Le Vilain : Dupontel, affreux, sale et méchant ?

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Treize ans après Bernie, trois après Enfermés Dehors, Albert Dupontel réalisateur revient avec son nouveau film, l'histoire d'un affreux bonhomme et de sa bonne vieille maman. S'il s'inscrit dans la directe continuité de son oeuvre, Le Vilain peut aussi apparaître comme un sérieux assagissement de l'ancien trublion du cinéma français.

Le Petit Albert

vilain-2Sydney Thomas (Dupontel), un grand enfant en fuite, retourne sur les lieux de son enfance. Presque par simple méchanceté, ce Vilain décide qu’il doit tuer sa « petite maman » (Catherine Frot), une vieille veuve on ne peut plus droite et sage. Mais ce que le Vilain ignore, c’est que sa mère est maudite, et c’est elle qui le dit.

Ce qui s’annonçait comme le digne héritier du génial Bernie – ou comment détruire (l’image de) la famille – ne l’est finalement pas, et Le Vilain s’avère être l’apologie d’une bienséance fondée. Ce quatrième long-métrage est comme le petit frère sage d’une famille d’enfants turbulents. La lutte entre le fils et sa mère tend rapidement vers une gentillesse qui étonne de la part de Dupontel. Apparaît ainsi très vite, alors que le film ne dure qu’une petite heure et demie, une nostalgie de l’humour noir, tranchant et percutant de Bernie (il y allait quand même à la pelle). Pendant Le Vilain, on se reprocherait d’attendre en vain une réelle saleté, une véritable méchanceté qu’on estime digne de voir ici. Les coups bas, les chocs et l’humour hurlant et transpirant sont bien là, mais en deçà de ses habitudes. L’esprit « culture bis » qui faisait une des forces des films de Dupontel est toujours présent, mais si Le Créateur faisait penser aux Idées Noires de Franquin, nous sommes plus proches de Boule & Bill qui auraient fumé un pétard entre deux cases.

Le Bon Dupontel

Faire une critique du Vilain sans parler du casting serait une erreur. Passons Dupontel, Bouli Lanners, Nicolas Marié, tous habitués de l’univers du cinéaste. Notons aussi l’absence de Claude Perron, compagne et fidèle actrice de Dupontel que les fans connaissent. Pourtant, présents ou pas, tous sont refoulés au fond de la classe, car la pièce maîtresse du film, c’est bel et bien Catherine Frot. Juste excellente grimée en gentille vieille maman, elle obtient ici l’un de ses meilleurs rôles. Albert Dupontel n’aurait pas pu trouver mieux.

Quoi qu’il arrive, il semblerait qu’avec du recul un film d’Albert Dupontel fasse toujours du bien en tapant là où ça fait mal. Violence physique ou sociale, culte des corps burlesques, humour cinglant, le plaisir des retrouvailles l’emporte. Même s’il souffre des comparaisons qu’on fait automatiquement avec les autres films du réalisateur, Le Vilain reste néanmoins un digne descendant de la famille du Créateur . On a encore le droit à une réalisation de passionné et d’excellente facture. Il a le même culot de la mise en scène que pouvait avoir Enfermés Dehors, et s’il apparaît comme « pas assez français » pour les distributeurs étrangers, il reste par la même un magnifique coup de pied au cul à ce cinéma hexagonal, parfois trop sage, souvent trop frileux. Il a beau être le film le moins efficace du cinéaste, il n’en demeure pas moins un bon film, avisé, agréable, humain et surtout drôle. Et malgré tout ce qui a pu être dit avant, Dieu (puisqu’il en est beaucoup question dans Le Vilain ), qu’est-ce que c’est bon.

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En savoir +

Le Vilain, de et avec Albert Dupontel
Avec aussi Catherine Frot, Bouli Lanners, Nicolas Marié .
En salle depuis le 25 Novembre

Le film sur le blog d’Albert Dupontel :
http://www.albertdupontel.com/levilain/levilain.html

A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

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