Lars Von Trier

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Phénomène à part dans le cinéma, c’est à travers ses prises de position artistiques et une provocation à demi assumée que Lars Von Trier s’est construit une réputation d’expérimentateur un brin dérangé. Rencontre en duplex à l’occasion d’une rétrospective de sa carrière au festival Agora.

ENTRETIENS par Julia

affiche-agora_01« Sentiers qui bifurquent » : c’est le thème de cette nouvelle édition du festival Agora, organisé par l’Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique) et le Centre Pompidou, qui nous met cette année sur le chemin du réalisateur danois Lars Von Trier . C’est en effet toute une rétrospective qui lui est consacrée, dont la soirée d’ouverture le 8 juin dernier revêtait un caractère spécial.

Une rencontre en visioconférence avec Lars Von Trier et Pascal Mérigeau, critique au Nouvel Observateur, était organisée dans l’une des salles de cinéma du Centre Pompidou. Les spectateurs ont donc pris place face au réalisateur et au journaliste installés dans des fauteuils à l’écran, oreillette en place, entre contentement devant le remplissage d’une salle affichant presque complet, et tension du direct. Il ne manquait qu’une vue sur la mer en arrière plan pour avoir l’impression d’être en duplex du festival de Cannes.

Avant d’entamer la discussion avec Von Trier, nous avons la chance de visionner les premiers courts métrages tournés en Super-8 par le danois à l’âge de . 11 ans. Jouant celui qui est écoeuré que les français aient mis la main sur ses films (« J’ai tout fait pour les cacher à ma famille »), il nous laisse toutefois les visionner.

Premier film présenté, The Trip to Squash Land est un court métrage en animation et propose l’histoire de trois petits lapins dans un monde très coloré.mais finalement pas si drôle que ça. Certains tenteront déjà d’y déceler les prémices d’un style, nous attendrons la suite pour en avoir le coeur net.

Good Night, Dear dure 3 ou 4 minutes et présente une scène très liée à l’imaginaire des films de genre : un policier ou un western avec le charme d’un film muet. Un bandit tue quelqu’un dans l’escalier d’une maison et rejoint sa dulcinée avec son butin.

A Flower est encore l’histoire d’un jeune garçon qui s’occupe patiemment d’une fleur, à laquelle il rend visite pour la voir grandir. Seulement un jour, des avions sillonnent le ciel, et il semblent qu’ils lâchent une bombe qui tue le garçon et la fleur. Cruel destin .

Enfin, Why Try to Escape from Which You Know You Can’t Escape from? Because You Are a Coward est une longue course d’une dizaine de minutes au cours de laquelle l’ami (ou le frère ?) d’un garçon tombé à vélo essaie sans doute de prévenir les adultes. Mais il se perd dans sa course, entre images religieuses (par flashs, on voit le blessé encerclé de bougies) et obsession de la mort, il tombe plusieurs fois, doit traverser champ de maïs, forêt et rivière qui ralentissent sa course. A la manière des rêves dans lesquels on n’arrive plus à avancer ou à ouvrir les yeux, le héros ne semble jamais atteindre son but et se fond dans celui qu’il tente de secourir…ou de fuir.

Conversation avec Lars Von Trier

lars_von_trierMême si Lars Von Trier n’arrive pas toujours à mettre des mots sur la façon dont il travaille et ses inspirations, l’entretien est l’occasion d’apprécier son humour décalé. Après une interview menée par Pascal Mérigeau, quelques questions préparées par les spectateurs lui sont soumises.

Bien sûr, l’entretien tourne essentiellement autour d’ Antichrist, son dernier film pour lequel Charlotte Gainsbourg a reçu le prix d’interprétation féminine à Cannes. Alors que le journaliste l’interroge sur ce qu’il a aimé de son film et du tournage, Lars Von Trier affirme n’avoir vraiment aimé ce film qu’à partir du tournage de la scène de la masturbation dans la forêt, et que rien que pour ça, le film en valait la peine !

