Le bizarre incident du chien…

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"Alors je réussirai ma licence avec félicitations du jury et je deviendrai scientifique. Je sais que j'y arriverai parce que je suis allé tout seul à Londres, que j'ai résolu le mystère de "Qui a tué Wellington ?", que j'ai retrouvé ma mère, que j'ai été drôlement courageux et que j'ai écrit un livre. Et ça, ça veut dire que je peux tout faire."

incidentOui je sais, c’est mal… Règle numéro 1 lorsque l’on évoque un film ou un bouquin, ne jamais dévoiler la fin de l’histoire. Alors pourquoi diable est-ce que je débute cette chronique par les 3 dernières lignes du livre me direz vous ?? Peut-être tout simplement parce qu’elles m’ont arraché quelques larmes, peut être aussi car au fond, cette histoire n’est qu’un prétexte et qu’en connaître la fin avant même d’avoir ouvert le livre ne vous empêchera nullement de le dévorer et de prendre de plein fouet les messages qu’il délivre…

Je , c’est Christopher, 15ans, 3mois et 2jours. Précis tout ça, mais Christopher aime les choses précises, ça le rassure. Il faut dire que Christopher n’est pas un enfant tout à fait comme les autres. Il est autiste, ou mongol comme ils disent… Pourtant, Christopher est loin d’être idiot, il est juste différent. D’ailleurs, j’aime beaucoup la manière dont il voit les choses : inscrit dans une école de déficients, il a du mal à comprendre le pourquoi d’une telle appellation parce que « après tout, tout le monde a des déficiences, pourtant on ne dit pas d’eux qu’ils sont déficients, or ils ont des déficiences… »

Ce n’est pas un de ces énièmes livres sur la différence, remplis de blablabla, et qui ne font rien d’autre que de se répéter à l’infini. Ici le procédé est audacieux et même carrément déroutant, puisque l’auteur nous plonge directement dans le schéma psy du « héros ». C’est Christopher qui écrit le livre, d’où ce titre un peu singulier: Le bizarre incident du chien pendant la nuit . Véritable incursion dans la tête et le fonctionnement très particulier d’un autiste, ce livre sous fond de road movie nous propose de vivre de l’intérieur le quotidien de ce garçon.

Près de la moitié du livre est composée de ses raisonnements : dessins, problèmes métaphysiques et scientifiques à résoudre, mais aussi de nombreuses notes en bas de pages, en guise d’illustration mentale de ce que Christopher explique dans son livre. Une vision des choses qui de prime abord peut nous paraître pour le moins alambiqué, mais qui réussit le tour de force de nous faire peu à peu entrer dans la peau du personnage.

Ainsi, au fur et à mesure de la lecture, on adopte peu à peu les craintes de Christopher, ses angoisses, sa manière d’appréhender et de ressentir le quotidien, sa perception du bruit et des mouvements, pour finalement comprendre le pourquoi de ses réactions. Oui! Il grogne parfois cet enfant autiste. Oui! Il se roule par terre et fait des crises. Mais non ! Il n’est pas fou et juste bon à enfermer. Il a mal, il a peur. Ce petit homme est tout simplement perdu et cherche à se protéger de ce monde hostile qui l’entoure, à se protéger de nous, ces êtres soi-disant « normaux », mais tellement différents de lui que nos comportements lui semblent étranges et dangereux.

Imaginez vous dans un monde dans lequel vous vous sentiriez parfaitement étranger, un monde dans lequel vous auriez l’impression de ne pas avoir votre place car toutes les personnes qui vous entourent vous dévisagent, vous secouent, et vous parlent dans une langue que vous ne comprenez pas… Comment réagiriez vous ? Et comment croyez vous que votre comportement serait interprété ? En fait, Christopher est comme vous et moi. Face à lui même, il est tout ce qu’il y a de plus normal. C’est face aux autres, face à cette majorité qui ne lui ressemble pas, qu’il se sent si différent. C’est bien connu, on a toujours tort quand on est en minorité…

Si au premier degré ce livre traite de l’autisme, les réflexions que se fait Christopher permettent d’aller beaucoup plus loin dans la notion de différence et de ses conséquences « Je n’aime pas les étrangers parce que je n’aime pas les gens que je n’ai jamais vus. J’ai du mal à les comprendre… et ça me fait peur »… .

