Le fabuleux destin de Benjamin Paulin

par Maxime|
Auteur d’un deuxième album convaincant et singulier, l’ex-leader de Puzzle nous confie ses certitudes, ses craintes, son ambition et sa démarche. Partager cela au téléphone avec un artiste aura rarement était si simple. On vous laisse découvrir.

Deuxième album en deux ans, dirais-tu que tu es un homme de studio ?

Pas vraiment. Après la sortie de mon premier album, je n’en pouvais plus d’attendre, je rongeais mes freins. C’est un peu le problème avec les labels. Parfois, entre le moment où l’album est fini et le moment où il sort, il peut facilement se passer un ou deux ans.

Comment définirais-tu l’humeur générale de ton univers ?

C’est difficile à dire, mais je pense qu’il est très intime. Contrairement au premier album (L’Homme Moderne), j’ai réussi à faire tomber le masque de l’ironie et du cynisme. En revanche, musicalement, j’aurais beaucoup de mal à le définir. J’aime à penser que c’est un laboratoire pop et instinctif. Il faut dire que sur le précédent, ce n’était encore que mes premières chansons en tant que compositeur. Étant donné qu’il n’y avait que des samples, j’étais encore assez proche du rap finalement.

Qu’elles étaient tes ambitions avant d’enregistrer ce deuxième album ?

J’avais envie d’avoir quelque chose de beaucoup plus moderne que le premier, un album qui ne soit pas uniquement composé de samples. J’aime beaucoup mon premier album, mais je suis conscient qu’il a perdu un peu de sa fraicheur suite au travail de production. Sur 2, le fait d’utiliser des synthés m’a permis de sonner plus actuel, plus expérimental également. Pour revenir à la question, le but était de faire quelque chose de moins attendu.

Est-ce que l’album sonne comme tu l’entendais ?

Non, mais aucun de mes albums ne sonnera comme je pourrai me l’imaginer. Je ne suis pas réalisateur. Avant l’enregistrement, j’avais dans la tête quelque chose de beaucoup plus lo-fi et brut. Il faut avouer aussi que Frédéric Lo a fait un formidable travail d’arrangements et de réalisation qui, au final, rend l’album beaucoup plus clair.

Qu’est-ce qui t’a incité à travailler avec lui ?

Bizarrement, c’est Valérie Zeitoun qui nous a présentés. On a tout de suite accroché, surtout humainement. C’est quelqu’un de très doux, très attentionné, de très délicat et qui a gardé une capacité d’émerveillement typiquement adolescente. Il est vraiment différent de beaucoup de personnes du métier, blasées et moins passionnées qu’à leur début. Il a vraiment beaucoup d’envies et ça se ressent dans sa recherche artistique. C’est assez rare.

Tu as travaillé avec Frédéric Lo, Mike Marsch et Herbie Flowers, est-ce une pression supplémentaire de travailler avec de tels musiciens et producteurs ?

Pas pour moi en tout cas. Je me suis senti super à l’aise avec de tels artistes. Je pense que la pression est davantage du côté des financeurs. Même si je ne dénigre pas leur métier, je pense qu’on ne parle pas du tout la même langue. Alors qu’avec des artistes comme Frédéric on se comprend facilement.

Est-ce qu’il y a d’autres artistes ou producteurs avec lesquels tu pourrais ou aimerais collaborer ?

Il y en a surement beaucoup auquel je ne pense pas là. Aux États unis, en Angleterre, un peu moins en France (rires).Dans la musique, beaucoup de choses se font au hasard des rencontres. J’ai déjà beaucoup appris depuis mon premier album solo et je continue d’apprendre beaucoup aujourd’hui. C’est pourquoi je pense que j’irai beaucoup plus loin sur le prochain album en termes de recherches et d’arrangements. J’ai beaucoup plus d’armes aujourd’hui. Sur l’Homme Moderne, je ne chantais que depuis trois-quatre mois, sur 2 ça va déjà mieux donc j’ai hâte de travailler sur le troisième. Je n’ai pas envie de me priver de découvrir des choses et d’aller rechercher certains sons. Pour moi, l’objectif ce n’est pas de vendre des palettes d’albums puisque de toute manière, vu l’état actuel, ce serait cause perdue. C’est nettement plus jouissif d’être dans la recherche et dans la créativité.

Tu sembles de plus en plus assagi au fils des albums ? Es-tu conscient d’avoir gagné en maturité et en profondeur ?

Conscient, oui et non. En tout cas, c’est quelque chose que je recherche. J’essaye de plus en plus de m’approcher d’une vérité, la mienne de préférence. C’est-à-dire que pendant des années j’ai nourri une espèce de frustration à me figer dans une situation par pudeur ou par timidité et que, petit à petit, j’arrive, non pas à la gommer, mais à l’absorber et à passer à travers. Il faut dire que ma voix a pas mal changé depuis Puzzle. C’est assez jouissif parce que j’ai l’impression de me rapprocher de plus en plus de ma voix, des mots que j’emploie et de ma pensée intime. Disons qu’aujourd’hui, je suis moins dans une recherche de normalisation. Je suis moins dans le faux-semblant, mais plus dans la psychanalyse. J’ai parfois l’impression, en regardant certains passages de ma carrière, d’avoir voulu séduire.

