Le Funambule, Ballet Preljocaj au Théâtre des Abbesses

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Qu'on ne s'y méprenne pas, Le Funambule n'est pas un ballet mais un solo chorégraphié et interprété par Angelin Preljocaj. L'artiste, la cinquantaine assumée, nous plonge pendant plus d'une heure dans les méandres d'une lettre écrite par Jean Genet à son amant funambule.

abessesDe Preljocaj, on connaît les ballets de grande envergure, les créations spectaculaires qui ont fait son succès ces dernières années. C’est pourtant dans un solo que le chorégraphe se présente aujourd’hui et prend un risque, à l’instar de ce funambule de Jean Genet . Chant d’amour écrit à son amant Abdallah, le texte de Genet est poignant de précision, de douleur. Ciselé, il invite le spectateur à en goûter chaque mot.

Sur scène, Preljocaj voit son image reflétée sur un sol noir et brillant. Il n’y aura pas d’effets, peu de musique, pas de costumes car la scénographie est épurée, plus Genet que Genet . Preljocaj a découvert ce texte lorsqu’il étudiait à la Schola Cantorum et dit qu’aujourd’hui il veut « voir comment ces mots peuvent prendre corps sur scène ». Il lui aura fallu de longues années pour révéler l’amour qu’il porte à ces mots. Les thèmes de la mort, de la disparition de l’artiste, de l’abnégation sont omniprésents et rendent l’atmosphère pesante et presque mortifère.

Cette adaptation, entre danse et théâtre, du poème de Jean Genet, présentait un risque double : il fallait être capable de prendre un texte comme source originelle et d’en faire jaillir de la danse, et il fallait être capable d’assumer et d’assurer la représentation crue du « moi ». C’est avec maestria que le chorégraphe s’adonne à une partie qui n’était pas gagnée d’avance. En sortant des sentiers battus, il peut gêner, voire étonner. Mais tout évolue, les mots nous bercent et nous choquent, le chorégraphe se fait vulnérable et petit au début, fort et mouvant ensuite, le décor est glacial et nous réchauffe enfin.

Un souffle surgit dans le silence, c’est celui de Preljocaj qui reprend sa respiration avant que de continuer de déclamer ce texte. De danse, on n’en voit pas beaucoup. Angelin Preljocaj arrive à nous surprendre et à déranger les mondains : s’il revient sur scène, ce n’est pas pour une performance de jeune danseur, mais pour faire découvrir l’une de ses passions. Mis à nu dans son pantalon beige, il récite sans forfanterie et nous délivre le message d’un texte à redécouvrir. A voir sans modération.

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En savoir +

Un funambule , Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses (XVIIIe).
Loc. : 01 42 74 22 77 .
Dates : du 3 au 15 septembre. Places : 26 et 18 ?.
Danse contemporaine
Du 3 au 15 septembre

Théatre des Abesses : http://www.theatredelaville-paris.com
Ballet Preljocaj : http://www.preljocaj.org/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

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