Le Svink’ (c’est chic)

par Aurélien|
“Le Svink, c’est chic, mais t’as intérêt à comprendre / Que pour rentrer dans l’club faut une carte de membre”. A défaut de carte de membre, le "visiteur" moyen avait tout intérêt à avoir réservé sa place bien à l’avance avant de songer ce samedi 6 octobre à se diriger vers la porte de l’Usine à Genève.

1_170Coupe du Monde oblige, j’avais pris exemple sur le Svink’, et fait sans complexes l’impasse sur la première partie. Quelques heures plus tôt dans la salle, prise de contact rapide avec Vanessa, la tour-manageuse du groupe, ambiance monitrice de colo en plein briefing de sa bande d’excités :  » .. OK, ALORS, POUR CEUX qui veulent regarder le match, vous irez dans un bar ou je sais pas où, et LES AUTRES..  »

Et, pour finir, vous avez une ambition particulière pour la suite, un genre de grand rêve qui vous anime ?

Baste : Ouais, on aimerait bien que la France gagne la Coupe du Monde de rugby.

Pone : Faut qu’on batte les All Blacks. C’est clair. Le rugby ça commence à devenir plus important que le foot. C’est fou, les mecs ils se rentrent dedans, ils saignent, et ils se relèvent.. Putain. ( rires )

Sur les coups de 22h45, la qualification assurée, la tornade Svinkels déboule sur la scène de l’Usine, et entame la troisième mi-temps, pied au plancher. Et maintenant dizy qu’il est fini, le verdict est tombé. Un riff de guitare plus gras que le cuir chevelu de Lemmy Von Motörhead, quelques coups de cloche pour marquer le début du round, et au final quelque chose qui se situe à mi-chemin entre un engagement de mêlée et un match de boxe entre deux Beastie Boys vraiment pas contents. Une fois n’est pas coutume, Xavier fait l’arbitre et compte les points : Dans le coin gauche, l’ « homme-cochon », qu’on appelle Nikus Pokus ! Dans le coin droit, l’homme qu’on appelle Gérard Baste ! Dizy qu’il est fini ! Du gros, du lourd, le pack Svinkels (même pas fait exprès.) monte en percussion contre la défense All Black, et tous les coups sont permis.

 » .voilà, ils se rentrent dedans, ils saignent, et ils se relèvent.  »

On va pas finir dans c’bar cosy

Mais plutôt sous c’réverbère

Enfreindre les lois Sarkozy

Rajoutes-y du narcotique

Et du Cutty Sark aussi

Et maintenant dizy qu’il est fini !

…………………..

Sous un réverbère, toujours. Et sur un banc, si possible. Gérard veut un chocolat chaud, mais trop tard : Nikus et Pone ont déjà dégainé et ouvert leurs canettes de bière Migros (le Carrefour suisse), direction le banc sous le réverbère, sur la petite place devant la salle, le dictaphone posé debout par terre devant nous comme un petit totem témoin.

5_170 Nikus : Voilà ! c’est ça !

Baste : Bah voilà, street interview ! ( rappe ) C’que j’dis / c’est la street vérité. Mon hip-hop / c’est la street vérité. Yo ! ( rires )

Alors cette tournée, comment ça se passe ?

Pone : Donc là on est au tout début, on est super contents parce que ça se passe très bien. Là on a fait le premier concert à Montpellier.

Baste : Le 2e à Marseille.

Pone : ..et pis hier à Lyon.

Un type bizarre, super-looké, jeans slim, mini-Converse à carreaux noirs et blancs, sweat hideux à la mode 80′s turquoise et violet, passe un peu plus loin devant le bâtiment de l’Usine, et finalement rentre à l’intérieur. Silence, tout le monde reste bloqué.

Terrible.

Baste : Oooh. putain il vient acheter une place ! ( rires )

Nikus : Bah alors dites-moi, c’est quoi votre public ?! ( rires )

Baste : Chais pas ! Connais pas ! ( rires )

Le calme rétabli :

Pone : Nan, donc on est super contents, parce que tout s’est très bien passé, le public était là à chaque fois, hier c’était complet, à Marseille c’était 3000 personnes pour le festival Mars Attack, au taquet, donc super bien, et hier à Lille. ( rires ) .euh à Lyon ! à Lyon c’était l’apothéose.

