Le Tueur

par Stedim|
Tous les petits garçons ne veulent pas devenir pompiers ou policiers. Non. Moi même étant enfant, je ne savais pas répondre à cette question. Bon OK. De mon temps c'était hier, voire avant-hier, et de nos jours (TV réalité oblige), il paraît qu’ils veulent majoritairement être célèbres et puis basta.

letueurMais il reste encore une autre option assez prisée : celle des mauvais garçons. Ceux qui jouent volontiers aux gangsters, aux voleurs, aux indiens ou aux mafieux. J’en étais, moi. C’était d’ailleurs bien plus excitant que de symboliser l’ordre !

Il y a quelques semaines, justement, alors que je rôdais dans les travées de l’un des magasins de cette grande chaîne de distribution qui se prétend agitatrice de talents, j’ai été naturellement attiré par un format 21×29,7. Ou plus précisément par son titre : le tueur (éditions Casterman – Ligne rouge ). J’en ai pris un exemplaire, et l’ai lu. Convaincu, séduit, je suis retourné dès le lendemain me saisir de tous les autres volumes disponibles. Il y en a 6 en tout à ce jour, trônant chaque semaine, en meilleure place dans les gondoles. Cette saga contemporaine froide et violemment inscrite dans notre quotidien aurait-elle du succès ?

 » Le tueur « , c’est l’autobiographie d’un tueur professionnel, solitaire, consciencieux, dénué d’empathie et de compassion car ayant perdu, très tôt, toutes ses illusions sur la nature humaine.

 » Le tueur « , cela parle de moi. De celui que j’aurais aimé être. Parfois. Non, souvent. Peut-être même celui qu’au fond de moi je voudrais toujours être. Moi, le quidam urbain qui mange de la violence entre et pendant chaque repas, que ce soit face au petit ou au grand écran. On est ici loin de nos gangsters et indiens de nos enfances, mais il y a forcément un lien.

 » Le tueur « , c’est le type qui mène une vie que j’aurais pu être en train de mener, moi aussi, si un événement-clé parmi d’autres m’avait fait passer de l’autre côté. C’est en tout cas ce que j’aime à me dire en souriant intérieurement. C’est le type qui a osé aller au bout de ses actes. C’est le monsieur tout le monde qui boit tranquillement son café en terrasse alors que moi, j’avale le mien d’un trait sur le zinc parce qu’il est déjà temps de retourner taffer. Ah catharsis quand tu nous tiens ! Pendant quelques heures, je m’évade et entrevois une alternative plutôt sexy à ma vie urbaine et répétitive.

Actions dans le présent, nombreux flash-backs et monologues sont au menu pour nous faire découvrir ce que peut être la vie d’un homme qui a décidé de gagner la sienne en supprimant celles des autres. Aucune violence gratuite. Chaque acte a une froide raison et surtout un prix. C’est cynique mais argumenté. C’est surtout totalement ancré dans le réel. On est loin, très loin du romantisme d’un James Bond qui n’a bien évidemment jamais existé.

letueur2-2 » Le tueur  » n’a pas attendu qu’on lui délivre un permis de tuer. S’il existe et qu’il passe son temps à refroidir ses semblables, c’est bien parce que d’autres ont le sang chaud et le business systématiquement en ligne de mire. Ici, on est face à un tueur à gages tout à fait crédible, observé, accompagné de l’intérieur, parfaitement réaliste dans ce que nous pouvons imaginer de cet. individu.

Elle est là, la séduction.

Dans le scénario de Matz d’abord. Parfaitement ficelé. Bien rythmé. Proche de nous. Puis, le charme est aussi dans le dessin de Jacamon . Dans un second temps. Un second temps parce que l’univers graphique du Tueur n’est pas fait pour impressionner la rétine au premier coup d’oeil. Il n’est pas de la famille de certaines bédés fantastiques. Jacamon a, semble-t-il, choisi de se mettre au service de l’histoire. Et c’est une réussite ! On s’approprie très vite cette bédé et l’on en vient à se prendre de sympathie pour cet homme égoïste à l’allure commune, ce prédateur indépendant et discret qui ne souhaite plus que de se retirer loin de tout et qui se retrouve à devoir composer avec d’autres.

Alors ? Une vie de tueur à gages, c’est comment ? C’est jouable ? C’est glamour ? C’est fait pour nous ? Matz et Jacamon nous donne quelques éléments. Le 6e volume vient juste de sortir ! C’est le premier d’une nouvelle série. La première a commencé en 1998. « Le tueur », disons-le, c’est déjà culte !

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4 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 22 octobre 2007
    Nikolina a écrit :

    Qu’est ce qu’on ferait, s’il n’y avait pas des gens comme toi qui débusquent à même la fnac … D’une part, ça attire la curiosité. Puis, ça fait réfléchir : aurais-je pu, moi ? Et autres questions existentielles. Et enfin, ça donne foutrement envie de se remettre aux bédés.

    Mission accomplie ! Bien en parler, y’a pas à dire, ça marche terriblement.

  2. 2
    Stedim
    le Mercredi 24 octobre 2007
    Stedim a écrit :

    Merci Nikolina !

    Ca fait [bien] plaisir même si tu dis ça parce que tu es ma copine. ;)

    Quant à remettre le nez dans les bédés, fais [vraiment] gaffe ! C’est ce qui vient de m’arriver et je crois que je suis reparti pour y laisser un max d’euros… C’est mort !

  3. 3
    le Lundi 10 décembre 2007
    Pascal a écrit :

    Je viens de dévorer le premier tome (qui se conclut sur un cliffhanger de folie…) et effectivement cela donne envie de se jeter sur la suite…

  4. 4
    le Samedi 22 décembre 2007
    Carcharoth a écrit :

    J’en suis au tome 3, le suspense est horrible… vivement que la bibliothèque achéte la suite (et oui c’est une solution pour ne pas se ruiner, même si on a un temps de retard sur les sorties !)

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