Comme il ne pense pas réellement à la réaction du public et des critiques du film durant le tournage, et préfère se concentrer sur ce qu’il a en tête pour le film, les réactions au festival de Cannes l’ont surpris. S’il aime choquer, et souhaite que le cinéma moderne le fasse plus, il ne se considère cependant pas comme un agitateur : « Quand j’avais 8 ans, je me rendais déjà dans les manifestations. Je ne comprenais pas pourquoi les policiers me regardaient méchamment. Je ne pouvait être qu’un « petit » provocateur ! »

Lars Von Trier est l’un des fondateur du Dogme95, une façon de filmer qui privilégie la caméra à l’épaule, des montages directs, des prises de son peu retravaillées. Le montage constitue l’une des étapes préférées du réalisateur, qui le font se balader entre les prises « comme dans un supermarché », sélectionnant les meilleurs « produits ». Alors qu’on a souvent qualifié son cinéma d’expérimental, car se réappropriant totalement les codes des films de genre (la comédie musicale, le film noir ou d’horreur), Lars Von Trier ne semble pas particulièrement y croire.

Mettant régulièrement en scène des héroïnes féminines qui font forte impression ( Björk dans Dancer In The Dark, Nicole Kidman dans Dogville ), il les montre aux prises avec les contraintes sociales, créatures singulières dans la tourmente. « Etes vous un féministe ? » lui demande un spectateur : « Les femmes sont des êtres humains. Les hommes, j’en doute ».
Toujours piquant, il déclare à propos de ses rapports avec Björk : « Je trouve que c’est une femme fantastique. Dommage qu’elle n’ait pas montré les mêmes sentiments à mon égard ».

Après une première trilogie intitulée Europa qui l’a fait connaitre (composée des films The Element Of Crime / Epidemic / Europa ), Lars Von Trier a entamé une trilogie inspirée des Etats-Unis, dans laquelle figurent déjà Dogville et Manderlay .
Visiblement pressé d’en entamer la dernière partie, Wasington, il nous laisse donc visionner quelques films de fin d’études, du temps où il était à l’école de cinéma. Purs exercices de style, ils s’avèreront dans l’ensemble plutôt assomants. Comme quoi, tout ne se joue pas à l’école.

ANTICHRIST par Virgile

lvt-120x160deflvtUn nouveau Lars Von Trier, on ne sait jamais trop comment l’appréhender. Surtout que celui là avait fait déjà beaucoup de bruit à Cannes, puis dans la presse. On se dit qu’il faut s’y rendre avec un regard neuf, lavé des commentaires qu’on a pu entendre dessus. pour finalement se rendre compte que s’il a été si critiqué, c’est sûrement pour une raison. La voici.

Alors qu’un couple fait sauvagement l’amour dans la salle de bain, leur jeune fils, Nic, se jette par la fenêtre. La femme sombre dans une dépression, et n’arrive pas à faire son deuil. Le mari, thérapeute, propose de l’emmener là où elle a le plus peur pour la guérir : Eden, leur maison de campagne perdue dans la forêt. Dès que la femme (sans nom), interprétée par Charlotte Gainsbourg, arrive, elle commence à agir de façon étrange, face à un mari (également anonyme, brillant Willem Defoe ) déconcerté.

Antichrist, c’est un peu l’ Inland Empire de la carrière de Lars Von Trier : tout comme David Lynch, il a atteint un point dans sa carrière, où, d’un coup, rattrapé par son succès peut-être, il a basculé du « follement génial » qui fait vibrer tous les cinéphiles, au « complètement barré » qui défraye la chronique. Tous deux primés à Cannes, l’un pour Dancer in the Dark, l’autre pour Sailor et Lula, ils ont, consciemment ou non, pris le parti pris de miser sur leur marque de fabrique, en la noircissant à très gros trait. Résultat, des films amorphes, sans but et sans sens, qui dans tous les cas, ne laissent pas indifférent.

Arrêtons-là la comparaison, et concentrons-nous sur ce film qui a fait tant de bruit, et non pas sans raisons, Antichrist .

D’un point de vue purement artistique, on ne peut pas reprocher à Lars Von Trier de ne pas savoir manier une caméra, ni de ne pas avoir de sens du suspense. Très bien filmé, alternant plans fixes, caméra à l’épaule et images retravaillées, les scènes dans la forêt sont particulièrement belles. Notamment, celle lorsque Charlotte Gainsbourg y retourne par la pensée, dans une magnifique ralenti…

Mais c’est malheureusement tout ce à quoi ce film peut prétendre, mis à part le jeu des acteurs tous les deux excellents. Car, d’un point de vue scénaristique, si vous ignoriez que la femme était un suppôt de Satan, et bien c’est le moment de se mettre à la page ! Le présupposé du film est finalement qu’Elle mérite qu’on la maltraite car, petit un, Elle l’a bien cherché, et petit deux, Elle aime ça.

