça. De l’insulte à la prise à parti, Cadillac fut lui aussi en état de grâce. D’un Stupeflip Vite !!! moins fou à un A Bas La Hiérarchie détraqueur, le Crou s’est également régalé de charrier Monsieur Santiago, remplaçant de MC Salo tout le long de la soirée…

S’il y a des choses à redire sur la performance de Stupeflip, il a pourtant réussi son coup : le nouveau spectacle est déroutant, mais l’ère du Stup est bien là, ancrée dans toutes les têtes. Bienvenu en enfer, lapin ! Le DJ Set de Stupeflip avec Dr Vince n’y changera rien…

Vendredi 21 Décembre, La Caravane Passe + Vincha à Avignon (84)

La Caravane Passe (2)

Si le ciel est resté calme toute la journée, la chaleur bouillonnante du Rakan Fest s’est propagée. On s’en doutait à vrai dire. S’il reste des survivants à cette vague destructrice, le clairon raisonne depuis Avignon. Direction les Passagers du Zinc pour un vol a priori sans retour. Le décollage, initialement prévu à 21h, est décalé à 22h. La salle, elle, est pleine à craquer : c’est la dernière chance de quitter ce monde de fous, les gens ne s’y sont pas trompés. Je suis en tous cas heureux de voir que la salle s’est aussi préparée au pire puisque le public est reçu à l’étage, sous les toits. Impossible de trouver les couvertures de survie mais le troisième verre offert pour deux achetés a le don de réchauffer.

En attendant que La Caravane Passe et que l’heure sonne, la ‘dernière’ première partie du monde tel que nous l’avons connu prend place sur les planches d’Avignon. Vincha s’offre une quarantaine de minutes face à une salle copieusement remplie. C’est plutôt attentiste de la part du public mais la mayonnaise finit par prendre. Groupe découverte du Printemps de Bourges 2012, Vincha fait parti de ces artistes qui reprennent le flambeau laissé par des formations telles que Java. Hip hop, chanson française, sonorités festives… Le lien est d’autant plus marqué sur Paris et ses « Paris c’est pas assez beau pour boire que de l’eau… ». Entre un joli Petit Con ou de grosses doses d’humour sur C’est Toi (extrait de son nouvel album), Vincha se débat sur Demain, Promis J’arrête (dommage, c’est un peu inutile) avant de finir les festivités sur Les P’tits Seins. Frais, léger, tout ce petit monde a sautillé sur Vincha.

Dernier passage, dernier ticket. Le quintet finit par débouler, à pas feutrés. Ils sont là, les gypsys des temps modernes. Rock, cuivres, musiques balkanes, gitanes, La Caravane pose un pied à terre avec tout son univers. Une intro en mode traditionnel pour un concert qui s’enchainera sur un rythme effréné : il n’y a pas de temps à perdre, les hommes à moustaches sont appelés à la rescousse (Moustache On The Stage)… « faut pas raser la virilité ! » en faisant jumper les passagers… Gypsy un jour, gypsy toujours ! Gypsy For One Day, même sans Erika Serre, est terriblement entêtant, et que dire du délirant Salade, Tomate, Oignon (« qu’est ce que tu mets dans ton kebab !! ») qui déboule finalement assez tôt dans le set ?

Dès les premiers morceaux, les bonnes vibrations se répandent progressivement au sein de la foule, l’hystérie, pas loin de se déclencher. Un Zinzin Moretto, à connotation western, amorce les premières détonations. Explosion en tous genres, « la Terre peut trembler, tu restes de glace. Les chiens aboient, La Caravane Passe », la foule, au pas, est entrainée dans la place… Pour ceux qui ne feraient pas partis du clan, « once upon a time à Paname city » quelqu’un qui Rame dans l’métro : le son country/festif continue à donner le pulse, les pogos s’étendent et ne faiblissent pas. La Caravane Passe arrive à tirer tout le bénéfice de son dernier opus, « Gypsy For One Day » sorti cet automne. Les nouvelles compos s’imbriquent parfaitement dans le set, ajoutant ce grain de folie qui existait pourtant auparavant. C’est assez noir mais terriblement dansant sur Rom à Babylone, terriblement drôle sur T’as La Touche Manouche, La Caravane n’a pas de mal à se frayer un chemin parmi la foule.

D’un Strip Tease Burlesque et oriental, petite session hip hop dans le cabaret où la transe reprend du service : intrusion des synthés pour transformer la salle en dance-floor sur Like a Sextoy (sans transition)… Avec un public dévergondé qui s’est payé un bordel généralisé sur un Balkanski Bal de folie, il fallait être très bon pour espérer attraper La Caravane. Quelques derniers frissons ruskofs avec un démoniaque Shouf la Chapk… et La Caravane s’offre un petit interlude historique : « regardez l’heure, on est toujours vivant ! ». Ah oui ! Alors autant repartir au charbon : il fallait bien sûr jouer Bulibasha… et chanter tous en choeurs ce foutu refrain qui signifie qu’on bouge encore.

Face à l’enthousiasme de la foule, impossible de partir comme ça :  le quintet débranche ses instruments, passage en mode fanfare… La Caravane Passe met une dernière fois le feu avant de partir !

L’apocalypse n’était peut-être pas où on l’attendait… Et si les Mayas nous avaient menti ? Terminons sur une note un peu plus sérieuse s’il vous plait. Les Mayas n’ont jamais prédit la fin du monde, contrairement à tout ce que vous avez pu entendre jusqu’à présent. Jean-Michel Hoppan du Centre d’Etudes des Langues Indigènes d’Amériques (Celia) signale que « la date du 21 décembre 2012 n’apparait que dans une seule et incomplète inscription  maya datant de la seconde moitié du VIIe siècle, sur le monument 6 du site archéologique de Tortuguero, dans l’Etat de Tabasco, au Mexique. Le long texte de la stèle s’achève par une référence à la date du ’4 Ahau 3 Kankin’, mais juste pour signaler qu’interviendra alors une divinité appelée Bolonyocte. Rien d’autre. La fin d’un cycle dans l’esprit des Mayas, ne signifiant nullement la fin DU monde, mais la fin d’UN monde, le début d’une nouvelle ère dédiée, comme les précédentes, à des entités mystiques. Ça leur permettrait en quelque sorte de remettre les compteurs à zéro » (Hors Série Science et Vie, Spécial Fin du Monde, Novembre 2012).

En plus d’être toujours en vie on se couchera moins bête.

Crédits photos : Cédric Oberlin et Olivier Audouy (PhotoLive30)

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 3 août 2013
    Qlox a écrit :

    « A l’inverse, La Religion du Stup gagne du gallon : revisitée en mode session hip hop oldschool »

    Est-ce qu’une version mp3 existe ?

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