Le Tour du Monde en 80 jours au Café de la Gare

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Embarquez pour le célèbre tour du monde de Phileas Fogg, et suivez ses péripéties plus burlesques les unes que les autres… Le classique de Jules Vernes savamment remis au goût du jour.

80jours Reform Club, Londres, le 2 octobre, 21h45, au cours d’une partie de Whist. Phileas Fogg apprend dans un article du Morning-Chronicle qu’avec l’ouverture d’une nouvelle liaison de chemin de fer en Inde, il est désormais possible d’effectuer le tour du monde en 80 jours. S’ensuit alors une discussion qui s’envenime entre les gentlemen londoniens, et Fogg lance le pari fou d’effectuer ce tour du monde dans le temps imparti. Il part sur-le-champ, emmenant avec lui son fidèle homme de main, Passepartout, et devra être de retour au Reform Club le 21 décembre à 21h45 précises.

Par un curieux hasard, la Banque d’Angleterre a été cambriolée le même jour. L’inspecteur Fix, persuadé que le voleur n’est autre que Phileas Fogg, n’aura de cesse de le poursuivre, pour le mettre sous les verrous.

Ce voyage les conduira dans des contrées lointaines et inconnues – bien différentes de l’Angleterre – où ils rencontreront d’étranges personnages, de la princesse indienne condamnée à mort aux cowboys armés jusqu’aux dents.

Adapter le Tour du Monde en 80 jours avec seulement 5 comédiens est un pari presque aussi risqué que celui de Philéas Fogg, vu les difficultés techniques que cela présente (le nombre de personnages apparaissant, les multiples pays traversés,.). L’entreprise est d’autant plus difficile quand on veut y intégrer des références actuelles, allant de la grippe A à l’ADSL, en passant par Benjamin Castaldi.

Le visuel, hormis les costumes, est, bien sûr, minimaliste – il aurait été impossible de changer le décor pour chaque pays traversé. Sur scène donc, juste un petit théâtre de tréteaux, qui servira tour à tour de compartiment de train, de cabine de ferry, de fumerie d’opium. Simple, mais efficace.

La confusion entre les personnages est évitée, car on les reconnait facilement. Grâce aux costumes bien sûr, mais également à la gestuelle, au jeu des acteurs et au comportement des protagonistes (le flegme et la méticulosité de Phileas Fogg, l’air un peu niais et enjoué de Passepartout, la détermination à toute épreuve de l’inspecteur Fix, le faciès inexpressif des différents consuls.).

On s’amusera d’ailleurs des réflexions de la troupe vis-à-vis de ce manque de personnel, par exemple au cours de la scène où Phileas Fogg et ses compagnons sont poursuivis par « des centaines de gardes », ce à quoi un acteur rétorque « des centaines ? Mais nous ne sommes que deux ». Et l’autre de répondre « C’est parce que nous sommes une petite compagnie » ; ou encore lorsque ce même garde, en présence de Fix, appelle son compère, ce à quoi l’inspecteur répond : « Il n’est pas là ». « Pourquoi ? » « Parce que c’est moi qui joue les deux rôles ! »

Cette quasi-caricature des personnages aurait cependant pu se révéler un peu pesante, si le rythme avait été plus décousu. Heureusement, les actions s’enchaînent à toute allure, ce qui permet d’éviter la lourdeur qui aurait pu s’installer par moment. Les uniques moments de répit sont les quelques chansons, donnant à la pièce un faux air de comédie musicale.

À ce rythme très rapide s’ajoute un humour omniprésent. Il y a tant de jeux de mots (si certains sont moyens, d’autres sont de véritables perles) qu’il est impossible de tous les compter.

L’absurde est également de la partie: « Vous avez du feu ? » «  Non, mais j’ai une boussole » « Mais quel rapport ? » « Aucun ». Les comédiens n’hésitent pas à prendre à partie le public, comme lorsque l’inspecteur Fix confie que s’il ne réussit pas à attraper Fogg, il finira inspecteur dans une série allemande, ou pire, acteur dans un théâtre piteux comme le Café de la Gare, obligé de se taper les boudins du premier rang !

Pari réussi donc pour Sébastien Azzopardi et sa troupe. On prend un réel plaisir à suivre Philéas Fogg en Égypte, Inde, Amérique. et l’on arriverait presque à souhaiter qu’il échoue dans son entreprise, pour que se prolonge ce road-movie théâtral.

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En savoir +

Le Tour du Monde en 80 Jours de Jules Vernes, mis en scène par Sébastien Azzopardi

Jusqu’au 19 décembre 2009
Du mercredi au samedi 20h30 + Samedi 20h30
Tarifs : 10 à 24 ?

Café de la gare
41, Rue du Temple – 75004 Paris

Réservation : 0 892 68 36 22

Site officiel : http://www.cdlg.org

Mise en Scène : Sébastien Azzopardi

Adaptation : Sacha Danino, Sébastien Azzopardi

Comédiens : Romain Canard (en alternance avec Nicolas Tarrin ), Christophe de Mareuil, Eric Guého (en alternance avec Rodolph Sand ), Alexandre Guilbaud, Anaïs Harté (en alternance avec Réjane Lefoul ), Réjane Lefoul (en alternance avec Anaïs Harté ), Yan Mercoeur (en alternance avec Stéphane Roux ), Stéphane Roux (en alternance avec Yan Mercoeur ), Rodolphe Sand, Nicolas Tarrin (en alternance avec Romain Canard )

A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

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