Ladylike Dragons – Heartburst

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Ladylike Dragons marche au rythme d'une fougue séduisante tout ce qu'il y a de plus rock'n'roll. En 2008, les Inrocks déclaraient : "A suivre". Allons-y.

ladylike Yann à la batterie, Cindy à la voix, Seb à la guitare, on fait mieux en sonorités porteuses sur la scène pop, côté noms. Mais il reste qu’on s’en fout éperdument pour ces trois-là, nouvellement Ladylike Dragons après les attaques ridicules du Comité Olympique Français qui ont torpillé le nom d’ Olympic Dragons des débuts.

Puissance, urgence et rage dans la voix toujours bien posée sur les notes de la chanteuse ; riffs tantôt tapageurs et effrénés, tantôt plus clairs et sensuels, mais toujours nerveux et fermes ; batterie endiablée et entraînante mais légère, qui échappe aux carcans de la lourdeur abondante qu’on connaît souvent. Un trio avec une nana qui embrase le micro, porté par une féminité sauvage…

La ligne est toute british, on se demande même par quels moyens les petits ont dégoté un tel air de boots pommées dans les friperies londoniennes au milieu…De la Seine et Marne, oui oui. Il arrive que les reflets des rivières ne soient pas les bons, Narcisse doit se méfier.

Entre les mélodies et l’énergie rugueuse à faire pâlir, le tout est bien cousu dans une trame solide de rock bien classique. Ce qui est à la fois féminin, joli et violent, ce qui est à la fois Nice et Rough – l’appellation contrôlée indépendante du trio – ce qui se plaît à jouer sans pitié en passant de la langueur au caractère, de l’énervement à la mélancolie. Comme un joli bâton de rouge à lèvre écrasé contre la peau.

Ce charme acéré, farouche, fougueux comme sucré et généreux se déploie en gammes et en accords bien rodés. Les guitares montent et redescendent dans des demi-tons d’une évidence triviale sur 13 Minutes, et pourtant si réussie.

Sixties et bien placé sur la portée du rock, les notes sonnent comme des échos aux Kinks ou aux Beatles, mais aussi aux Libertines et à Oasis : Fuck Off ressemble à un hommage aux deux, avec un refrain qui aurait pu être estampillé Gallagher, et un  » If you don’t mind  » à la Doherty . C’est même presque un dépassement grâce à une vraie voix suave qui se marie à la guitare claire et sensuelle pour de bon. Quelques consonances à la Vampire Weekend, imprégnées du nouveau millénaire moins garage, notamment sur Like A Reptile .

image001-6Des morceaux irrésistibles évoluent dans cet univers avec un style classique si bien mené qu’on adore : Travel Box joue d’intonations parfois nasales, charmantes sur ce fond suave qui tire un peu vers les graves, avec quelques airs rauques par ci, par là. Un air caractériel et charmeur, qui donne l’impression de toucher de près à la substantifique moelle du ventre de la gratte, s’élève petit à petit, se fait blues par intermittences, redescend après une urgence passagère, se réinstalle dans une nonchalance sexy, touche à la frénésie électrique…

La plupart du temps, Ladylike Dragons, c’est une mélodie parfaitement maîtrisée, des ralentissements et des précipitations, des intonations et des timbres maîtrisés à merveille, et parfois, la voix rejoint la guitare, monte et remonte jusqu’à la réjouissance – en évitant l’écueil fatidique de la jouissance – pour redescendre sur un bémol parfait là où il est. Pris dans cette petite torpeur contagieuse qui n’en fait jamais trop, et qui ne se perd jamais dans une énergie tapageuse gâchée, on regrette parfois un petit manque de subtilité.

Classique oui, tant mieux ça fait du bien, mais tant pis si ça l’est parfois trop ? Les influences sont plus que des influences, et se repèrent dans chaque chanson comme des vestiges tellement évidents. D’un autre côté, ils sont bel et bien maîtrisés les fantômes, et on reste loin du plagiat. Il y a quelques longueurs de brouhaha et de banalité entendue et ré-entendue à la TV, une fin enthousiaste de variétoche vieillotte pour Don’t go wrong, une affirmation rabattue qui se croit drôle Not a love song, oui sexe plus qu’amour on la connaît celle-là, et quelques facilités adolescentes, comme Bound Together qui s’énerve un peu pour rien. A part ça ?

Tout ce qui a été dit avant, et qui reste l’essentiel occultant facilement ces quelques broutilles. Leur album, Heart Burst, sort le 12 octobre pour consumer les oreilles de sa force régénérante pleine d’intensité…Après 200 dates à travers 40 villes depuis 2006 !
Vous les avez raté ? Moi aussi. Allons-y !

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Heart Burst (Nice & Rough Records), sortie le 12 octobre 2009.

Myspace : http://www.myspace.com/ladylikedragons

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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