Nikus ( avec l’accent ) : Six-milleuh à Marseille ! ( rires )

Pone : Non 3000, mais effectivement en marseillais ça fait 6000 ( rires ). Et donc super à Marseille, et hier à Lyon on a fait complet au Transbordeur quasiment.

Baste : 1500 ouais

Pone : Enfin c’était complet, c’était monstrueux.

Donc la salle est toujours bourrée ?

8_170 Baste : Ouais on peut le dire ! ( rires ) Nan, mais là c’était une grosse salle, c’est la première tournée qu’on fait où on a vraiment des grosses capacités. Bon, ici à l’Usine c’est un plus petit club, mais en France on fait des salles de 1000-1500.

Pone : En fait on a toujours été entre 600 et 800, et en fin de compte souvent on n’a pas fait plus parce que les salles ne pouvaient pas contenir plus, et on ne peut pas non plus faire deux concerts à chaque fois. Hier à Lyon, c’est l’exemple typique, la ville où on aurait pu faire une salle de 800, et là on a tapé dans le gros et.

Baste : Ouais ! On a tapé dans la grosse ouais ! ( rires ) C’était bon dis donc ! Oh dis donc ! ( rires )

Pone : . c’était super, franchement. Là on a un public qui est super réceptif et. c’est. c’est génial, quoi. Donc voilà, c’est un super début de tournée.

Question longueur d’ondes, en effet, le public est bien réglé, réceptif à toutes les cajoleries du trio infernal ; jusqu’à l’éternel passage du  » oh ! oh  » interactif sans lequel un concert de rap / hip-hop serait un peu (parole de Svink’ ) comme un pastis sans glaçons :  » Et qui c’est les krevards qui vont s’mettre tout minables ce soir ?!  » La réponse, bien entendu : « Oh ! oh ! » .

Svinkels n’a pas grand-chose à voir avec un genre précis, bien défini : il se passe quelque chose d’autre ici, au-delà des styles, des « tribus ». A quelle autre occasion tous ces gens, si disparates, auraient-ils bien pu se retrouver dans la même pièce ? Une réunion de conscrits peut-être, si une telle chose existait encore. Et encore, pas sûr. Un type a une coiffure incroyable, sorte d’ Axl Rose bloqué devant un réacteur Boeing, immortalisé à grands coups de gel super-glue : probablement la dernière « mode punk ». Pour le reste, beaucoup de skateurs à casquette et capuche, du baggy, du treillis, quelques casquettes style Brooklyn, ce truc en vogue, tout rond et rigide avec le devant blanc. Des jeunes assez banals, en somme. Banalement, les exclus restent assis sur le quai devant la salle, capuche rabattue et l’air morose, pour y siroter leurs bières Migros ou Amsterdam ( » Mec, elle est à 11,6 % je te dis ! « ) et, au moins, essayer de deviner les basses qui vrombissent jusqu’à l’extérieur.

Gros texte / grotesque / j’viens défendre mon steak

Tape du pied / boom boom / comme d’la grosse tek’

……………………

4_170Pour certains, le mystère Svinkels semble s’épaissir à chaque écoute, jusqu’à l’incompréhension la plus complète.  » Mais c’est quoi ce truc de porcs ? « .  » Depuis quand t’écoutes du rap, toi, d’abord ? « . Pour d’autres, le Svink’ est juste un genre de seconde nature. Même pas un choix. Juste un truc assez commun, ou même, pour être précis, assez vulgaire . En un mot, une sorte de culture . Un concentré de culture pour toute une génération de petits blancs de nos bonnes vieilles classes moyennes, tous ces moins de 35 ans qui aiment sincèrement le hip-hop, n’habitent pas vraiment dans une cité à problèmes, n’ont jamais touché ou aperçu un vrai flingue de leur vie, et dont le frère n’a jamais été en prison, ou alors juste une après-midi.

Sûrement pas riches, pas vraiment pauvres. Cheap, souvent, mais par réflexe.

