Le 106 de Rouen

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Entièrement dédié à la culture et aux Musiques actuelles, le 106 c'est le nouveau haut-lieu de la culture rouennaise qui sera (enfin) inauguré en grandes pompes ce week-end.

Un lieu ouvert où imagination, découverte et musique se mêleraient au quotidien pour redonner du sens et du lien à une société qui en manque cruellement. Si sur le papier le concept du 106 ressemble encore à une jolie utopie, Jean Christophe Aplincourt, le patron de la salle, semble bien décidé à tout mettre en œuvre pour faire de Rouen l’un des points névralgiques de la création culturelle européenne, voire mondiale.

Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques phrases ?

Image de Le 106 - Saison 2010/ 2011 Jean Christophe Aplincourt : Je viens du Nord où j’ai débuté avec le rock alternatif à la fin des années 80. J’ai ensuite dirigé pendant dix ans l’Abordage et le Rock dans tous ses États à Évreux, et participé à la vie du secteur au travers de différents organismes tels que la Fédurok, le FAIR etc.

Comment êtes-vous arrivé à la tête du 106 ?

Par un recrutement national fait par la CREA (Communauté d’Agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe).

Pouvez-vous résumer en quelques phrases les objectifs du 106 ? Pourquoi une nouvelle salle de concert à Rouen ?

C’est un parcours pour les spectateurs du grand public aux connaisseurs, pour les musiciens de l’amateur au professionnel. C’est un lieu global et local, qui connecte le territoire avec la création mondiale et qui développe la créativité de la population.

Que va devenir la salle Hangar23 ? Il y aura-t-il une synergie dans les deux projets, ou le Hangar 23 risque-t-il à termes de disparaître ?

Le Hangar 23 est porté par la Ville de Rouen, donc ce serait plutôt à elle de répondre à cette question. Pour ma part, je trouve les deux projets complémentaires parce que sur des champs différents : musiques actuelles pour le 106, musiques et danses du monde pour le Hangar 23. Pour ce qui est des synergies, nous commençons à réfléchir à des projets en commun.

Le 106 ne devait-il pas déjà ouvrir ses portes en 2008 ? Pourquoi ce délai ?

Oui, il avait été annoncé pour 2008 en 2006. Il a fallu faire face à un marché infructueux et revoir le projet pour qu’il corresponde aux estimations, en bons gestionnaires de l’argent public.

Le 106, rien que par le nom, fait fortement penser au 104 de Paris qui, après une inauguration très médiatique, ne fait plus vraiment parler de lui. Quels sont les objectifs qui vous ont été fixés ? Sur quels éléments allez-vous être jugés ? À quoi ressemble votre feuille de route ?

L’analogie s’arrête au nombre. Le 106 est un lieu de diffusion, d’accompagnement et d’action culturelle dans le domaine des musiques actuelles. C’est un projet clair et en prise sur la demande de la population. Nous visons au moins 50 000 entrées par an pour 92 concerts et un remplissage important des studios de répétition.

Le budget d’investissement du 106 représente 15 millions d’euros et a été entièrement financé par des organismes publics nationaux et européens. À combien se monte le budget annuel de fonctionnement du 106 ?

Non, il a été financé en premier lieu par la Région Haute-Normandie (40 %), la CREA, le Département de Seine Maritime et aussi par le Ministère de la Culture, le FEDER et le CNV. Ce sont majoritairement des financements locaux et territoriaux.
Le budget de fonctionnement sera de 2,5 millions d’euros par an, dont 40 % de recettes propres.

Des financements privés sont-ils envisagés ?

40 % de recettes propres (billetterie, bar, locations de studios, etc.). Ce ratio pourra évoluer. Pour le reste, il y aura des partenariats, mais qui sont le plus souvent des échanges de visibilité.

Avez-vous comme objectif d’arriver à un équilibre financier ?

C’est un impératif évident et une condition pour que le projet s’inscrive dans la durée.

Il y a-t-il eu des oppositions politiques à ce projet ?