Bon. Que Lars Von Trier veuille choquer pour choquer, pourquoi pas, après tout, un film n’est pas ce que pense son réalisateur, et il ne s’agit pas ici de dire qu’une oeuvre se doit absolument de véhiculer un message. Mais malgré tout ça en tête, même armée de mon sens critique, et d’un manque latent de féminisme, ce film est incroyablement affligeant de stéréotypes, d’amalgames faciles et d’une prétention sans limites.

19110322_w434_h_q80Déjà, entre le titre, Antichrist, la forêt autour du chalet Eden appelée ‘jardin’ (subtil.), tout pointe vers l’allégorie biblique inversée de l’innocence perdue et la femme pécheresse. Le Prologue, où au moment de l’orgasme féminin, l’enfant saute de la fenêtre, nous le fait déjà comprendre bien assez vite : c’est Eros et Thanatos, le désir et la mort. Quand à la forêt, elle est ici synonyme de barbarie, car c’est la nature qui domine, mais pas seulement les plantes vertes et les animaux, mais la vraie nature des hommes, celle de la soif de faire du mal, car « Nature is Satan’s church » nous dit le film. L’allégorie atteint son paroxysme dans l’épilogue, quand le mari, dans une lumière surexposée en noir et blanc, contemple en haut d’une colline (tiens, tiens, il ne manquerait plus qu’un sermon !), des milliers de femmes qui la gravissent pour rejoindre Satan : les interprétations peuvent aller bon train.

Amalgame dans les références, Antichrist est un film bancal, exécrable par sa misogynie affichée, et également prétentieux dans ses partis pris cinématographiques (le prologue en noir et blanc sur musique classique, le tout filmé au ralenti.). Long-métrage autocentré par excellence, qui se gausse de son scénario, de ses deux uniques acteurs, bref, on ne sait pas trop si Lars Von Trier l’a fait exprès, en tout cas, on en sort avec une seule certitude, Willem Defoe a de très belles fesses. Pour le reste, on repassera.

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En savoir +

http://www.youtube.com/watch?v=gwgKYXr3Upc‘>Le site du festival Agora->http://agora.ircam.fr/] / [La bande annonce d’Antichrist

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

7 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 20 juin 2009
    lio a écrit :

    J’ai une térrible envie de défendre ce film que si peu ont appréciés.

    Le message que l’on peut y voir par rapport au sabat pour moi n’est qu’une appropriation possible. Il y a aussi la question du trauma, la question assez angoissante aussi de la thérapie sauvage fait par le proche et tout aussi responsable que l’accident qu’elle. La troisieme interpretation est totalement onirique et est purement cinématographique : Quel est le pouvoir de l’image dans la fantasmagorie et quelle est son poids prédictifs des évènements à venir.

    Enfin je dirais que pour moi, il y a une réelle esthétique. Aussi bien la scène du début qui est très lynchéenne. Que la manière qont van trier a su créer cette opression.
    Un film qui dérange n’est pas un film à jeter à la poubelle, bien au contraire.

  2. 2
    le Dimanche 21 juin 2009
    M/o/C a écrit :

    Merci Julia pour le compte-rendu précis!
    Je ne vois pas encore comment j’ai pu rater ce genre de projection/débat, je m’en veux.

    Par contre, pour ce qui est de la critique du film… Virgile, par pitié, la prochaine fois, évite de dévoiler la fin d’un film, même si ça ne tient qu’à une image, une composition sans texte ni sens (selon toi). C’est très déplaisant pour ceux qui veulent découvrir le film comme on découvre un cauchemar ou un univers: sans savoir où ça mène. Même si ça ne mène nulle part.

    Je pense que Von Trier est loin d’être un provocateur. Et encore moins un imbécile comme la plupart des critiques aimerait l’affirmer, avides de cases où ranger les créateurs.

    La dépression (avouée) durant la création de ce projet, et son incapacité à suivre les codes de la bienséance ou des conventions, font de lui certainement l’expérimenteur le plus débridé du cinéma actuel. Et le fait qu’il soit adulé certaines personnes, ou qu’il ai un comportement détestable souvent, ne lui enlève pas ça.

    Je n’ai pas vu encore le film. Je préfère donc suspendre mon jugement là.