Quelle chanson de 2 considères-tu comme la plus personnelle ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, je dirai Échantillon de Paradis. Pour moi, c’est vraiment une chanson forte qui m’est venue assez naturellement et d’une manière très sincère. Je ne comprends pas pourquoi beaucoup la considère comme la plus lumineuse de l’album alors qu’elle évoque la perte d’un être. C’est vraiment une chanson que j’aime parce que j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire.

Treize ans après les débuts de Puzzle, quel regard portes-tu sur ton parcours et sur celui du groupe ?

J’en suis vraiment fier. Je ne me rendais pas forcément compte de ce qu’on avait accompli, mais on n’est jamais tombé dans la facilité ou dans le copinage. On a toujours été honnête et sincère. Au final, je suis vraiment content d’avoir vécu cette époque du rap français avant qu’il ne se retrouve, comme tout mouvement ou tout système, enchainé dans ses propres contradictions et ses propres clichés. On avait l’impression d’appartenir à quelque chose de nouveau, de libre et de créatif. C’était une forte émotion. Je pense que j’ai vraiment vécu un moment agréable au sein de cette énergie musicale. Je ne regrette rien à part le fait d’avoir était enfermé là-dedans, de ne pas avoir eu la curiosité d’aller écouter ce qui se faisait ailleurs, d’avoir attendu trop longtemps pour ouvrir les yeux et les oreilles.

Au magazine Paulette, tu as déclaré que le rap n’était pas du tout fini pour toi, qu’entends-tu par là ?

Sur le premier album, j’étais un peu complexé face à tous ces mecs qui avaient fait le conservatoire, comme si j’étais devenu un imposteur. Sur scène, je jouais avec ça en disant que je me sentais comme un acteur porno qui arrivait dans le cinéma classique. Cette gêne venait sans doute du fait que je ne m’étais pas encore détaché de Puzzle. Il y avait d’ailleurs plein de morceaux à l’énergie rap. À présent, j’ai l’impression de m’être libéré de ce poids et de pouvoir utiliser le rap comme un peintre utiliserait une couleur pour enrichir son tableau.

Suis-tu encore l’actualité du rap français aujourd’hui ?

Je suis toujours à fond ! Que ce soit par les rap contenders ou les sites comme Booska-p, je me tiens au courant de l’actualité. Néanmoins, je ne suis plus dans l’écoute, mais dans le plaisir. Je ne vais pas réécouter deux fois une nouvelle musique, mais l’écouter comme on regarde un sketch en me disant que « oui, c’est cool, j’ai compris le truc, plus besoin de le revoir ». C’est aussi ce qui m’a incité à sortir de cette étiquette rap. Aujourd’hui, le rap, au même titre que le rock, est proche d’une rébellion propre à la fin de l’adolescence ou du début de la vie d’adulte. Passé cet âge, cette révolte se transforme et on commence à peser le pour et le contre en essayant de vivre avec. On est moins dans la confrontation. Je suis vieux maintenant quoi ! (rires).
D’ailleurs, des gars comme 1995 renouent avec l’énergie du début et font abstraction de toute forme de prétention. Malheureusement, c’est un retour aux sources qui signifie que le rap est devenu une musique vintage. On est allé trop loin dans l’évolution du style et aujourd’hui, on cherche à améliorer ce qui a déjà été fait plutôt qu’à révolutionner le genre. Et ça, ça vaut pour tous les styles. Tant mieux dans un sens.

Est-ce plus facile de parler d’amour lorsqu’on chante plutôt qu’en rappant ?

Je pense qu’il y a pas mal de rappeurs qui font ça très bien. Malheureusement, les mecs dans le rap ont trop tendance à flirter avec le misérabilisme lorsqu’ils font des morceaux mélancoliques. Par exemple, même si j’adore Eminem, dès qu’il parle de sa mère, il sort tout de suite les violons et les refrains chantés. Résultat, ça devient ringard. Après il y a des rappeurs comme MC Solaar que je n’aimais pas trop à l’époque, qui traite ça avec des textes fins et subtils. On y sent une certaine forme de sensibilité.

On sent un réel amour littéraire. As-tu des projets dans ce domaine ?

Ça serait prétentieux de dire que oui, car je ne me considère pas comme écrivain. Disons que j’ai écrit une ou deux nouvelles. Ça avance petit à petit. Étant donné que je recherche la liberté, c’est vrai que c’est un domaine attrayant, mais je n’ai pas envie de jouer l’auteur que je ne suis pas. En plus, je n’ai pas le fantasme de l’écrivain. Je préfère simplement choisir le média qui me semble le plus juste pour mon propos. Il n’y a pas d’étages. Que ce soit par un journaliste, un musicien ou un écrivain, c’est la sensibilité qui me touche.

Une tournée est-elle prévue ?

Elle se prépare petit à petit. Il y a des premières parties d’Higelin, de la Grande Sophie et d’Émilie Simon qui arrivent. Il y aura surement une date au Café de la Danse ou au Divan du Monde à la rentrée et des festivals cet été. Côté répétition, tout se passe très bien avec la petite équipe que j’ai montée pour interpréter les chansons en live. C’est encourageant. On espère avoir un maximum de couverture web, presse et télé pour faire exister cet album.

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1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 16 juin 2012
    wodzislawska a écrit :

    bien sympathique

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