Festival Paris Cinéma

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Baisse de fréquentation de 30% pour la 8e édition de Paris Cinéma. Sur le banc des accusés, on trouve notamment, la Coupe du Monde, aussi brève fut-elle pour nos représentants, le soleil qui aura pris son temps avant de pointer son nez... Les deux chroniqueuses de Discordance qui ont suivi pour vous le festival peuvent également trouver une autre explication. Billet d'humeur.

Si avant presque chaque séance, l’animatrice nous rappelle que Paris Cinéma « ose tout, même faire le grand écart entre le cinéma populaire avec Jane Fonda et intellectuel avec Eugène Green, en allant jusqu’à l’animation avec une journée Toy Story 3D« , la réalité est beaucoup moins convaincante. Moins grand écart que pas de géants, Paris Cinéma se perd dans trop de diversité. Le Festival se tient déjà dans divers lieux à Paris, pour n’en citer que quelques-uns, les festivaliers devaient courir entre le Mk2 Bibliothèque, celui de Quai de Seine, la Cinémathèque Française, la Filmothèque du Quartier Latin, le Forum des Images, le Gaumont Opéra Capucines… bref.

D’une part donc, un Festival géographiquement mouvant. D’autre part, un Festival qui « ose » certes, toucher à tout, tout en se perdant en sous-catégories de sous-catégories.

À l’honneur cette année, le Japon. Superbe idée, tant le cinéma japonais est productif (plus de 400 films par an) et que peu sortent sur nos écrans, hormis le sempiternel Kitano. Le Japon à l’honneur de Paris Cinéma ne se limite pas à un genre, et se divise en : films inédits, rétrospective Akira Kurosawa, une nuit « manga » (avec des épisodes de One Piece), des courts métrages, « le Japon vu d’ailleurs »… Par cette volonté de balayer l’ensemble du cinéma japonais, le programme est déjà considérablement chargé, et aurait pu (ou aurait dû) s’arrêter là.

Cependant, en plus de cet hommage au cinéma japonais, on trouve les « invités d’honneur », à ajouter au programme : Eugène Green, Jane Fonda… et Louis Garrel, sans oublier M. Night Shyamalan, le réalisateur du Sixième Sens.

À cela, saupoudrez de diverses avant-premières en tout genre : Cannes, compétition, hors compétition, ressorties de l’Été, et quoi que ce soit qui fera la rentrée cinéma de 2010, de L’Âge de Raison avec Sophie Marceau au dernier Stephen Frears, Tamara Drewe.

Enfin, casez une bonne dose d’animation 3D avec Toy Story 3, mélangez à des ateliers en tout genre (jeu de piste dans Paris, ateliers origamis), des événements (brocante cinéma, master class avec Eugène Green, table ronde sur… la vidéo japonaise, ciné-karaoké géant au 104), et secouez bien fort.

Pour finir, saupoudrez le tout d’une Compétition officielle de 8 films (ainsi que d’une sélection Hors Compétition)… que voici :

  • Alamar (The Sea) de Pedro Gonzalez-Rubio (Mexique)
  • Le Braqueur (Der Räuber) de Benjamin Heisenberg (Allemagne)
  • Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron (France, Suisse)
  • If I want to whistle, I whistle (Eu cand vreau sa fluier, fluier) de Florin Serban (Roumanie, Suède)
  • Mundane History (Jao Nok Krajok) d’Anocha Suwichakornpong (Thaïlande)
  • La Rivière Tumen (Dooman River) de Zhang Lu (Corée du Sud)
  • Sawako Decides (Kawa No Soko Kara Konnichi Wa) de Yuya Ishii (Japon)
  • Sweet Little Lies (Suito Ritoru Raizu) de Hitoshi Yazak (Japon)

Malgré tout cela, si votre festival n’est pas encore retombé, vous n’êtes pas à l’abri de séances affichant complet 30 minutes à l’avance, d’autres, programmées en VO sans sous-titres (vous parlez japonais ? Non? Nous non plus), et une grève des salariés du Mk2 Bibliothèque annulant les seules représentations de certaines séances.

Paris Cinéma en aura déçu plus d’un. Certes, certaines causes externes ne sont pas à imputer aux organisateurs. Mais d’autres oui. D’une part, il semble humainement impossible de tout faire (que 2 séances par films, voire pour certains, pourtant très attendus, qu’une seule), et d’autre part, quand bien même on y arriverait, l’éclectisme de la programmation était plus que déroutant. On peut y voir une envie de plaire à tout le monde et on doit bien avouer que chacun y trouvait son compte, entre cinéphile assidu, occasionnel, amoureux des mangas…

Malgré l’organisation et les choix de programmation, Paris Cinéma aura permis à beaucoup de visionner des films d’une très grande qualité. Nous n’avons pas pu tout voir, mais parmi chaque sélection, quelques coups de cœur.

Sur le Japon à l’honneur, qui est le segment qu’on a le plus exploité…

La Grenadière (Zakuro Yachiki) de Koji Fukada

Image de La Grenadière de Zakuro Yachiki Connaissez-vous le « ganime » ? Mêlant à l’anime traditionnelle le « ga », soit peinture en japonais, le ganime raconte son histoire via les tableaux peints pour l’occasion. Ici, la nouvelle de Balzac prend vit sous les traits de 70 tableaux aux touches impressionnistes, peints pour le film. D’une durée de moins de 50 minutes, le conte est sublimé par les jeux d’ombre, les déplacements de caméra au sein de la peinture qui prend vie sous nos yeux… Bluffant.

