Les Chèvres du Pentagone, sois bêle et tais toi !

par Sarah Hams|
Episode II : Return of the goats. Le DVD des Chèvres du Pentagone vient de sortir ces derniers jours, quelques mois après une sortie en demi-teinte. Explications.

Et si Jésus, après son trip de 33 ans sous LSD, avait fondé une armée ? Que se serait-il passé ? Oncle Sam, l’évangéliste, prend les paris. Réalisée par Grant Heslov, produite par George Clooney, cette satire politique frôle son sujet, mais ne s’y attarde jamais. À la base de cette comédie loufoque, il y a un livre, sorti en 2004, écrit par le journaliste Jon Ronson. Son titre : The men who stare at goats (titre original du film). L’adaptation comme vignette certifiée véridique s’appose sur ce film.

U.S Army-Certified

Ouverture générique, « Il y a plus de choses vraies dans ce film que vous croyez ». Soit. Générique qui à l’aide d’un montage alterné festif (notons la musique de Supergrass), nous offre des images d’archives. Archives retraçant succinctement le parcours de Saddam et sa chute.

Le sujet abordé : la guerre.

Le personnage principal : les États-Unis d’Amérique.

Au service de ce thème, Bob Wilton journaliste désespéré et désespérant (Ewan McGregor, acteur mono expressif), plus à la recherche de reconnaissance post rupture, que d’un scoop ; se retrouve perdu en Irak. À ses côtés, Lyn Cassady (George Clooney), ex-soldat de « The New Earth Army ». Armée financée par le Pentagone, dont les préceptes se basent sur les enseignements de STAR WARS. STAR WARS, vous connaissez ? C’est comme la bible, mais avec des sabres lasers.

Par la pensée l’ennemi tu vaincras… Attention film comique, film tout public. Certes l’action se déroule en Irak, mais tuer des enfants (même des arabes) c’est mal. Alors, reprenons. Par la pensée des chèvres nous buterons. C’est mieux, merci.

Le premier plan du film est surprenant. Il s’agit d’un gros plan sur le visage d’un G.I. L’œil affuté de l’illuminé au service de sa patrie, semble ardemment nous fixer… Contre champ : un mur. Accroché à ce mur, un cadre sur lequel on distingue Abraham Lincoln. Cette figure hautement symbolique n’apparait nullement évidente à ce stade du film. Retour sur Le G.I. .L’œil vigoureux, il se lève, et court…Droit dans le mur. Le choc est inévitable. Ce premier ressort comique fait sourire. L’absurdité du propos amuse. Cependant le sujet abordé semble remis en question. La guerre, certes, mais contre qui ? Ce ressort loufoque certifié conforme par la véracité des faits nous laisse pantois. Premier effet comique auquel s’ajoute le non-sens de la situation, c’est un peu con, mais ça fonctionne…

Ces Jedis formés par l’armée U.S, sont poilants. Faire la guerre en faisant du yoga, en voilà un délire digne d’un scénario piquant. Un Jeff Bridges en matrone désinhibée prend le contrôle de cette unité. Il est jouissif de voir Clooney (excellent) s’exprimer corporellement sur des chants hippies, moustache à l’appui. Kevin Spacey, l’apôtre déchu, incarne un Judas qui aurait oublié ses clous. La dissidence, ici, est incarnée par la chèvre. Celle qui n’est plus libre de bêler.

Il y a du MASH, pour le contexte militaire ubuesque; du LAS VEGAS PARANO pour le trip initiatique sous acides, et du BRAZIL pour l’univers totalitaire… Ah non pas de BRAZIL, enfin pas trop. Car BRAZIL a un défaut : Terry Gilliam, le vilain, se fait fi du happy end.

Grant Heslov : réalisateur. Niveau : cabri

Image de Les chèvres du Pentagone La mise en scène de Grant Heslov ne franchit pas le cap du politiquement incorrect. L’inconvénient majeur ici, se trouve dans la forme abordée. Elle ne sert pas le propos. Heslov touche à plusieurs reprises à des sujets cruciaux. Il semble mal à l’aise, et nous aussi. Un des sujets abordés par le film : Une jeune recrue militaire se suicide après avoir été le fruit d’expériences engendrées par un supérieur. Problème : il faut dénoncer, mais ne pas choquer. Heslov aseptise son politiquement incorrect sous la bannière de la loufoquerie. Seulement à trop survoler un sujet, on le contourne.

L’hilarité est présente, elle est exploitée à souhait. Le spectateur est compatissant. Ses zygomatiques rassasiés justifient le prix du DVD. Mais que doit-il retirer de cet enseignement psychédélique ? Une interrogation : est-ce que tout cela est vrai ? La forme du récit, de part son label « histoire vraie » remet en cause la question du réel. Face à lui, le réel, il y a Clooney, personnage saisissant par capacité à ne jamais douter de l’absurdité de ses propos.

Folie douce que nous propose ce film, il ne s’agit pas de guerre, mais de libre arbitre. Celui du spectateur : fait-il le choix d’y croire, ou juste celui de sourire ?

Un constat triste, bien loin des libertés combattues par Lincoln, figure subliminale du film, qui nous susurre une conclusion un peu guimauve, un peu gentille. La liberté est en chacun, il suffit de croire en sa capacité à éclater des chèvres par la force de l’esprit, et nous aussi nous pourrons traverser des murs. Dans ce monde où la guerre est un business, un seul moyen de se libérer, faire comme George, croire en sa propre invisibilité.

Le rêve américain démit de son piédestal : rien de bien méchant. Bienvenue à Hollywood.

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Date de sortie cinéma 10 mars 2010
Réalisé par Grant Heslov
Avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 26 août 2010
    AK a écrit :

    Un de mes films comiques préférés de l’année 2009, tiré d’un documentaire et d’un livre. Hilarant et visiblement vrai, aussi dingue que cela puisse paraître.

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