Les 5 ans de Ground Zero

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Samedi soir, 26 septembre : Ground Zero fêtait son anniversaire en compagnie de musiciens choisis.

groundzeropetitAvec sa vitrine bleue rue Saint Marthe dans le XXème à Paris, c’est l’un des rares disquaires encore vivants et à visiter absolument. Regorgeant de perles rock, il propose CD et vinyles, principalement du neuf, un peu d’import. Depuis 5 ans, les propriétaires arrivent à faire vivre le magasin en partageant leur vie entre leurs rayons de disques et d’autres activités : le fondateur est aussi membre des Hushpuppies .

Maison Neuve donne la première note de la soirée au sous-sol de la boutique, avant une jolie suite à la Maroquinerie : retour à l’authenticité musicale et instrumentale, à celle du coup de coeur aussi.

David ‘Yaya’ de Herman Düne

hd_004petitGuitare folk légère et très statique. Une très belle voix masculine chante des  » lips on mine  » dans une mélancolie honnête. L’heure est au type à guitare, seul et figé dans ses accords de vrai musicien, pour une armada de nouvelles chansons inconnues. Le tout est assez classique mais bien agréable. Un saxophoniste déjanté rejoint la scène sur une quatrième chanson aux atours d’un blues plus corporel et charnu. Le passage de l’air comme seul son dans un cuivre farfelu, le retour à la matière de l’instrument et à sa nature brute, on ne lésine pas sur les notes suraigües frôlant l’indigeste mais toujours bien menées, aux côtés d’une guitare dont le barré est arrêté sur la troisième case.

Après cette venue surprenante et bienvenue, on retrouve une guitare romantique avec quelques longueurs, mais très vraie et apaisante. Une poésie peut-être un peu nian nian,  » to protect you from the danger  » nous dit David, il n’empêche qu’on aime y croire. Quelques petits ratés, un début de chanson mal amorcé, ou un dernier morceau un peu plombant…On entame cependant la soirée dans un esprit ouvert à la sincérité musicale.

The Low Anthem

la_petitL’ambiance est aux terrains neigeux froids et purs, quelques fumées chaleureuses dans les cheminées. Echo, lenteur des sons, justesse méticuleuse de cordes devenues presque harpes, d’un archer déplacé minutieusement sur le xylophone…Une cérémonie de beauté dans laquelle il faut entrer sur la pointe des orteils, sans créer de courant d’air, pour venir se poser en tailleur entre les convives…Chut…Tout le monde est assis, figé et pénétré de la note. Trop, diront certains ? Peut-être…Mais c’est un moment de communion en quête de perfection émotive, les yeux se ferment et écoutent, les lèvres sourient, et les corps osent à peine se soulever pour chaque inspiration.

Une délicatesse que l’on aurait peur de briser produit des montées angéliques de voix féminines, des paroles généreuses et graves de clarinettes, des solos de contrebasse vrombissant dans le bois, et parfois du blues-gospel un peu plus charnel et nerveux (meilleur en live qu’enregistré celui-là). On pourrait leur reprocher un mutisme quasi-complet, et un air coincé de très bons élèves dans leur application. Seulement on doit aussi reconnaître leur vrai talent de musiciens. Tout simplement, et trop souvent oublié. Savoir se servir d’un instrument pour exprimer un univers bien à soi, passer de la batterie à la voix à la clarinette à l’archer à la basse à la corne, voilà qui a de créer la bulle fragile de ce soir-là.

Leurs chansons blues-gospel énergisantes n’ont rien de très inventif, mais elles créent un tumulte pour le moins surprenant sous la glace. Voix folk ébréchée, country irrésistible et voix cristalline féminine emportent dans les nuages, mélange très juste pour parler du Mississippi et du Tennessee sur Home I’ll never be ….Corde minimaliste, voix plus chaude pour dire  » the wave in which you came « , et le médiator termine le morceau dans 4 frottements laissés perceptibles, comme pour un retour à l’authenticité musicale.