Les Svinkels sont un peu partout. Nous ne faisons aucun effort pour les imiter, et eux n’en font aucun pour nous ressembler. C’est comme ça, c’est tout. Pour tous les gosses moyens-moyens des classes moyennes-moyennes, Svinkels est une sorte de NTM, la réalité à peine grossie, un  » hymne de classe « . Ce qui les différencie des vrais gosses de riches, ceux pour qui Série Noire restera à jamais une caricature exotique, grotesque, ceux pour qui la seule vraie série noire est de rater trois taxis de suite un soir de pluie.

Les Svinkels sont en chacun de nous, quelque part (mais de quel côté de la ceinture ?) : un rien suffit à réveiller le Svink’ qui est en toi. Trois fois rien, juste un vague sentiment .

Un sentiment comme celui qui nous a saisi l’autre jour, en train de zoner le long du canal la nuit, des bouteilles et un gros pack de Kro sous le bras, dans le crachin parisien d’octobre, sous un réverbère encore. Parce qu’on n’avait pas grand-chose d’autre à faire, parce que c’est ce qu’il y a de moins cher et de plus drôle pour ce prix-là. Comme pisser dans l’eau depuis le haut du pont. Jacky se fait un monocle avec une capsule de bière, et tente de terroriser les rares passants en faisant le milicien, des histoires impliquant encore et toujours le  » saint prépuce de l’amiral Darlan « . Un marocain ivre mort divague à côté de nous, se ramasse dans les escaliers, se relève et vient s’asseoir. Jacky lui offre une bière, et malgré lui se fait passer pour Claude François. A côté, on scande, entre deux histoires :

17_170-2 « Haï-hi ! Haï-ho ! / On va pas au boulot !

Hé dizy qu’il est fini, qu’on part à la plage !

On / fait / du bricolage ! »

Un couple sympathisant passe là par hasard :  » Bah, vous avez bien raison ! « . On remballe, bouge de vingt mètres, et recommence.

Svinkels : encore nous, et encore eux un autre jour en banlieue, un dimanche soir chez un pote, étalés sur des canaps’ dans la cave de ses parents. On a bien essayé, mais personne ne voulait vraiment bouger. Des joints sont roulés, ça tourne, rien à boire,  » Vas-y Nico SERIEUX paye ta clope, une dernière ! une seule ! tu sais bien que je fume pas sur vos machins, allez quoi j’ai fini mon paquet c’t'aprem, et y’a pas de tabac ici de toute façon, c’est mort ! « . Discrètement, notre hôte monte à l’étage chercher des mini-baffles d’ordinateur à brancher sur le lecteur MP3, ça crachote et c’est tout bas, mais c’est mieux que rien :

J’pète les plombs / les boulons / une durite

White trash / en train d’sniffer du white spirit

C’est du bricolage / outillage / du son d’garage

T’fait tomber sur l’carrelage / au mic ponçage

Allez tiens, prends-la ta clope. Krevard, va.

……………..

Petite mise au point conceptuelle : qu’est-ce que c’est exactement un krevard, au final ?

13_170 Baste : Tu sais ce morceau on l’a fait parce que. les gens qu’on fréquentait, ils étaient comme nous.. C’est un morceau de. c’est un lifestyle en fait. Et c’est vrai que nous, à l’époque, on était un peu en réaction à ce côté un peu tape-à-l’oeil du rap, qui en fait est super sympa et appréciable aussi, mais.

Pone : Ouais, c’est ce côté un peu dégueulasse… Mais maintenant ça a changé, on est vachement moins.

Moins crades ?

Pone : Bah, on est un peu mieux habillés, tout ça. ( rires )

Nikus : Moi, je dois manger genre un kebab par an, donc tu vois.

Pone : Mais tu vois, c’est vraiment une histoire de. même moi, avant de connaître le Svink’, je connaissais le disque Juste Fais La, et avec mes potes on était dingues, tu vois, les gars ils chantent ce que. ils NOUS chantent, tu vois ? Des gars qui sont juste comme nous, qui boivent, qui fument des oinj, des clopes, qui se bourrent la gueule comme des porcs, qu’en ont rien à foutre, qui font n’importe quoi. Et ça c’était notre concept de vie, c’est tout.

