Festival Les Inrocks Black XS – LCD Soundsystem @ Zénith de Paris

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Histoire de clore l’évènement en beauté, le festival des Inrocks Black XS quitte le boulevard Rochechouart et s’installe au Zénith pour sa dernière date.

La programmation s’annonce sur le papier plutôt chargée (4 groupes annoncés), mais, avouons-le, le seul groupe qui attire vraiment notre attention ce soir, c’est LCD Soundsystem. Cela ne nous empêche pas pour autant de prêter une oreille attentive aux groupes qui les précèdent. Is Tropical, Jamaica et The Bewitched Hands livrent des performances certes moins impressionnantes que le combo New Yorkais, mais plus qu’honorables.

La première partie est disputée entre trois groupes : les Londoniens d’Is Tropical, les Parisiens de Jamaica et les Rémois de The Bewitched Hands. On retiendra de cette première partie la dernière prestation des Bewitched Hands. La formation composée de 7 membres évolue autour des deux guitaristes principaux. Placés chacun d’un coté et de l’autre de la scène, ils encadrent la prestation du groupe. Le jeu de scène est un peu dispersé, mais bon enfant. Face aux imperfections techniques — trop connues — du Zénith, le groupe ne bronche pas et enchaine dans la bonne humeur. Sympas. Le tout donne un ensemble assez agréable : on est quelque part entre le folk communautaire et bubblegum à la I’m From Barcelona et les plans guitares un peu psyché à la Pink Floyd époque Echoes. The Bewitched Hands procure une bonne entrée en matière à LCD Soundsystem, mais rien qui ne puisse égaler la puissance du groupe tant attendu.

Après une longue attente où l’on comprend que l’équipe technique lutte pour mettre en place l’important matériel de LCD, l’écran de promotion de Black XS est remonté, le noir se fait sur la salle et la lumière s’allume sur scène. Le décor de néon fluo et les murs d’amplis situés sur al droite et sur la gauche annoncent déjà la couleur : énormes capacités sonores et présence sur scène ultra travaillée. Bref, ils font les choses bien, et ils le prouvent.

Pour nous faire patienter, le groupe balance le kicthissime I’m not in love de 10 CC. Ambiance giga-boum au Zénith : sortez les briquets et les épaulettes, on repart dans les 80’s. Cependant tout ceci n’est qu’une faste stratégie pour noyer le poisson… car entre temps les petits collègues de James Murphy se sont installés derrière leurs platines/batteries/claviers.

Quand le slow prend fin et que tout le monde arrête de regarder son voisin de gauche dans le blanc de la pupille, le concert est prêt à commencer. Le groupe commence en douceur sur Dance yourself Clean, dont il rallonge considérablement la longueur de l’intro. Tout ceci se construit petit à petit : les percus d’abord, puis les ‘poum poum chak’ 80’s, puis le clavier puis enfin, James Muprhy. Il se glisse sur scène l’air de rien et pose sa voix le plus calmement du monde sur l’ensemble. Sa diction lancinante et ses paroles désabusées (« acting like a jerk exept you’re a real jerk, you only make it worse ») contrastent vivement avec les percus rythmées et le synthé coloré. Bref tout cela est bien calme, beaucoup trop calme. Au milieu, le tout se réveille et le groupe se lâche : les guitares passent en saturées et James Murphy pousse sa voix dans ses retranchements. On sent derrière tout ça des racines batcave à la Siouxsie et des élans vocaux à la Robert Smith. Tout ça revient du plus profond d’une cave anglaise des années 80.

Le concert enchaine sur un autre titre de This Is Happenning (2010), le stellaire I Can Change. Cette composition aérienne marque une pause entre Dance Yourself et le fameux Drunk Girls. On a l’impression d’être dans une énorme bulle de chewing-gum qui ne tarde pas à éclater dès les premiers accords de Drunk Girls. La qualité hymnique de cette chanson fait qu’elle prend tout son intérêt sur scène. Elle fonctionne à la fois comme Parklife et Girls and Boys de Blur : le refrain martelé et hurlé à plein poumon est facilement repris par le public qui, du coup, s’enflamme. Chanson à texte s’il en est (« Drunk Girls cause a couple of heart attacks, Drunk Girls are usually mild »), elle injecte un concentré d’énergie en intraveineuse à toute l’assemblée. On regrette juste l’absence sur scène des pandas psychopathes du clip. (À voir absolument, par ces temps de mornes après-midi de novembre)

Le groupe continue sur cette lancée et enchaine les titres énergiques. Daft Punk is Playing at My House est carrément plus rock que d’habitude : Murphy sonnerait presque comme Jack White et les sons de basse et les sonorités « noise » des guitares sont vraiment mis en avant. On ne peut réprimer un petit headbang. S’ensuit un petit retour en arrière disco avec All My Friends, unique chanson de Sound of Silver qui sera jouée ce soir. Grâce à la boule à facette et aux lumières de circonstance, on a l’impression d’être quelque part entre le rock disco des années 70 et les débuts de la cold wave des années 80. Mention spéciale au batteur qui parvient à tenir tête à la boite à rythme du clavier et ne flanche pas d’une mesure tout au long du morceau.

Le reste s’enchaine malheureusement trop vite alors que le groupe mélange d’anciens titres et des titres du nouvel album. Le tout reste relativement bien équilibré et l’énergie ne se perd à aucun moment, ce qui n’est pas facile quand on met la barre aussi haute dès les premiers instants du concert. La maitrise technique est incontestable, malgré les problèmes techniques qui ne cessent de surgir tout au long du concert et la difficulté de réglage du matériel. Le groupe s’excuse d’ailleurs de l’attente qu’il impose entre les morceaux, mais nous avoue que le matériel utilisé n’est pas le même que d’habitude. On les comprend, la bête est plutôt imposante. Mais Murphy est un perfectionniste : il ne laisse rien passer et tient son groupe d’une main de fer. Cependant, cela n’empêche pas le groupe de discuter avec le public, et de montrer son enthousiasme. Ils vont même jusqu’à supplier les organisateurs de les laisser jouer encore un peu plus longtemps. La réponse est négative, on est tout de même dans un festival. Le public comme le groupe devra se contenter de finir sur Home avec une reprise du thème du début de Dance with Yourself.

On reste sur notre fin, mais on part tout de mime avec le sentiment d’avoir trouvé le meilleur remède contre la grippe cet hiver : This is Happenning en boucle dans les oreilles 3 fois par jour et on sera immunisé contre la grisaille de novembre.

Playlist : Dance Yrself Clean / I Can Change / Drunk Girls / Daft Punk Is Playing At My House / All My Friends / You Wanted A Hit / Tribulations / Movement / Yeah / Home / Dance Yrself Clean

Crédits photo : Nicolas Brunet

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 17 novembre 2010
    Julia a écrit :

    Pas trop fan de Drunk Girls, mais Yeah c’est tellement bon sur scène…merci pour ce report complet :)

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