Les 3 Royaumes

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Fresque spectaculaire retraçant une partie de l’histoire du territoire chinois, Les 3 Royaumes de John Woo est un film absolument fabuleux, autant par sa mise en scène que ses effets spéciaux et que sa batterie d’acteurs. Il nous laisse scotché à notre siège, et ne nous permet de bouger qu’au final, où les applaudissements retentissent dans la salle.

3royaumes02En 208 après J.-C., l’Empereur Han Xiandi règne sur une Chine divisée en trois royaumes rivaux. L’autoproclamé Premier Ministre, Cao Cao, force la main à Han Xiandi pour l’autoriser à mener une guerre contre Shu, le royaume du sud-ouest, dirigé par l’oncle de l’Empereur, Liu Bei.

Ce dernier demande à Zhuge Liang, son conseiller militaire, de se rendre au royaume de Wu, le royaume du sud, pour tenter de convaincre le roi impétueux Sun Quan d’unir ses forces aux siennes. Les trois armées se réunissent alors au repère de Falaise Rouge, où s’ensuit une bataille épique entre les armées, mêlant stratégies militaires, guerre psychologique et combats sanglants.

Les effets spéciaux au service du réalisme

Tout, depuis les combats où les soldats volent dans les airs aux couchers de soleil, en passant par les colombes qui s’envolent, relève des effets spéciaux. Et pourtant, même si l’on sait que c’est le cas, dès le début, le contrat de lecture du film nous fait comprendre que l’Histoire, même si elle a existé, ne souffre pas d’être embellie, et au contraire, y gagne en crédibilité.

Subtils, les effets spéciaux s’intègrent donc dans le film très facilement, le rendant encore plus spectaculaire et lui conférant son statut de fresque, digne d’un Seigneur des Anneaux à la chinoise. Pour renforcer cette idée, les mouvements de caméra, notamment les zooms parfois plus que serrés sur les personnages, accompagnés par les travellings en accéléré dans certains plans, soulignent à gros traits le côté assumé du « mentir vrai » du film. Le public, un sourire aux lèvres, apprécie ce deuxième degré qui réside tant dans le contenu que dans la forme. Et il reste d’autant plus subjugué par le reste du propos : la mise en scène de la guerre.

L’art de la guerre, l’art de la musique

3royaumesEn effet, sur deux heures et demie de film, on assiste environ à une heure entière de batailles, et le reste du temps se déploie en stratégies de combats. Les multiples démonstrations tactiques (miroir, plume d’oie, tortue.) sont non seulement ingénieuses, mais elles prouvent aussi que l’esprit peut vaincre le nombre. Mais même si certains s’illustrent seuls, l’effort collectif est toujours triomphant, ce qui explique le sauvetage de la belle Xiao Qiao.

Quand l’art de la guerre est au repos, la fougue guerrière s’illustre par un autre art, la musique, sur fond de cithare envoûtée et de flûte. Ces mélodies semblent être le remède à la propagation de la violence, quand un enfant innocent arrête une formation par le son de sa flûte. Mais elles sont aussi des méthodes d’évacuation de la frustration, par plusieurs magnifiques solo et duos de cithares.

Faites-vous des amis, pas la guerre

Entre ces deux arts qui se côtoient, la morale du film est surprenante : la guerre n’est absolument pas glorifiée, au contraire. Les morts, qu’ils soient du camp ennemi ou de son propre camp, sont un événement tragique, et on le lit sur tous les visages des combattants, à tout moment de la bataille.
Faire la guerre est un mal nécessaire par lequel il faut passer à Falaise Rouge pour que les trois royaumes restent ce qu’ils sont. Mais le plus important est ce qui vient après : des amis fidèles, un enfant, un arc-en-ciel. Tandis que si l’on ne vit que de guerre et de terreur comme Cao Cao, en poursuivant une chimère, il ne reste plus rien une fois la paix retrouvée.

Film-spectacle, qui assume son côté kitsch par ses gros plans et autres mouvements de caméra peu subtils, Les 3 Royaumes souffre d’une chose : la coupure de certaines scènes lors de son adaptation sur les écrans français. À certains moments, les entames, grossières, pointent du doigt un morceau manquant du puzzle dont on aurait bien aimé profiter… Mais mis à part ce détail (et le chapeau ridicule de l’Empereur), Les 3 Royaumes reste un film à voir, et à revoir.

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Les 3 Royaumes ( Chi Bi ), John Woo
2h25 pour la version européenne,
dans les salles depuis le 25 mars 2009.

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 23 avril 2009
    martine SBOLGI-GUINET a écrit :

    Moi j’ai beaucoup apprécié.
    Cela va me permettre après avoir vu le film (j’y retourne ce soir) vu et lu les commentaires and so on, d’appréhender plus facilement la lecture des trois volumes de l’épopée des trois royaumes. De plus, j’ai cru voir (même si ce n’est pas la même époque) l’armée de terre de Huangdi en action. J’ai adoré la séquence des barques et des flèches , mais hélas je ne trouve aucune photo nulle part. Sans doute pour préserver l’effet de surprise ?

  2. 2
    le Samedi 25 avril 2009
    Eymeric a écrit :

    Beaucoup apprécié également, pourtant pas fan de l’épisme… Enfin un film de guerre intelligent et stratège, j’avais gardé un mauvais souvenir de « 300″ et de son esthétisme sans fond. Ici l’esthétique prend le pas sur le réalisme mais magnifie toute les images et leur confère du sens… La scène du thé, le duel/duo de cithare: volupté et enivrement.

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