Cette réaction de ce môme de 15 ans illustre tellement bien notre quotidien: la différence fait peur, et pour nous en protéger, nous ne savons que rejeter et combattre tout ceux qui en portent les stygmates. Et pourtant combien de fléaux pourrions nous éradiquer par la simple acceptation de cette différence.

À signaler que ce bouquin est également sorti dans la catégorie livres pour enfants, ce qui je l’avoue, me fait très plaisir et me gonfle d’espoir. Après tout, il n’est jamais trop tôt pour inculquer à l’être humain des valeurs de tolérance et de respect de l’autre. Et qui sait, si tous les gamins du monde pouvaient lire ce livre, peut-être aurions nous une chance de guérir la terre de son autisme… Oui, qui sait…

D’ailleurs Christopher le dit lui même à la fin du livre. Fort de sa différence, il aura réussi à se confronter aux autres, à vivre avec ces autres. Malgré tous les obstacles, il n’en a jamais douté et a toujours gardé la Foi. Je pense que c’est ce formidable message d’espoir qui a fait couler mes larmes… Il faut croire en ses rêves, en ce rêve qu’un jour viendra, où chacun pourra vivre sa différence, et que c’est de cette synergie de différences que le monde tiendra sa force et sa richesse.

Oui, je suis peut-être folle et naïve de penser ça, on me l’a dit tellement souvent, mais j’y crois et je ne cesserai d’y croire… Regardez Christopher, il y a cru jusqu’au bout et il a gagné son pari. Maintenant, il sait, maintenant nous savons tous que « ça veut dire que nous pouvons tout faire »…

À nous de jouer…

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2 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 21 novembre 2005
    Vincent a écrit :

    Nan mais, Caroline! Tu sais, les larmes que tu as pu verser à la lecture des dernières lignes de ce roman ne te permettent sûrement pas de gâcher mon plaisir de lecture en dévoilant la fin du « bizarre incident »… Dans ces conditions, ton remplissage de site internet, je m’en moque.
    Vincent

  2. 2
    Caroline
    le Lundi 21 novembre 2005
    Caroline a écrit :

    Salut Vincent !
    Merci pour ton commentaire, c’est toujours intéressant d’avoir l’avis de personnes qui nous lisent..

    Quand j’étais enfant, on me racontait souvent des contes de fées. Je savais qu’invariablement, à la fin de l’histoire, la pauvre et jolie jeune fille se marierait avec son prince et qu’ils auraient beaucoup d’enfants…
    Ce que je ne savais pas, c’est le chemin qu’il lui faudrait parcourir pour y parvenir, et c’était ça qui était excitant…
    C’est un peu pareil avec le bizarre incident du chien pendant la nuit

    Alors c’est vrai, maintenant tu sais comment l’histoire se termine et si cela t’a gêné j’en suis vraiment désolée, mais crois moi, l’intérêt du bouquin est ailleurs, dans les pages intérieures, dans ce chemin personnel qu’entreprend Christopher pour arriver à ces quelques lignes finales… mes larmes, c’est le résultat de ces 300 pages, des rebondissements, des difficultés et de la manière dont ce petit homme a surmonté tout ça… au fond, cette fin d’histoire ne veut absolument dire si on ne sait pas comment tout cela est arrivé…

    Voilà pourquoi je voudrais vraiment t’inciter à ne pas t’arrêter à cette déception et à te plonger dans le livre… tu verras, je suis loin d’avoir tout dévoilé, et beaucoup de surprises t’attendent au fil des pages…

    je te souhaite une bonne lecture…

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