About her brother (Otouto) de Yoji Yamada

Plusieurs films japonais de Paris Cinéma avaient pour point de départ le mariage. Si I love thee for good était un peu décevant, About her brother est une réussite totale. La fille d’une pharmacienne de la banlieue de Tokyo va bientôt se marier à un jeune homme de bonne famille. Alors que les invitations sont envoyées, l’oncle de la fille, le frère de sa mère donc, répondent présents, or ce dernier est une catastrophe ambulante… Tragi-comique, jouant sur le décalage entre un Japon encastré dans ses traditions et une volonté d’avancer (épouser une divorcée, accepter la maladie de l’autre, aider la pauvreté au lieu de la cacher…). Larmes garanties, sortez vos mouchoirs.

The Machine Girl (Kataude mashin garu) de Naboru Iguchi

Une jeune écolière veut venger la mort de son frère, tué par des yakuzas, grâce à une mitraillette greffée à son moignon. Dans le goût de Planet Terror de Robert Rodriguez, mais en plus sanglant et en plus mal fait, The Machine Girl est par définition du slasher movie où l’on se marre plus qu’on n’est dégoûté. Les éclats de sang sont tellement exagérés et les personnages ont l’air de se prendre tellement au sérieux, que tout se dégonfle, pour laisser place au rire. À voir, pour le fun.

Hana (Hana Yori mo Naho) de Hirokazu Kore-eda

Si l’on connaît Hirokazu Kore-eda pour Nobody Knows et Still Walking, Hana est à mille lieues de ces drames familiaux, et achève de nous convaincre que ce cinéaste excelle vraiment dans tous les domaines. Hana est en effet une comédie. Déjà. Et en plus, c’est un film de samouraïs. Le personnage principal Hana doit « rétribuer » la mort de son père en tuant celui qui l’a tué. Mais Hana n’est pas un samouraï et enchaîne les gaffes… S’ensuit 2h07 d’intrigues farfelues agrémentées de blagues scato pendant lesquelles on suit Hana et sa bande de copain un peu déjantée.

Sur la Compétition officielle, malheureusement, la chance a tourné, et entre les séances complètes et les horaires impossibles, nous n’avons pu qu’assister à Mundane History, mais mauvaise pioche : le film de la Thaïlandaise est malheureusement raté. Le film est une fresque sur la relation entre Ake, paralysé et condamné à vivre dans un fauteuil roulant, et l’infirmier qui s’occupe de lui, le tout sur une métaphore de supernovas et d’étoiles, pour finir sur une scène d’accouchement et de bébé qui pleure pendant 15 minutes. Insoutenable. Le film qui dure pourtant de 1 h 22 donne l’impression d’en faire 3 h.

Pour les avant-premières, beaucoup de choix, on est donc resté sur le continent asiatique en se rendant en Corée du Sud avec le remake de The Housemaid par Im Sang-soo. Bonne pioche cette fois-ci.

Image de The Housemaid par Im Sang-soo Huis clos mesquin, vil et déjanté, The Housemaid met en scène Euny, jeune fille un peu simple d’esprit qui se fait embaucher dans une maison de bourgeois comme gouvernante. Alors qu’elle commence une relation adultère avec Hoon, le chef de famille, toutes les barrières sociales et conventionnelles se brisent et le chaos commence. Coups bas entre les deux camps, The Housemaid est une métaphore sociale sur la lutte sanglante entre l’oppresseur et l’oppressé, le maître et l’esclave. Envoûtante, la caméra d’Im Sang-soo nous transforme en voyeur dans ce monde sans repères jusqu’à l’apothéose finale et un épilogue parfait. Servi par un casting de rêve, notamment Jeon Do-youn dans le rôle d’Euny, qui avait eu le prix d’interprétation à Cannes pour Secret Sunshine en 2008. Atmosphère pesante au possible, le film sait pourtant dégonfler la situation, notamment grâce à l’ingénue Euny, mais également au personnage de la gouvernante en chef, magnifiquement interprété par l’incroyable Youn Yuh-jung.

Côté activité, la brocante cinéma nous aura permis de trouver de multiples trésors : de vieux Positif datant des années 1990, des éditions limitées de Fritz Lang ou d’Autant en emporte le vent, de VHS inédits… Saut temporel, la brocante propose entre autres des affiches publicitaires, des sièges de cinéma ou des appareils de projection d’une autre époque. Coupée court par la pluie, malheureusement, la brocante restera une des bonnes surprises du Festival.

Des coups de cœur, des surprises, des hauts et des bas. Notre impression de Paris Cinéma reste mitigée. Sentiment à clarifier avec la prochaine édition ! D’ici là, le palmarès officiel à découvrir et à guetter sur vos écrans…

Le Palmarès

  • Prix du Jury : La Rivière Tumen de Zhang Lu
  • Prix du Public : Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron
  • Prix des étudiants : La Rivière Tumen de Zhang Lu
  • Prix des blogueurs : Le Braqueur de Benjamin Heisenbe

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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