    Peut etre qu’en effet, comme tu dis, c’est le Innland Empire de Von Trier, son pétage de plomb prétencieux.

    Mais je n’en suis pas sur. C’est aussi sa thérapie perso. Je pense que, tout comme l’univers de Lynch évoqué ci-dessus, il faut aborder certains films comme un rêve, un cauchemar, qui n’a d’autre ambition que de reprendre tous les éléments phobiques, perturbants, dérangeants, et de les déposer dans un sens à contre-sens sur la pellicule.

    Un peu comme dans les rêves ou dans le Tarot, où les signes ont parfois le sens contraire que celui qu’on leur prête dans nos vies éveillées de tous les jours.

    De nos jours, on vit dans une société qui se dit si libérée, mais qui au fond a tellement peur de nommer les vrais tabous, de s’exprimer dessus, qui a peur de la prise de position tranchée, des agitateurs… que ça en devient presque plaisant d’être dérangé par un film qui fait réagir.

    Après le tout est de ne jamais confondre « amoral » avec « immoral ». Je crois qu’on peut jouer avec les codes religieux, psychanalytiques… sans donner de leçon pour autant.

  3. 3
    le Lundi 22 juin 2009
    Eymeric a écrit :

    Je n’ai lu que le topic sur le réalisateur, que je trouve pas mal: il aborde des pistes tout autant diverses qu’originales. Je lirais la critique après avoir vu le film, car « qu’il faut s’y rendre avec un regard neuf, lavé des commentaires qu’on a pu entendre dessus » comme vous le dites si bien!

  4. 4
    le Lundi 22 juin 2009
    Virgile a écrit :

    En ce qui concerne la fin du film, je n’ai pas l’habitude de faire ça, mais je suis un peu partie du principe que ce n’était pas le genre de film où la fin importait beaucoup, puisque l’intérêt réside principalement dans le déroulement global et l’esthétique (dont parlait lio et avec qui je suis complètement d’accord)! Mais je m’en excuse si ça t’a perturbé, je ne le ferais plus, promis! ^^

    Le film en lui-même comme agitateur je ne sais pas trop… c’est surtout sa manière de dire les choses qui m’a le plus gênée, en fait, j’ai trouvé ça vraiment prétentieux et les amalgames étaient… vraiment rageants. Comme si finalement il choquait pour choquer sans penser à ce que son film apportait. Le genre de film où tu te dis « c’est dommage, le point de départ est bien, ça aurait pu être un bon film ».

    J’ai trouvé que Lars Von Trier a voulu trop en mettre dans un film relativement court (1h45), et que du coup il a étiré des passages qu’il n’aurait pas du, et est passé sur des choses plus importantes (que je ne citerais pas pour M/o/C! ^^)… bref, plein de raisons qui font que je suis sortie plus que mitigée de la salle de ciné!

  5. 5
    le Dimanche 28 juin 2009
    M/o/C a écrit :

    Merci Virgile pour ta réponse :)

    Bon, de toutes manières, il me faut le voir de toute urgence et je reviendrai te donner mon avis définitif.

    (quoique, parfois, on peut revoir différemment des tas de films suivant la période de notre vie, ce qu’on vit, etc…)

    Mais en effet, je n’aime pas trop quand les réalisateurs en rajoutent pour se défendre de tel ou tel choix artistique, narratif.

    Pourtant, j’ai adoré cette remarque qu’il a eue face aux journalistes exagérément critiques à Cannes:

    « Je n’ai pas à me justifier, c’est vous qui me rendez visite, pas le contraire ».

    Sacré Lars.

  6. 6
    le Jeudi 9 juillet 2009
    Serge ULESKI a écrit :

    Lars von Trier interdit de cinéma dans la commune de Versailles

    __________

    Les cinémas Cyrano et Roxane ont décidé de ne pas programmer Anti-Christ de Lars von Trier afin de ne pas provoquer l’animosité de habitants de Versailles – bien que ces derniers ne se soient pas manifestés contre la programmation de ce film.

    Renseignements pris : il s’agit d’un choix préventif – d’aucuns parleront d’auto-censure-, de ceux qui ont en charge la programmation des salles Cyrano et Roxane de Versailles.

    Qui l’eût cru ?

    La liberté d’expression et de création vaincra-t-elle donc un jour ? Et le courage aussi ?

