Le Cœur Régulier, d’Olivier Adam

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Après ses Vents Contraires, sortis début 2009, Olivier Adam réitère avec son septième roman, parfaite continuité d’une œuvre forte, mais sensible, d’une incroyable justesse où couleurs et sons d’un Japon dépaysant se mêlent à la poésie des mots du Breton. Un texte intense.

Image de Le coeur régulier Sarah, la quarantaine, est mère d’une famille (en apparence) idéale : deux beaux adolescents qu’elle ne (re)connait presque plus, un mari parfait qui a sa carte d’adhérent UMP, un boulot stable surpayé, une maison identique à celles des voisins dans cette banlieue toute droite sortie d’Edward Scissorhands. Mais il y a Nathan, son frère adoré : alcoolique instable, pseudo artiste bohème, adepte des montagnes russes de la dépression. Et un platane au beau milieu d’une nuit, où il ira accidentellement s’encastrer. Mais Sarah n’y croit pas, malgré tout, malgré tous : pour elle, Nathan s’est suicidé. Elle décide donc de partir sur les pas de son « jumeau », au Japon, où il comptait s’installer, et dont il ne cessait de parler. Un Japon où il se serait senti enfin vivant. Un voyage, au cours duquel Sarah y trouvera bien plus que le simple souvenir de son frère défunt.

Comment se débrouillent ceux qui restent.

Non, Olivier Adam n’est pas l’un de ces auteurs stars, qui sortent un livre tous les ans qui se vendent comme des petits pains de chez Lidl. Non, Adam n’est pas Nothomb ou Levy. Et non Adam n’est pas uniquement celui-qui-a-écrit-Je-vais-bien-ne-t’en-fais-pas-tu-sais. Olivier Adam est un assassin. Une plume aiguisée au millimètre qui vous lacère là où ça coule à flots ; qui, de page en page, vous effiloche les nerfs et vous pousse au désespoir ; qui, de roman en roman, de spleen en spleen, de survie en survie, vous balade là où il pleut, là où ça mouille, là où ça glisse, là où on s’accroche, là où on s’écorche, en attendant d’hypothétiques lueurs d’espoir. Car Olivier Adam est de ces auteurs qu’on se refuse de lire aux chiottes. Car Olivier Adam est un assassin qui vous fait vous sentir en vie.

Allons droit au but : Le Cœur Régulier n’est pas à proprement parler le « meilleur » Olivier Adam, mais il reste cependant par son ton le plus à conseiller à vos amis proches – ceux dont on veut le bien-être. S’il n’atteint pas les sommets de ses Falaises (2005) ou Des Vents Contraires (2009) – et ce, malgré la fin quelque peu bancale de ce dernier – le « nouveau Adam » conserve cette écriture toujours aussi percutante et incisive tout en restant pudique et juste et il reste une merveille qui détonne dans l’univers de l’auteur, si singulier, mais néanmoins populaire. Celui du quotidien des gens normaux.

On ira voir sur les falaises.

Image de Falaises Tout en lui restant fidèle, Le Cœur Régulier semble être a minima une œuvre à part chez son géniteur. Là où Adam barbouillait de bile baudelairienne ses lignes au fil des pages de ses précédents romans, ici son travail est sensiblement autre : son septième roman s’attache à une redécouverte heureuse de soi. Et c’est dans le « heureuse » que tout change. Sans abandonner son attachement au mal-être transpirant qu’il est un des meilleurs à décrire, Adam tourne ici ses phrases dans un autre sens, son récit change d’orientation, sa houle et ses vents vont vers un ailleurs et vers l’une des plus belles fins que l’auteur ne nous ait offertes. Ce qu’il y a de moins dans ce Cœur, c’est cette noirceur que l’on pensait indélébile chez Adam. Comme si ses personnages réalisaient que souffrir c’est ressentir, et ressentir c’est vivre. Et qu’au final, ça valait surement le coup. D’où probablement cet optimisme opportun que nous offre Adam. Peut-être qu’il va mieux, lui aussi.

Le Cœur Régulier semble être une sorte d’anti-Je vais bien, ne t’en fais pas. Dans son premier roman, Claire (rebaptisée Lili dans le film, à cause d’une certaine chanson), adolescente paumée et capricieuse, ne s’en sort au final que grâce à son environnement : ses parents et les barbecues dans le jardin, son copain et son nouvel appart, un roman, une amie, des vacances. Ici, Sarah, adulte rangée, plaque au contraire tout ça pour se sentir vivante : elle change de pays, abandonne mari et enfants, et ce n’est que seule, et totalement érangère à ce qui l’entoure, qu’elle arrivera à comprendre et à se reprendre. Une même finalité, mais des chemins bien différents, que dix ans de sombres écritures transportent, sans pathos ni mélo, là où ça fait du bien. Au Cœur, justement. Une merveilleuse et surprenante redécouverte, comme s’il n’y avait pas que les vents de contraires ici-bas.

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Le Cœur Régulier, d’Olivier Adam.
Editions de L’Olivier.
232 pages.
Sortie le 19 août 2010.

A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

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