Non. Juste quelques nostalgies et quelques petits brouillages, mais qui n’étaient pas le fait du politique.

Votre programmation 2010 / 2011 s’annonce de qualité, mais reste assez « pointue ». Comment allez-vous pousser les non-initiés à franchir le pas de la porte ?

Je la trouve très ouverte : Cali, Tiken Jah Fakoly, Cocoon, Katerine, Rodrigo Y Gabriela… qui seront tous complets. Pour ce qui est plus pointu, il faut du temps pour qu’une relation de confiance s’installe.

Quels sont les projets de créations ou de résidences pour la saison à venir ?

Image de Wax Tailor & The Mayfly Symphony Orchestra Il y a déjà eu une résidence de Ramsay Midwood, la création Wax Tailor & The Mayfly Symphony Orchestra avec l’Opéra de Rouen, il y a quelques jours. En décembre nous aurons la création du nouveau spectacle de Tahiti 80 et en février un filage de The Do.

Dans une interview au Point l’année passée, vous aviez déclaré « En 2020, des artistes rouennais seront connus à l’étranger ; aller en concert sera naturel et participer à la vie culturelle de la cité sera facile. » Comment comptez-vous faire pour exporter la scène rouennaise à l’International ?

Du travail et de la mise en réseau ! Je maintiens ma prophétie !

L’offre de concerts n’aura jamais été aussi pléthorique, entre les festivals et les concerts tout au long de l’année. En quoi n’est-ce pas encore devenu « naturel » d’aller à un concert ?

Vous avez raison, tout est plutôt culturel. Mais je pense, en comparaison avec d’autres pays, que la musique pourrait être encore beaucoup plus partagée.

À quels pays pensez-vous ?

Au sud des USA, à l’Irlande, à l’Afrique, à beaucoup d’îles…

Quelles sont ces façons de partager la musique qui vous inspirent ?

J’aime bien l’idée que l’on construit l’espace public ou l’idée que l’on esthétise un problème. J’aime bien voir un groupe jouer dans un vernissage, lors d’un barbecue, d’un concours de pêche au poisson-chat électrique dans le Mississippi. Je suis impressionné par la participation de la population aux fêtes traditionnelles en Afrique.

Dans le dossier de presse de la salle, est également évoquée la volonté de produire plus d’artistes internationaux à Rouen. Comment comptez-vous attirer des artistes internationaux à se produire si près de Paris ? Uniquement en jouant la surenchère des cachets ?

Vous êtes mal informé. Je ne pratique pas la surenchère et je suis plutôt connu pour limiter l’appétit financier au profit de la population locale. Quant à attirer des artistes internationaux, nos conditions d’accueil sont objectivement bonnes et le réseau de lieux français actuels tend à être l’un des meilleurs d’Europe. Donc il intéresse les producteurs français et européens parce que les artistes s’y sentent plus respectés.

Fébrile à quelques jours de l’ouverture officielle de la salle ?

Surtout content de la promesse que tout cela représente.

Sur votre site web, on peut lire de chouettes récits de première fois par quelques-uns des artistes qui se produiront Rouen dans les semaines à venir. Faisons un exercice similaire :

Le premier concert que vous ayez vu ?

Bob Dylan au Stade de Colombes en juin 81 en autostop !

Votre premier disque ?

Honky Tonk Woman, un 45T réédition Decca

Votre premier slam ?

Pas trop mon genre, je veux dire le stage diving.

Le premier groupe que vous ayez programmé ?

Parabellum

Le premier concert que vous irez voir au 106 ?

Le premier à venir : Buck 65 !

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En savoir +

WE d’ouverture du 27 au 28 novembre 2011 avec Buck65, Lilly Wood and the Prick, The Strange Boys, Jesse Evans

Site officiel : http://www.le106.com/
Teaser : http://www.youtube.com/watch?v=A9y0xu6ofpc

A propos de l'auteur

Image de : Fondateur de Discordance.

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