L’Envolée – Stephan Eicher

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Stephan Eicher nous offre cinq ans après le très bel Eldorado, un nouvel album intitulé L'Envolée. Produit par Stephan Eicher lui-même avec l'aide de Mark Daumail de Cocoon qui nous introduisent dans leur univers pop-folk. Une œuvre telle une pépite trouvée au fond d'un ruisseau. Léger et subtil parfois sombre et profond, le disque dévoile 12 pistes fantastiques, où la voix si singulière se pose et épouse les moindres mesures.

Ce disque est un voyage dans une dimension fantastique et réaliste, comme le soumet déjà la pochette présentant un renard chanteur sur une barque.

Au fil des douze morceaux aux sonorités variées, il évoque des questions de société et les relations toujours avec poésie et sincérité. Sa voix, si particulière, tantôt à vif (Donne moi une seconde, Disparaitre) reste touchante jusque dans les moindres respirations. Tendre et posée sur Morge et Schlaflied, elle sait se montrer tout de même suave sur Dans ton dos ou encore L’Exception.

Les titres sont superbement orchestrés et interprétés. Enveloppés par de nombreux instruments et diverses sonorités, on côtoie tantôt les ballades légères, voire aériennes comme Schlaflied (Berceuse en français) qui viendra clore le disque. La relève assassine de son leitmotiv « elle ne vient pas » dangereux et soutenu à grand renfort de cuivres, une rumeur qui monte et gronde au loin.

Du est tout aussi belle en piano voix. On distingue chaque respiration, on peut compter les souffles. Les choeurs et le cor suffisent à envelopper le tout dans du cotonneux sans étouffer.

Morge est une ville Suisse du canton de Vaud. La chanson pourrait être une déclaration d’amour, d’une douceur désarmante. Il annonce « Morge » à la façon d’un mot doux glissé dans votre oreille.

Disparaître, si mélancolique et émouvante: l’amalgame entre le champ lexical de la crise associé aux sentiments, il fallait y penser, mais c’est tellement efficace.

On remarque un décalage sur Tous les bars entre la musique et la voix. Quand la première s’intensifie, la seconde imperturbable continue à scander le texte régulièrement. Ce morceau se caractérise aussi par la répétition d’un « qu’on la laisse ». Nous sommes entraînés à l’image d’une course effrénée après laquelle nous aurions perdu le souffle. Le décalage est aussi remarquable dans l’enchaînement avec le morceau suivant Envolées. Douce et intime dans l’emploi du piano, des balais sur la batterie, des guitares, ainsi que la trompette, qui annonce le danger sur un très beau texte, d’actualité. Un petit côté cabaret jazz qui teinte ledit morceau notamment dans les quelques lignes de basse.

On reste dans quelque chose de sombre avec Elle me dit, cette chanson courte, à deux voix (avec Philippe Djian). Deux voix aussi étonnantes que différentes bien qu’on ne distingue pas clairement les paroles par moment. Un morceau aux sonorités graves , dangereuses aussi. On ressent encore cette sensation d’un jazz noir des films des années 30 dans la complainte des cuivres.

On note une légèreté étonnante sur Dans ton dos, un ensemble en arrière-plan sans chichi ni mélo, loin du sirupeux que ça sous-entend. L’arrêt brutal jusqu’au silence juste après le terme « réalité » est une mise en exergue pour mieux terminer la chanson, mélodieuse et rythmée qui pourrait résonner comme un air entendu dans un western, sur fond de grands espaces.

Donne-moi une seconde est lointaine, martelée par un piano léger. Le trémolo pleurnicheur et les choeurs soulèvent le morceau jusqu’à lui conférer une dimension aérienne.

Quant à elle, Le Sourire se caractérise par un texte magnifique, une mélodie entrainante: de la ligne de basse aux arpèges en passant par le balai sur les caisses. Très facilement elle dessine un rictus sur les visages et défroisse les fronts. Lumineuse et touchante, on rêverait qu’elle soit écrite pour soi.

Il est loin le temps des déjeuners en paix. Cette Envolée est un voyage très agréable dans un imaginaire accueillant, reflétant ainsi à la façon d’un miroir adouci les maux contemporains. Une chose est sûre, certains aspects sauront vont séduire, vous ne pouvez pas y être insensibles.

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A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

4 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 21 octobre 2012
    Rod a écrit :

    J’ai bien aimé. Après ca reste un artiste « de l’ancien temps », mais le fait qu’il ait laissé la réalisation à un mec comme Marc Daumail a été un bon choix.

  2. 2
    le Dimanche 21 octobre 2012
    Pago a écrit :

    Ça fait maintenant 27 ans que Stephan Eicher jalonne ma vie avec ses pépites, que son évolution et ses directions musicales croisent parfois les travers de l’existence.
    Le voici, apaisé musicalement, mais bouillonnant dans des textes sociaux, à l’image de la mutation que Djian avait amorcé avec « Ça, c’est un baiser. »
    A l’image de « 1000 vies », c’est un disque dans lequel on n’entre pas du premier coup, ce n’est pas une machine à tube, les titres méritent plusieurs écoutes pour s »exprimer.
    Ce disque s’intéresse plus aux autres qu’au « Je ». Curieusement, il n’y a pas de texte en langue anglaise, et c’est, à ma connaissance, la première entorse depuis « les Chansons Bleues ».
    Manon, belle analyse, technique, d’un disque qui l’est, lui aussi, très subtilement.
    J’aurais aimé certains titres plus longs, j’espère que la scène apportera plus d’envolées aux mélodies.
    Mais je ne boude pas mon plaisir, sachant qu’il va falloir maintenant patienter 4 à 5 ans, avant d’avoir d’autres morceaux à écouter.

  3. 3
    le Lundi 22 octobre 2012
    Révé a écrit :

    Voilà une bien belle et sensible critique… De quoi me rendre encore plus impatiente de recevoir enfin cette « Envolée » commandée depuis le début de ce mois!

    Deux toutes petites remarques cependant: « Morge » n’est pas la ville vaudoise dont le nom s’orthographie avec un s final, mais bien le mot bernois qui signifie « matin ». Quant à la chanson « Tous les gars »…. Euh… Ne serait-ce pas « Tous les Bars », plutôt? :-)

  4. 4
    le Mardi 4 juin 2013
    Marie a écrit :

    Très belle critique et analyse de ce magnifique album de Stephan Eicher.

    Juste une remarque, la même que Révé. « Morge » siginifie « matin » en bernois. Par exemple « Es isch Morge » = « C’est le matin ».

    Sinon tout est très juste.
    Merci à vous !

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