Laissez-nous juste le temps de vous détruire – Myriam Marzouki

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En 2009 Myriam Marzouki nous présentait Europeana, une brève histoire du XXe siècle, dont le texte de Patrik Ourednik, nous retraçait le siècle passé à travers des images et des mots aussi improbables que vrais.

Il semblait donc temps maintenant d’ouvrir les yeux sur ce qu’il est en train d’advenir de notre petit peuple sur cette grande planète. La commande du texte est alors passée à Emmanuelle Pireyre afin de continuer cette épopée de l’humain sur la première décennie de ce XXIe. Avec Laissez nous juste le temps de vous détruire M.Marzouki nous met face à l’absurdité de nos peurs, à l’illogisme de l’organisation mondiale et pose une question simple : comment habitons nous le monde aujourd’hui ?

Ce leitmotiv de l’habitation, « dans tous les sens du terme et à toutes les échelles possibles » comme le précise la metteuse en scène, s’illustre d’abord dans les décors, aussi simplistes qu’explicites. Trois maisons occupent l’espace, figurées par des bandes de tissu vert pomme tenues à la verticale par la pointe de leur toit triangulaire, comme on construirait des maisons dans un théâtre de marionnettes. Au pied de la maison évidemment le petit espace d’herbe et sa haie, lieu de prédilection pour Propriétaire et ses amis afin de savourer leur bonheur autour d’un barbecue. Car oui, la haie n’est pas qu’un simple ajustement végétal, elle est la protection du ménage, elle est la preuve irréfutable que Propriétaire à atteint la première étape du bonheur : avoir son chez soi.

Pourtant au fil de la pièce les différents personnages questionnent ce bonheur. Prise de conscience de l’urgence écologique, monde virtuel qui nous envahit, angoisse d’une note fixée par des autorités aux noms pompeux, bref après des siècles d’évolution de l’humain pour simplifier son ascension vers le bonheur nous revoilà pourtant devant la même problématique : comment faire pour être heureux ?

On pourrait croire que Laissez-nous juste le temps de vous détruire est le genre de pièce dont on ressort avec une envie folle de se pendre, mais ce serait mal connaître le travail de notre théâtreuse-philosophe. La dérision est au cœur même de la mise en scène de M.Marzouki. Le monde nous apparaît comme traduit par un clown blanc, porté par les voix de quatre acteurs qui vivent chacun des différents personnages qu’ils incarnent. Qu’il s’agisse du couple obsédé par l’écologie, des ces nouveaux adultes qui ne vivent que par le biais de chats et site de rencontre, ou de Propriétaire et de ses amis persuadés qu’il n’y a absolument rien de l’autre côté de la haie, les différentes fictions s’enchâssent et pointent subtilement l’illogisme de nos vies, les chimères qui nous font encore rêver.

Laissez nous juste le temps de vous détruire ne nous perd donc jamais. Qu’il s’agisse du texte ou de la qualité de jeu des acteurs on ne décroche pas de ce tableau qui prend vie sur scène. Ponctué de moments musicaux qui apparaissent de nulle part, de monologues qui vous laissent scotché à votre siège et d’un travail des corps et de l’espace léché et hyper précis, le pari est donc réussi, en une heure vingt Myriam Marzouki a juste eu le temps de détruire un bon nombre de croyances sur ce qu’on appelle « le bonheur ».

Crédits photo : David Schaffer

Laissez-nous juste le temps de vous détruire Myriam Marzouki 2011 DR David Schaffer 3Laissez-nous juste le temps de vous détruire Myriam Marzouki 2011 DR David Schaffer 3Laissez-nous juste le temps de vous détruire Myriam Marzouki 2011 DR David Schaffer 3Laissez-nous juste le temps de vous détruire Myriam Marzouki 2011 DR David Schaffer 3

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CRÉATION qui a eu lieu du 19.10 au 21.10 au Théâtre du fil de l’eau de Pantin

AUTRES DATES
Jeu 2 février 2012 au Phénix, scène nationale de Valenciennes
Du mer 7 au dim 25 mars 2012 à la Maison de la Poésie Paris

A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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