Le Hérisson

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Le livre à succès souffre difficilement l'adaptation sur grand écran, surtout quand le roman en question repose essentiellement sur l'introspection psychologique de deux personnages. Le Hérisson adapte alors 'librement' le grand livre de Muriel Barbery, et à défaut de proposer une pâle copie, tente de se dépêtrer tant bien que mal de son schéma de narration pour ne nous livrer qu'une esquisse de ce qui aurait pu être un bon film.

herissonlogo Le Hérisson nous propose de suivre la rencontre entre une petite fille suicidaire, Paloma, un japonais sans complexe, Kakuro Ozu, et de la concierge, de leur immeuble, Mme Michel. Au travers de leurs amitiés et de leurs discours, on comprend la solitude qui les unie, et leur combat pour s’en défaire.

Sincèrement, tout donne à penser que Mona Achache a pris le livre à l’envers. Au lieu de nous livrer la description des folies intellectuelles de la concierge alimentée par les remarques acerbes de Paloma sur l’immeuble, comme dans le livre, c’est Paloma qui accapare, par le biais de sa caméra, l’attention, Mme Michel n’étant plus qu’une pièce rapportée.

Jouée par une actrice impressionnante telle que Garance Le Guillermic, le personnage de Paloma est tout à fait crédible, et son histoire transposée par la caméra et le dessin plutôt que le journal intime fonctionne, avec de belles échappées dans des encres de chine. C’est dans cette liberté-là de ne justement pas ‘copier-coller’ le livre, qu’on apprécie d’autant mieux le film.

Pourtant, on perd toute la saveur du paradis interdit de Mme Michel, point de départ de l’intrigue que nous vend autant le livre, que la bande-annonce. En effet, la cachette intellectuelle de la concierge est reléguée au second plan, surtout que le personnage si consciencieux et délicat du livre laisse ici traîner L’Eloge de l’Ombre, virevolte de 180° à l’annonce de la première phrase d’ Anna Karénine : bref, pour la discrétion, ce n’est pas tout à fait ça. Aussi, Josiane Balasko, dont on louait la performance d’actrice, disparaît complètement au profit de Paloma et Kakuro Ozu ( Togo Igawa parfait).

Le monde étriqué de la haute bourgeoisie parisienne est habilement disséqué par la caméra de Mona Achache . Les moments les plus croustillants du livre sont présents, notamment avec la soeur de Paloma, Colombe, stéréotype délicieux de la normalienne en philo, ou bien encore sa mère, psychanalisée depuis 10 ans, parlant à ses plantes vertes.

Mais on regrettera juste l’absence des « Mouvements du monde » décris par Paloma, dans le livre, et également, un détail, mais qui sonne faux : les personnages n’habitent plus en 6 rue de Grenelle, mais dans une rue moins connotée, et on se demande bien pourquoi.

En somme, ce film est plutôt réussi dans son adaptation du livre, car le défi était de taille vu l’immensité de l’oeuvre de Muriel Barbery, mais il n’arrive qu’à mi-chemin dans sa tentative de s’en dépêtrer. Finalement, Le Hérisson est un film entre deux eaux, qui, pris seul, n’est pas un chef d’oeuvre du cinéma, mais prend une autre ampleur en lisant sa contrepartie.

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 10 août 2009
    VERLY a écrit :

    Sans avoir lu le livre, (ce qui est plutôt déconseillé quand on va voir un film) j’ai passé un moment intense en sensations et l’on a pas besoin d’explications pour comprendre qui est vraiment Mme Michel. Si on ne le comprend pas c’est que l’on s’était trompé de salle croyant peut-être aller regarder un film de karaté… par exemple. j’ai trouvé un juste équilibre entre les personnages. Un Togo Igawa fascinant.Bref non seulement pas déçue mais délicieusement en amour pour ce film. Balasko est dans toute sa beauté.

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