« Krevard ! Saoulard ! Zonard ! T’as cru qu’j'étais pas clochard ? »

Une sorte de clochard suisse passe, range des trucs et se prépare à partir, poli, méfiant : « Bonjour, bonjour, c’est possible de rien voler ? Et ranger les choses comme ça ?  » (il tire un verre de bière presque vide de sous le banc, et met des mégots dedans). On reste sans voix, ébahis par tant de rigueur helvétique.

Pone ( bas ) : Arrête, on va voler quoi, là ? Franchement, on a la tête de keums qui vont voler des. euh. qu’est-ce que c’est d’abord ? .des pommes posées par terre, ou quoi . ? ( rires )

Baste : Ben, il est chez lui, là.

Pone ( montre le verre ) : Attends, c’était ta bière ça ?

Bah nan, quand même, j’aurais réagi un minimum là..

Nikus : Haha ! provocation ! ( rires )

Pone : Bon, continuons.

……………..

10_170Ce soir-là, ça continue comme un best of, et ça tire dans tous les sens. La salle saute partout et rebondit au rythme des classiques :  » Le Svink’, C’est Chic « ,  » Happy Hour « ,  » Ca sert à rien « ,  » Plutôt Mourir « ,  » Hard Amat « ,  » Céréal Killer « ,  » Krevard « ,  » Réveille Le Punk « , et beaucoup d’autres encore, dont des nouveaux morceaux laissant augurer le meilleur quant à l’album actuellement en préparation. L’album fantôme, annoncé il y a plusieurs mois et dont on est sans nouvelles depuis, l’album qui fait régner l’anxiété la plus complète chez les fans du groupe.

 » Mec, si tu vas interviewer le Svink’, surtout, surtout pose-leur des questions sur cette histoire de nouveau disque.  »

Baste : Justement, au départ cette tournée c’était un peu une tournée promo pour l’album. Et c’est vrai que là, pour l’instant, on joue des nouveaux titres sur scène, on a une dizaine de nouveaux titres, on en joue sept… L’album va arriver, on est un peu à la bourre, parce qu’on essaye de bien le faire, et de concilier. tu vois, que tout le monde soit là au bon moment. Mais ça arrive, on a dix morceaux prêts pour le moment.

Et des invités sont prévus ?

Baste : Pas spécialement, en fait c’est vrai qu’à trois déjà on prend pas mal de place, donc. A chaque fois qu’on a invité des musiciens, des trucs comme ça, c’est pas non plus très probant, donc ce qu’on a fait c’est qu’on s’est entourés de différents producteurs, tout l’album est co-réalisé avec un arrangeur. En gros on a fait un peu notre business sur les maquettes, qu’on a faites nous-mêmes, et après on est allés voir un pote qui avait déjà fait des instrus pour nous, il avait fait Le Svink C’est Chic, Dizzy Qu’il Est Fini, Céréal Killer remixé, Happy Hour, enfin bref, du son quoi, et on lui a demandé de réarranger un peu nos titres. C’est quelqu’un qui a fait plein de choses, de la musique de films, donc il nous a envoyé des gros orchestres, et tout.

Comment vous le décririez, musicalement ? Des surprises ?

Baste : Non pas vraiment, ça reste bien dans l’esprit Svinkels . Bien moderne et bien actuel. Pas de grosses surprises, mais disons que nous, depuis toujours.

Nikus : .des trucs surprenants, plutôt.

Baste : .on écoute toujours du gros rap américain, donc. au bout d’un moment, dans le rap américain ça change. la scène de New-York est une grosse influence, aujourd’hui ça va être plus le Sud des Etats-Unis qui nous influence par exemple, le crunk etc.

Nikus : On fait nos trucs en fonction de l’air du temps, parce qu’on aime bien ça, voilà.

14_170-2 P’tit con sera dessus ?

Baste : Non. Parce qu’avec le sample des Simpsons ça serait un peu compliqué. C’est pour ça qu’on la mis sur le Net, et c’est tout.

Nikus : ça ne nous appartient pas.

Baste : Pour qu’après on nous fasse chier avec les droits et tout. Mais on voulait faire un morceau comme ça, le même p’tit con que j’ai toujours été . Pile entre l’esprit petit con de Bart, et en même temps l’esprit gros con d’Homer. ( rires ) C’est vrai qu’on représente un peu les deux générations ! ( rires )

Des projets particuliers, à part le disque ?