    ***

    Ce que l’on ne doit pas accepter c’est bien le fait que l’on ait pu décider sans consultation qu’une vaste majorité – sinon, la totalité -, des versaillais ne souhaitait en aucune façon que ce film soit vu dans leur commune, alors qu’il existe une programmation dite « ciné-club » dédiée entre autres, aux films susceptibles d’attirer un public restreint, qui aurait très bien pu, sans provocation, permettre aux versaillais désireux de voir le film de Lars von Trier, de le faire sans être dans l’obligation de se rendre à Paris.

    Ce choix « préventif » de non-diffusion (pour prévenir tout risque de contestation, ou plus simplement, pour ne pas « déranger » ceux auxquels il est important de ne pas déplaire – dieu sait qui, dieu sait où ?!) dénote de la part des responsables de la programmation des salles de Versailles, un esprit présomptueux, lâche et veule car, l’auto-censure est bien la pire des censures.

  7. 7
    le Vendredi 10 juillet 2009
    M/o/C a écrit :

    Je suis venu, j’ai vu et… je suis convaincu! :D

    Non, mais… qu’importe la polémique, ausecours.

    La réputation du film l’ayant de loin précédé, j’y suis allé les yeux grands ouverts, m’attendant au pire.

    Et au final… j’ai vu:

    - une intro d’une splendeur sans nom (oui, on peut ne pas trouver ça très approprié, présomptueux, etc… mais bref, j’adore ces grands écarts entre l’absence totale d’esthétisme, et la perfection de ces plans, dans la carrière du Trier).

    - Un sujet + que sensible (pas seulement la perte d’un enfant, mais surtout l’auto-psychanalyse d’un couple, qui se coupe de l’extérieur, de tout ce qui pourrait l’aider finalement, pour s’enfermer dans son prorpe cauchemar).

    - une satire vraiment acerbe sur la psychanalyse appliquée sans recul, sans objectivité (enfin si ça existe) et où, en voulant bien faire, mais avec bcp d’orgueil mal placé aussi, un homme entre dans le labyrinthe des passions, fantasmes, phobies de celle avec qui il partage sa vie… pour s’y perdre totalement.

    - Et non, le thème des sorcières, la mysoginie latente, les atrocités culpabilisant la femme, assoiffée de sexe et de sang et qu’il faut punir, n’est pas le reflet de la pensée du réalisateur, je ne l’ai jamais vu comme ça.

    C’est surtout que, lorsqu’on s’enfonce dans le labyrinthe, on va vers le centre, et au centre, vit, en chacun de nous, notre part animale…le Minautore.

    Pour cette femme, cette bête sauvage prend forme à travers ses peurs ancestrales (qui sont aussi celles de Lars, j’en suis sur): la religion, le satanisme, la bestialité… tout ça issu de l’éducation judéo-chrétienne dont on nous a tartiné depuis notre plus tendre enfance!

    Il faut bien que le Mal en nous s’exprime dans une forme, et je pense que cette forme, elle a bcp plus de probabilité de s’incarner en quelque chose qui nous dépasse et qu’on nous sert violemment étant gamin.

    Mais il s’agit, pour moi, plus du combat de la raison prétentieuse face à l’animalité qui sommeille en nous, instinctive et gorgée de mauvaise conscience… qu’un bête bras de fer entre homme/femme, religion/paganisme, etc…

    Bref.
    Dommage juste: c’est trop long, c’est trop gore, et par là meme, ça désamorce quelques beaux moments de frayeur, qu’on sent venir mais qu’on ne voit jamais se matérialiser (comme les glands sur le toit, Dafoe regardant dehors le matin, les champignon sur son bras), comme si on assistait à un merveilleux film d’horreur qui prendrait du temps pour se déployer, branche par branche… mais qui au final, s’enlise dans la violence gratuite, l’exorcisme gratuit, …qui fait qu’au final, on ne s’intéresse ni ne s’attache plus aux personnages.

    Dommage donc, mais ce qui est bien au moins, c’est que le film est un bon révélateur de « pensées limitées », comme pour ces gens qui préfèrent se voiler la face et censurer, plutot que d’affronter ce qu’un artiste a à nous dire sur nous-même.

    Une théorie affirme que chaque être humain revit, à l’échelle personnelle, ce qu’a vécu toute l’Humanité, en grandissant.

    On constate donc que certains en sont resté calés à l’époque du Moyen-Âge ;)

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