Le musicien, cet homme-machine

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"Machine, machine, machiiiine" : c'est sur ce célèbre mantra des pionniers de l'électro Kraftwerk que s'est ouverte la conférence "Quand la musique s'électrocute", le 1er mars dans l'auditorium du Louvre.

Kraftwerk @ MoMA | 14.04.2012

Alors que les quatre humanoïdes robotiques (ou l’inverse) de Kraftwerk vont fêter les 35 ans de leur album Die Mensch-Maschine cette année, on les a encore vus jouer au MoMA et à la Tate pas plus tard que l’année dernière (voir le reportage du Guardian à ce sujet). Un statut quasi-muséal qui témoigne de leur importance dans l’histoire de la musique, mais aussi de leur influence encore largement perceptible aujourd’hui. Plus que jamais, la machine est associée à tous les stades de la production de la musique : compositions, production, diffusion. Cette conférence présentée par Christian Labrande et Stéphane Malfettes était l’occasion de revenir, de manière non-linéaire, sur les jalons de cette histoire, vidéos et concert live de deux musiciens de l’Orchestre National de Jazz à l’appui.

Malgré un axe annoncé sur la façon dont l’électricité a révolutionné la musique, la conférence aura plutôt tourné autour du développement des machines musicales. Tout commencerait en 1913 : dans le film Max virtuose de Max Linder, le « musicien » fait illusion en laissant le piano joué pour lui une partition programmée. Le burlesque laisse la place à la performance quand certains musiciens imitent le piano électrique jusqu’à jouer six touches à la fois.

En 65, Dylan électrifie la scène folk en se montrant au Newport festival avec une Stratocaster. Jeu
des sept erreurs avec l’année précédente, même festival mais scène tout autre : Dylan, harmonica à la
bouche et guitare folk en bandoulière, l’ambiance est presque celle d’une kermesse. L’électrification
massifie les festivals, les enceintes diffusent le son pour les dizaines de milliers de personnes
venues applaudir ou siffler l’essort du rock. Même Miles Davis s’y met, en 1970 à l’Île de Wight où il
est accompagné d’un band tout électrique.

Avant de développer sur l’histoire du Moog, ce synthétiseur mythique, les conférenciers reviennent à sa source : le fameux theremine, instrument inventé en 1919 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen (connu sous le nom de Léon Theremine). Cet instrument énigmatique est très vite associé au paranormal, à l’inconscient, comme par exemple dans cette scène de psychanalyse chez Hitchcock en 1945 (La maison du Dr Edwardes).

Créé par le fils d’un réparateur de theremine (!), le Moog est au départ très encombrant et compliqué. Il devient le joujou de compositeurs fantasques, fascinés par ses sonorités « du futur ». L’instrument est également emblématique de la bande-son de nombreux films des années 70 et du début des années 80, via les BO de Walter Carlos : Orange Mécanique, Shining, Tron.

Le succès du Moog s’illustre de façon spectaculaire en 1968 lorsque le même Walter Carlos (qui deviendra Wendy Carlos en 1973) sort le disque Switched-on Bach. Enorme succès commercial, il vendra le plus d’exemplaire cette année là et obtiendra 3 Grammy Awards de musique classique en 1969. Le principe du disque est simple : jouer les pièces majeures de Bach sur un Moog, apportant ainsi une modernité indéniable à l’oeuvre du compositeur… Le résultat est quelque peu déroutant ; il nous est difficile d’imaginer que les amateurs de musique classique de cette époque se soient réellement délectés de cette interprétation synthétisée.

Plus déroutant encore, l’album Metal Music Machine de Lou Reed, sorti en 1975. Ce vaste vacarme incessant semble avoir été créé uniquement pour agresser les oreilles. Absolument inécoutable pour les gens pourvus de tympans, cet album, qui à sa sortie apparu pour beaucoup comme un suicide commercial de la part de l’ancien leader du Velvet Underground, peut néanmoins être perçu comme un album pionnier de la musique bruitiste.

« Poésie + électricité = Rock’n'Roll », comme le disait Patty Smith. L’électricité et la machine prennent donc une part de plus en plus importante dans la musique.Le reflet de cette omniprésence : les pochettes d’albums et les noms des groupes. Le groupe AC/DC (littéralement « courant alternatif / courant continu » et ses albums « High Voltage » ou « Powerage »), Rage Againt the Machine, Machine Head sont parmi les plus parlants.
L’un des plus beaux exemples de cette robotisation de l’artiste nous vient sans doute de Björk, à travers ce clip réalisé par Chris Cunningham pour le titre All Is Full of Love. Sans parler bien sûr de Michael Jackson et de sa célèbre danse du robot.

En savoir +

Cycle de conférences Clip & Clap à l’auditorium du Louvre : http://www.louvre.fr/cycles/clip-clap

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: Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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