Pone : En ce qui me concerne je bosse avec mon autre groupe (Birdy Nam Nam), voilà.

Baste : On a des projets à droite et à gauche, c’est sûr qu’il y a du pain sur la planche. Pone bosse avec Birdy, nous on finit l’album, après on va se mettre à autre chose. Moi je fais le 2e album du Klub des 7 aussi… Après voilà, on va bien voir, là on va faire la petite tournée, après justement on verra ce qu’on va faire pour remplacer Pone, il va y avoir du boulot. Et le reste du temps, on donne des interviews, voilà ! ( rires )

Aux platines, DJ Pone fait le vide autour de lui, pour sa dernière vraie tournée avec les Svinkels . Plus d’un quart d’heure seul sur scène et tout y passe, comme pour s’assurer que personne ne pourra jamais vraiment le remplacer après son départ : doigts ultra-rapides, mains croisées, bras passés derrière le dos, en tournant sur lui-même, la main sous la jambe, hip-hop, rock, electro. Champion du monde, toujours. A l’unanimité, depuis la scène du contest DMC jusqu’au fond de notre cave et du canapé.

« Tu te souviens de la fin de la 4 ? Haha ! Vas-y, balance, elle est trop énorme ! Mec, j’ai vu de ces vidéos l’autre jour, mais LAISSE TOMBER, ce gars est complètement fou, c’est un vrai malade ! Thanks Birdy Nam, for the demo ! «  La 4 démarre, Baste et Nikus lui mettent la pression :

……………..

- Ben, qu’est-ce qu’on fait ? Ne-po ? Qu’est-ce que t’en penses ?

- Bah, là j’ai pas d’skeuds, quoi. J’ai pas pris d’skeuds.

- T’as bien un Q-Bert qui traîne ? .

- Chais pas. j’vais te faire un scratch-témoin pour l’instant, histoire de.

- Bah vas-y, pose quelque chose.

Swooooooooosh

……………..

Ce départ, est-ce que c’est quelque chose qui a influencé votre manière de préparer cette tournée ? La perspective du dernier concert, quel effet ça vous fait ?

Pone : En fait on trouve que c’est plutôt nul de dire que c’est la dernière, que je vais plus rien faire avec eux, qu’on va plus jamais se parler. En 2008 voilà, j’ai des impératifs professionnels et personnels qui font que je ne peux pas assurer une autre tournée avec eux. Enfin c’est peut-être possible, mais.

Baste : Quelques concerts quoi.

Pone : . Mais pas toute la tournée, ça c’est pas possible. Donc voilà, mais on est pas en train de faire une tournée d’adieu ou de faire un truc spécial. Comme d’habitude on essaye d’envoyer le boulet et de se faire plaisir en concert, voilà.

Les autres, vous avez déjà des idées pour lui trouver un remplaçant ?

Nikus : . des remplaçants plutôt. Disons que remplacer un DJ avec qui t’as déjà fait 300 concerts, c’est plutôt moche quoi. donc plutôt un groupe en fait. Sinon ça ne serait pas intéressant, ni pour nous ni pour le public.

Baste : Disons qu’on était sur David Guetta ou Bob Sinclar, mais. ( rires ) Non, sinon peut-être une fanfare. Mais voilà, c’est ce qu’on s’est dit, si on doit changer un truc, autant aller vraiment sur autre chose et ça fait longtemps qu’on y pense, donc ça pourrait être l’occasion de lancer un truc. Mais bon, on va pas mettre la charrue avant les boeufs, on verra.

2_170

Je veux réveiller le punk qui est en moi /

Faire péter le junkie /

Ce soir j’en ai marre d’être funky /

Disjoncter à l’acide /

Gerber avant le concert /

Monter sur scène tout livide

12_170Dix ans de tournée, « avec un budget d’épicier Ed », et quatre disques plus tard, l’aventure Svinkels continue, comme pour défier tous les imposteurs d’en faire autant. Une « carrière » résumée sur scène par un medley ( » chez nous on appelle ça un pot-pourri « ) sous forme de flashbacks fulgurants, enfonçant le clou méthodiquement : Juste Fais La, A Coups de Santiag, Bois Mes Paroles, Tapis Rouge, L’Odeur, d’autres encore, une petite pause rétrospective au milieu de ce concert de plus d’une heure et demie.

