L’endroit où tombent les anges

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L'article que vous vous apprêtez à lire n'est pas comme les autres. Nous avons en effet demandé à Frank de vous présenter son Journal. Bon gré mal gré, il s'est exécuté. Vous vous demanderez sans doute en le lisant ce qu’il fait dans la rubrique Société. Cherchez un peu. Si vous ne trouvez pas la réponse, ne vous inquiétez pas : elle vous sera révélée dans quelques jours. En attendant, puisque c’est désormais son territoire, laissons à Frank le soin de vous apprivoiser…

On m’a demandé d’écrire quelques lignes pour vous présenter ce que sera mon Journal. Que les lecteurs sachent à quoi s’attendre. Une requête absurde pour une tâche qui ne l’est pas moins. Un peu plus tôt je me suis tourné vers Marie pour lui demander ce qu’elle en pensait. Manque de pot, Marie était son amie, la petite brune avec qui nous avions bu des verres jusqu’à ce qu’arrive le moment délicat du choix. J’avais une chance sur deux. Note pour l’avenir : ne pas jouer à la roulette russe. Le petit ange blond qui me regardait depuis le lit fut suffisamment gentil toutefois pour répondre et me dire qu’il s’en foutait. Je m’en doutais. Bas, robe, miroir, chaussures. Porte. Voilà, je ne saurai jamais son prénom. Je publierai peut-être un avis de recherche dans la journée. « Perdu petit ange blond. Signes particuliers : a troqué ses ailes contre une lame de rasoir tatouée en bas du dos. » Quelques miettes du Paradis offertes à ceux qui ne verront jamais plus loin que ses Portes.

Dimanche matin, heure indéfinie (j’ai l’impression qu’on a changé d’heure durant le week-end, mais je n’en suis pas sûr). Ce soir c’est Halloween et je me demande en quoi je pourrais bien me déguiser. Impossible de me concentrer sur ce papier. Peut-être deviendrai-je fréquentable, ce soir. Être l’un des leurs, le temps d’une nuit. Les gens bien. Ceux qui me regardent à l’abri dans leur cocon à l’heure où je sors du mien. Quelqu’un comme vous, peut-être. Un jeune et fringant étudiant en lettres, en cinéma ou en psychologie. Un banquier. Un avocat. Quelqu’un qui a creusé son trou et qui continue à creuser jusqu’à ce qu’il arrive dans le vôtre pour se l’accaparer. Si les gens se déguisent pour Halloween c’est uniquement pour se prouver qu’il y a plus hideux que les masques qu’ils portent le reste de l’année.

L’horloge de mon ordinateur m’indique que cette journée sera définitivement plus longue d’une heure. Je n’aime pas le dimanche, journée inutile par excellence. Si j’en crois la Bible (et pourtant, Dieu sait que je ne suis pas croyant), c’est le jour où même Papa en aurait eu sa claque, prévoyant sans doute le bourbier dans lequel il nous avait plongés. Le dimanche est le jour où nous nous retrouvons seuls avec nous-mêmes. La fin d’une semaine et le début de rien. Vingt-quatre heures que l’on passerait volontiers à oublier toutes celles qui les ont précédées. Vingt-quatre heures à passer en tête à tête avec son parfum. Un parfum inconnu pour une jeune femme inconnue : tout est en ordre. Tout va bien.

Mon appartement est comme cette ruelle sombre que l’on emprunte pour rentrer chez soi : on y passe souvent – bien obligé –, mais on ne s’y attarde pas. On vient y confesser ses péchés pour mieux y commettre les suivants, on y salit les draps, les verres et les mouchoirs puis on s’en va. Frank nettoiera. Et désormais, au milieu de tout ça, il y aura vous. L’espace de quelques minutes, vous partagerez mon appartement, je salirai vos draps, vous viderez mes verres et nous partagerons quelques mouchoirs. Puis vous partirez, vous retournerez à vos vies tandis que je resterai face à face avec la mienne. Je ne vais pas vous mentir, la plupart du temps vous n’aimerez pas ce que vous lirez. Je ne ferai aucun effort pour vous plaire, c’est vrai, mais je n’en ferai pas non plus pour vous déplaire. Je ne m’en préoccupe pas, je suis descendu du manège il y a déjà plusieurs années. Ce Journal sera intime sans être privé, parfois vague, mais toujours vrai.

Voilà. Je crois qu’à présent les lecteurs savent à quoi s’attendre. Mon Journal ne sera rien d’autre que mon legs aux bien-pensants. L’endroit où tombent les anges.

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: Ne parlons pas de moi. Non, parlons plutôt de toi. Dis-moi, es-tu désirable ? Es-tu irrésistible ? Vide ces verres de vodka avec moi et on verra. Embrasse-moi, fais-moi goûter ta langue et on verra. Déshabille-toi et bois de la vodka en regardant au plus profond de moi. Alors seulement je commencerai à avoir de l’estime pour toi. Verses-en sur ton corps nu et dis-moi de boire. Écarte tes cuisses, fais couler ce liquide incolore de tes seins jusqu’à ton sexe et dis-moi de le boire. Alors peut-être je tomberai amoureux de toi, car désormais j’aurai un but : te nettoyer entièrement avec ma langue, et ça... ça prouvera que je vaux quelque chose. Je te lècherai tant et si bien que tu pourras t’en aller et en piéger un autre. Alors, ce verre... on le boit ?

1 commentaire

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  1. 1
    Emma
    le Dimanche 7 novembre 2010
    Emma a écrit :

    Je n’étais pas favorable à une explication sur ces articles. Je comprend bien sûr la motivation de la rédaction, je comprend qu’on ne peut pas demander à tout le monde d’avoir la même ouverture d’esprit et qu’il faille s’expliquer un minimum, je comprend qu’on ne puisse sans doute pas balancer tout et n’importe quoi (n’y vois aucune insulte) comme ça sur la toile sans un peu de précautions. Mais même si mon esprit comprends toutes ces raisons, je ne peux pas m’empêcher de me sentir un petit peu triste. Peut-être que je me suis éloignée trop longtemps et que je ne suis plus dans le « mood ». Cette dernière phrase ne te concernait plus, désolée.

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