Les crimes exemplaires

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Dans la salle du Théâtre des déchargeurs, une ouvreuse - du moins le suppose-t-on - s'adresse in media res au public et propose de lire certains des horoscopes qui figurent dans le magazine qu'elle tient entre les mains. Soudain, un comédien dont la présence restait encore insoupçonnée sur scène lui tire dessus. Sa mort imminente est le prélude de biens d'autres crimes. Édifiants.

arton1000« Tuer. Tuer sans pitié » sont les premiers mots prononcés dans cette pièce. S’attend-on à voir les confessions d’un tueur en série, que l’on se trompe. Dès l’abord, l’énergie des comédiens et le texte enlevé de Max Aub, remarquablement adapté par Alexis Lameda-Waksman, nous emmènent vers les abysses de confessions de crimes. Les quatre personnages, pleins de verve et d’entrain, ne sont reliés que par cet aveu : celui du meurtre.

Meurtre crapuleux, meurtre inutile, meurtre risible – en une heure de temps, les acteurs jonglent avec ces histoires peu banales, et qui pourtant semblent fonder leur quotidien. L’une a tué parce que ses invités ne semblaient pas vouloir quitter la soirée, l’autre tue parce que. « Elle sentait l’aïl ». On regrettera l’espace d’un instant l’absence d’un aparté qui eût trouvé sa place et permis au spectateur de comprendre l’essence intrinsèquement triste, poétique, comique et violente de ce texte et de ces situations.

Nous assistons en effet lors de cette représentation à l’étalage de crimes in fine crapuleux, que l’on pourrait lire dans Direct Matin – les comédiens d’ailleurs lisent des extraits de presse à un moment donné. Est-on donc ancré dans une réalité sociale édifiante, ou est-on au théâtre, lieu de l’imaginaire et de la liberté ? Sans doute un peu des deux. Nous saluerons la performance des quatre comédiens : Alexis Lameda-Waksman fait froid dans le dos – il semble grave et fou – Majid Chikh-Miloud illumine la scène par son fantasque débridé – Camille Champagne et Charlotte Hirsch sont d’une virtuosité appréciable, passant de la bourgeoise coincée à la secrétaire des années 60 sans aucune difficulté.

Les crimes exemplaires restent six semaines à l’affiche, il n’y a donc aucune raison de ne pas faire un détour par Châtelet pour aller saluer cette pièce servie par une mise en scène ingénieuse – peu de moyens, pour beaucoup d’effets.

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« Les crimes exemplaires » mis en scène par Alexis Lameda-Waksman au Théâtre des Déchargeurs, du 24 mars au 2 mai 2009.

Réservations au : 08 92 70 12 28

Site officiel : http://www.lesdechargeurs.fr/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

2 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 29 mars 2009
    Anonyme a écrit :

    Il faut croire à l’astrologie, je l’ai toujours dit… et fait entendre…
    A +
    PP

  2. 2
    le Mardi 31 mars 2009
    Andréa a écrit :

    Pour plus d’information allez sur le blog de la pièce : http://crimes.exemplaires.over-blog.com/

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