Alors, heureux ?

Baste : Ouais, ça fait 10 ans d’existence, c’est vrai.

Nikus : On peut dire qu’on fait une carrière.

Baste : Une carrière, mais on a commencé vraiment par les petits trucs, on a vraiment mouillé le maillot dans les bars, dans des bleds vraiment paumés.

Pone : C’est clair qu’on est partis de tout petits, on est partis de rien, et on a fait un truc qui.

Nikus : Non, en même temps on est partis d’un truc. Nous, on est . on a. on a senti, quand on a monté le groupe, que.. il y avait quelque chose à faire. Franchement, pour moi c’est normal qu’on remplisse le Transbordeur, et c’est normal qu’un jour on remplisse le Zénith. C’est dans la logique des choses. J’aurais pas fait. on aurait pas. même pas fait un disque si on pensait pas en arriver là.

Baste : C’est vrai mais ça c’est joué dans la longueur quand même. Commencé tout petits, ensuite on est rentrés dans des salles de 100-150 personnes, après 300, après la dernière fois 600, et puis y’a eu l’été où on a fait tous les gros festivals, le Paléo, les Vieilles Charrues, les Eurockéennes, etc.

Pone : Le premier concert qu’on a fait ensemble, ils avaient déjà des trucs tout seuls, c’était dans un bar à Paris, c’était le Gambetta, et je me rappelle on avait fait une tournée où on jouait genre devant 10 personnes..

Baste : ça fait 10 ans, on va sortir notre 5e disque, on a fait 350 concerts. Franchement ça se tient. ça va, le bilan !

Nikus : Ouais, ça a été long d’en arriver là, ça aurait pu arriver plus rapidement, mais mine de rien ça a été naturel. Maintenant c’est vrai qu’on peut dire qu’on est professionnels et tout, mais quand je réfléchis je me dis « mais on était des gamins ! ».

Pone : C’est vrai que je suis plus jeune que vous, mais je sais que. sur scène, tu vois, on s’est jamais foutu de la gueule des gens. Toujours super bien préparés, on a toujours beaucoup répété, et les trucs étaient toujours carrés. On a jamais fait des concerts en se regardant, genre  » Qu’est-ce qu’on fait, quel morceau on joue ?  » et tout ça. Et depuis le début on s’est toujours pris la tête pour essayer de faire des trucs carrés.

Baste : Ouais, surtout qu’à l’époque ( chante ) nous étions jeunes et larges d’épaule ( rires ). bourrés d’orgueil, insolents et drôles .

Et sinon en ce qui concerne la scène musicale, vous voyez de grosses différences ?

11_170 Baste : Oui et non, disons qu’entre le moment où on a commencé et maintenant, il y a quand même eu une ou deux choses qui ont changé, quoi. Aujourd’hui t’as des home studios, tout ça.

Nikus : Mais le milieu n’a pas changé, sinon. La musique a changé, la façon de la faire aussi, mais eux ils n’ont pas changé, malheureusement.

Pone : C’est sûr qu’aujourd’hui tout le monde a accès à la technique, peut faire de la musique chez lui, avec un son super, presque plus besoin de passer en studio. Un mec aujourd’hui, il a 10000 trucs dans son Itunes, alors que toi, à 16 ans, tu te battais pour que ton pote te fasse une cassette. Donc plus de facilité à, mais en même temps.

Baste : C’est différent, parce que tu vois, quand j’étais gamin.

Nikus : . c’est dur d’être original au milieu de tout ça.

Pone : Ouais, les originaux c’est les gens qui. qui cherchent vraiment des trucs, c’est sûr.

Baste : Tu vois, je vais te donner un exemple, quand j’étais petit je faisais du graffiti. A l’époque, si je voulais aller voir un graf’, fallait que j’aille le voir dans le terrain, me déplacer à Paris, dans les terrains vagues, etc. Aujourd’hui, dans n’importe quel kiosque, t’as genre 5 magazines, t’as des photos, tout ce que tu veux. Ça change tout. Alors du coup, les styles s’uniformisent, tu vois. C’est un peu dommage. Aujourd’hui, tu prends l’électro, ya trop de trucs qui se ressemblent, mais trait pour trait, quoi.