Kim

017petitUn beat plein de dynamisme brûlant s’empare de la petite salle et chacun s’est levé pour accueillir ce qui représente le moment rock’n'roll de la soirée. On oscille entre soul, funk, rock avec beaucoup d’aisance. Le bassiste laisse visiblement son corps aux fougues bien ancrées du tempo et il y a de quoi. Le guitariste n’est pas là par hasard et fait subir à son instrument de jolies rafales de saturations, d’échos, de sons tantôt cristallins, tantôt virils, tantôt blues, tantôt californiens, et connaît ses gammes rock classiques sur le bout des doigts.

L’ambiance délicate et froide du folk jetée par la fenêtre, on décide de célébrer Ground Zero pour de vrai : il ne faudrait pas oublier qu’on est là pour faire la fête, et on le dit dans des jeux de voix grave, rageuse et plus chaude, avec des lumières plus virulentes, parfois sans transition, avec nombreuses ruptures rythmiques…Et un synthé un peu lourdingue aussi. Kim aime son public et communique avec, en l’attendant pour participer et en lui racontant des histoires de famille un peu longuettes pour entamer la chanson My family . On s’amuse sur scène aussi, entre basse, guitare, batterie et regards : chaque instrument parle, parfois juste pour une note, et attend celle de l’autre dans un silence amusant.

On est cependant loin de tout son unique contagieux, de toute délicatesse particulière dans la rencontre des lignes de portées : efficace oui, l’énergie s’associe à de solides bases d’un vrai rock funky qui fait beaucoup de bien, mais à mon sens, l’univers Kim ne souffle pas tout sur son passage : on manque de surprise et d’identité unique radicale.

Yeti Lane

Les « Yétis » clôturent la soirée dans une parfaite quintessence des sons précédents : la froideur un peu évanescente de la musique fraîche des débuts à la chaleur rythmique et généreuse du vrai rock. D’une certaine façon, l’aérien de Low Anthem mélangé à l’énergie de Kim dans un seul dosage complexe et si juste : incroyable ? Mais tout à fait vrai ! On échappe à la distance presque inaccessible des uns et au dynamisme trop facilement entraînant des autres. Un univers incontestablement unique et fort se déverse à nos oreilles dans une énergie mélodieuse renversante.

Mélancolique et joyeuse à la fois, la ligne suivie par les Yeti Lane est un pur cocktail détonnant sur le paysage terrestre bien connu du rock. Synthés mélo-dramatiques au vintage ensorcelant, guitares généreuses et chaudes, ou cristallines et gelées, rythmes primitifs et légers quoique bien enracinés, pour une montée directe dans la neige soyeuse et reculée des montagnes. Psyché façon Syd Barrett ou Flaming Lips ? Planant et agité, air et terre, froideur des échos flous et chaleur authentique, mélodie pop ancienne bien datée 2009 aussi : Yeti Lane navigue de façon imperturbable sur sa trajectoire, entrant en fusion pleine et entière avec la scène pour en faire monter leur énergie venue d’ailleurs et d’ici, d’avant et de maintenant. Quelques envolées psychés fiévreuses s’assortissent d’une puissance sonore presque inaudible parfois poussée à bout et ils jouent avec, heureux d’en dégager leur son sorti de nulle part.

024petitTout en poésie et dans une ascension épique, on s’imaginerait bien au creux d’un rayon de soleil ou dans la paume d’une couette, avant une course dans la forêt, pour y entendre l’opacité brillante de cette souffrance étrange, placide et dynamique à la fois. Nul doute que les larmes sublimées en harmonie sur des bouts de bois et des cordes, ils connaissent. C’est ce retour à l’honnêteté extrêmement généreuse de la musique qu’on ne peut qu’aimer chez eux, comme si cette voix un peu psyché aux consonances années 70 nous rappelait, simplement, la pureté de la vie émotive. Ils termineront sur le chevaleresque et fragile Lonesome George, irrésistible. Bonheur divin de création et de porosité de la peau, pour s’immerger dans l’authenticité et l’innocence de l’harmonie.

Crédit photo : Philippe Abdou

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A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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