Pone : Tu vois plus les différences entre untel et untel, tu te retrouves avec plein de trucs qui tuent, mais tu sais plus d’où ils viennent.

Baste : Même dans le rock, d’ailleurs.

Pone : C’est clair, tous les mois t’as un nouveau groupe de rock anglais, qui défonce, certes, mais bon.

Nikus : Ou 5 nouvelles chanteuses françaises.

La machine s’emballe, finalement…

Nikus : ça s’emballe grave.

Pone : Regarde le graf’, encore, aujourd’hui dans les magasins, t’as les bombes, les gants, les marqueurs, t’as toutes les tailles de marqueurs, l’encre indélébile, le bleu de méthylène pour l’encre, t’as les fat-cap, bon.. Moi les fat-cap j’allais les prendre sur les décap’four, comme tout le monde, aujourd’hui si.

Baste : Téma, c’est marrant y’a un pêcheur. un bédouin. et une vieille. ( rires )

Pone : .et du coup c’est plus la même chose pour apprendre, tu.

Baste : Hahaha ! ( rires )

Nikus ( avec l’accent ) : C’est la Suisse ! ( rires )

Baste : Mec attends, y’a quand même un BEDOUIN, quoi ! ( rires )

3_170 Et vous écoutez quoi en ce moment ?

Baste : Moi je continue d’être vraiment un gros fan des années 80, des trucs que j’écoute depuis que je suis tout petit, et que je continue d’écouter depuis. A part du rap, quoi. Sinon en rap. Aujourd’hui en fait t’as des bons artistes en rap, mais t’as pas beaucoup de bons disques. Plein de super rappeurs, super artistes, plein de styles et tout, le rap anglais, le crunk, etc., mais y’a pas des super bons disques. C’est rare les vrais bons albums.

Problèmes de prod’ ?

Baste : Honnêtement, je sais pas à quoi c’est dû. Quand t’écoutes certains classiques, comme des NWA, ou des De La Soul, des Tribe Called Quest, des albums comme ceux des Public Enemy, de A à Z ils sont terribles. Tous les morceaux sont bien.

Pone : Step In The Arena, de Gang Starr, t’écoutes l’album, c’est que des bons.

Nikus : Bah ouais, mais là les mecs sortent un album par an, 4 mixtapes.

Ce serait quoi le pire groupe de rap français pour vous, aujourd’hui ?

Pone : Le meilleur ?

Non, non, le pire d’abord ?!

Pone : .pff… le pire ? .. Le pire truc ? ..

Baste : Bah en ce moment, sérieux le pire en France c’est Koxie . Mais bon, est-ce qu’on peut classer ça dans le rap, non. Mais elle, elle dit je fais du rap chic, machin. mais non, quoi. C’est juste un truc nul.

Et le meilleur rap français alors ?

Baste : Bah c’est Booba le meilleur rappeur français.

Pone : C’est Booba, c’est clair.

Nikus : Booba, ça fait longtemps qu’il domine, ouais.

Pone : Non, mais il y a plein d’artistes, y’a Oxmo. On a plein de super artistes, mais pour moi celui qui tient la route, depuis des années, c’est Booba .

Et les galères, c’est terminé ou c’est pire qu’avant ?

9_170 Baste : Ben, la musique c’est quand même super dur. Soit ça marche vraiment bien, et dans ce cas là c’est cool, sinon ça reste toujours un peu la trime, hein. Finir un disque, etc. Tu vois c’est aussi notre façon de vivre, tu fais des albums et ainsi de suite, au bout d’un moment ça devient difficile aussi de.

De se renouveler ?

Baste : Non, pas forcément, mais juste de faire quelque chose. Mais bon, après c’est un métier qu’est génial, on va pas se plaindre non plus ! ( rires ) Mais y’a un moment où c’est vrai que pour trouver des idées et tout ça, faut un peu se creuser la tête.

Pone : Enormément de travail, d’investissement personnel, ça peut être difficile à vivre. Mais bon, au final tu fais de la musique, avec tes potes, t’es pas à l’usine tous les jours.

Baste : Hé nous aussi on va à l’Usine, attends ! ( rires )

Pone : Nan mais bon, voilà, dans tout travail y’a des mauvais côtés, mais pendant ce temps nous on est là, on est à Genève, hop on boit des coups tranquille, on va faire un concert ce soir, hier on était à Lyon, même chose. donc ça va..

C’est quoi le texte dont vous êtes le plus fiers ?

Baste : Oh. y’a des trucs où on s’est pris la tête. mais à les réécouter comme ça.

Pone : Le mieux. moi je pense que le H est bon.

Baste : Ouais. Le Corbeau est pas mal.

Pone : Le Corbeau, disons, comme il est construit. c’est un bon morceau oui.

Baste : Disons que pour un thème aussi racoleur et démago, c’est à peu près fait légèrement ! ( rires )

Nikus : C’est presque fin, ouais !

Baste : C’est dur de parler de sujets sérieux en le faisant d’une façon qui soit pas balourde. C’est plus cinématographique. Sinon A Coups de Santiag c’est un vrai texte à double sens assez bien réussi.

Nikus : Oh. c’est quoi le deuxième sens ? ( rires )

Baste : Disons qu’au début, on avait tendance à beaucoup avoir des textes… disons, à thème. Genre Allez, à coups de santiags, alors tout le monde mettait les mots cowboys, avec le méchant JR, tu vois. Au bout d’un moment c’est facile, on fait un morceau sur les vikings, là j’arrive sur mon drakkar avec un casque à pointes, bon. c’est facile, quoi.

7_170Baste : On va vers du plus léger, moins bavard, plus agréable à écouter juste comme ça.

Nikus : Mais bien bourrin !

Baste : Bien bourrin, bien bourrin ! ( rires )

Pone : C’est vrai que des fois, t’as ton texte, et t’attends toujours d’avoir cette grosse phase bien complexe, faire tourner les jeux de mots dans tous les sens, mais bon.

Baste : Et puis bon, quand t’as reçu une tonne de CDs de groupes qui te pompent, des trucs genre la Kronenbourg me bourre, la Heineken me kène .

Nikus : ça va aller, ouais. Haha ! C’était gratuit ça ! ( rires )

Plus léger et moins bavard, le Svink’ ? Il va sans dire que l’on est impatient d’entendre ça. Quelque part, on a pourtant le sentiment que Svinkels sera toujours le fer de lance du changement dans la continuité, comme dirait l’autre : comme un bon disque des Pogues, ou cette révélation de Jeffrey Lee Pierce au détour d’un couplet, alors que le Gun Club au grand complet rugit derrière lui :

We sit together drunk

Like our fathers used to be.

Le Svink’, c’est un peu notre terroir en béton, un monde noyé dans le béton qui continue de gigoter, de se débattre, de brailler comme un authentique saoulard :

Le Svink’ c’est chic, chic, chic

Finis ton pâté et lève ton gobelet en plastique !

Attends une seconde.
J’ai comme l’impression d’avoir déjà vu ça quelque part…

Santé !

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Myspace: http://www.myspace.com/svinkels » href= »http://www.myspace.com/svinkels »>MySpace

Petit Con: http://www.youtube.com/watch?v=gTO_KWn6cXs&feature=related » href= »http://www.youtube.com/watch?v=gTO_KWn6cXs&feature=related »>Petit Con (vidéo)

Bricolage: http://www.youtube.com/watch?v=Q-kNms3-PXM&feature=related » href= »http://www.youtube.com/watch?v=Q-kNms3-PXM&feature=related »>Bricolage (vidéo)

Comment ça: http://www.youtube.com/watch?v=71_3YAUrfrY » href= »http://www.youtube.com/watch?v=71_3YAUrfrY »>Comment ça (vidéo)

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 16 avril 2008
    Manon a écrit :

    A samedi à Rouen sous le chapiteau. tellement motivée que j’y vais sans amis!! (m’ont tous laché ces krevards) c’est vous dire si j’vous aime!!

    faites moi vibrer, vous êtes toujours les meilleurs. Meme mon pere il vous adore^^

  2. 2
    le Samedi 8 décembre 2007
    Pascal a écrit :

    depuis maintenant dix ans, les Svinkels sont un des meilleurs groupes de punk français, pour qui a la moindre compréhension de ce qu’est réellement l’esprit punk…

    Très vrai…

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