La vie en rose avec Éléphant

par |
Aller voir un film seul ça va, c’est pas la mort, c’est pas la honte. En revanche aller voir un concert seul (qui plus est sans ses groupies 60s préférées), c’est définitivement une histoire de mauvais karma. La douce petite parano ambiante du « tout le monde me regarde » et du « t’as pas d’amis ou quoi ». Ce report aurait pu mal tourner mais heureusement, un concert avec Éléphant au Café de la Danse, c’est comme une soirée entre bons amis, on rigole, on se lâche et on repart avec un sourire vitaminé sur la trogne pour toute la semaine.

éléphant © Johnny Fidelin

Crédits photo : Johnny Fidelin

Au tout début, on se sent un peu comme l’aveugle de la fable Bouddhiste : impossible de se représenter à quoi ressemble Éléphant. Côté ambiance c’est éclectique, des familles, des vieux, des enfants, ça rappelle un peu Paul McCartney. Côté première partie c’est électrique et complètement hilarant. Super Pop Corn est un duo francophone plutôt fun en rouge et noir et Morpheus dont le chanteur présente au fil d’une chanson comme « Mi-homme,m i-robot, mi-pute » , ça promet… Pour comprendre l’effet du groupe hyper « ampèré », il faut vous imaginer les rejetons d’M et d’androïdes sous coke, rien de moins. 6 chansons (Je danse mal, Air guitar héros…) qui tentent de décoincer un peu la foule avant de conclure que nous ne sommes pas prêt pour ça mais que nos enfants eux, adoreront ça. Il faut les croire sur parole.

Après une attente un peu longue et moite, nombre de fans dans la foule appellent Lisa. On comprend très vite qu’il ne s’agit pas de proches, mais de la véritable naissance d’une vedette (trop tôt pour parler d’icône, même si l’envie ne manque pas). C’est très difficile à transcrire en mots : cette jeune fille toute fraiche, à la voix adorable qui prend peu de place, pieds nus sur scène. Et pourtant, elle irradie, toute de paillettes roses et de bindi brillant. Lisa, c’est tout ce qu’on aurait voulu d’un printemps parisien : « J’ai attendu tout l’hiver que les bourgeons prennent l’air. » Dès la première piste Les voyages on s’imagine s’incruster dans la Mustang noire étincelle du groupe pétillant.

Sans répit, les cordes délicieusement sucrées Un instant s’amusent à lancer de petits mouvements de hanches au creux de la foule. Dans l’hyper complicité qui noue François à Lisa, les autres musiciens se font discrets. Le petit éléphant d’intimité dans le magasin de porcelaine du Café de la Danse a décidé d’être généreux et cette bonne humeur est diablement contagieuse.

Il fait chaud sous le cœur lumineux qui domine la scène en Lune veilleuse. Commence alors Rien et sa touche manouch’. Ses percussions entraînent des cris dans le public. La chanson, un dialogue amoureux méchant et ensorcelant prend des airs de dispute d’un soir d’orage brouillard rouge. Pourtant tout est badin et le jeu entre les deux interprètes est un trait d’union qui entraine tout le public.

Puis vient Lisa, slow sensuel comme un secret qui nous livre la chanteuse seule au fond de la scène. La voix est impeccablement fragile. « Lisa, c’est comme une mise-en-scène, à la figure des beaux qui traînent. » Les paroles sont tout simplement exquises, le verre de rosé de cette soirée.

elephant

La chanson qui suit Oui peut-être non offerte par The Do est un peu plus grave que le reste du concert. Sous le cône de lumière, Lisa prend des airs de leader lady de roman noir. « Tout te dire les yeux dans les yeux c’est un peu trop sérieux, plutôt glisser ma main dans la tienne, le regard au loin, l’air de rien. » Équilibre des paroles, justesse des sentiments d’une passion qui s’essouffle avant le courage des coups de gueules, de couper court.

Éléphant est plein de bons sentiments, pas question de laisser son audience en plein spleen. Les cocottes électriques d’I think I love you reviennent flatter le sourire. La seule chanson anglaise de l’album est tout aussi drôle, une sympathie franche et sans chichi que le reste des titres, dans une ambiance very Frenchy fidèle à l’esprit du groupe. Alexis et François concluent par un petit moment de percussions très entrainant. You’d think you love them.

Lisa annonce alors une reprise d’un groupe d’un autre continent qui leur ressemble et qu’ils aiment beaucoup. On pense tout de suite à She and Him mais ce serait prendre Éléphant pour le groupe de hipsters qu’ils ne sont pas. Surprise et éclats de rire en entendant le début du « Dimanche à Bamako ». Leur version pop et décalée est tout simplement charmante, tout le monde chante dans une chaleur qui transforme la salle en succursale du Mali.

Les percus de Et toi, t’es drôle ne vont certainement calmer personne. Les paroles, de cette mise au pilorie de l’hypocrisie humaine, surtout celles du pont légèrement rappées, mériteraient une meilleure attention, mais la flute est entêtante, le ton monte et on croirait entendre ça et là des cris de corbeaux au bout des « je crois qu’t’es comme moi ». Ce soir on danse, on écoutera demain.

D’ailleurs, quand le duo propose au public de danser on sent une nette différence avec la première partie, loin d’hésiter tout le monde se lance, dans les gradins ou sur la piste servant de « fosse ». On Danse, danse entre inconnus « seulement si tout était entendu, ce soir tu me dirais qui es-tu ». Le refrain restera longtemps dans la tête après la fin de cette envie de pas de deux.

La tension retombe un instant, mais remonte au rythme des whoohoo du hit Collective mon amour. L’hymne un amour têtu comme un pachyderme qui pense tout fort « mais tu vas me laisser t’aimer oui ?! » En vérité, c’est plus joli encore, la plume du mammifère est fine, fine… « J’vais peindre ta vie en blonde, la lumière m’apparaît trop sombre. » Et dans un final qui s’accélère, le tambourin de Lisa luit dans les fumées de scène.

Tandis que le groupe fait mine de partir une première fois, les whoooohoo continuent en vague bienveillante au lieu des traditionnels « une autre »

Les rappels sont très équilibrés, avec un « Le vent l’emportera » en simple guitare-voix. Les aigües de Lisa rappellent avec douceur la douleur des cordes vocales de Bertrand Cantat. Après des remerciements sincères et chaleureux le mélancolique Au fond, c’est beau se tisse de violon et de mélodica « j’ai perdu cet orage en moi. » Pendant que les gens s’agitent, ils manquent l’adieu d’un groupe qui n’en finira pas de nous toucher. Et pour repartir le cœur gonflé et tatoué d’ondes positives, le groupe entame un ultime « Tu vois, tu vois, tu vois » exotique à souhait. Tout le monde sur scène et dans la salle en profite pour se trémousser une dernière fois. Si toutes les bonnes choses ont une fin, cet éléphant mourra de chaud, d’épuisement, mais surtout de bonheur. La vie est belle, ne vous y trompez pas.

Partager !

En savoir +

Lire la chronique de l’album sur Discordance : http://www.discordance.fr/elephant-un-vrai-gros-groupe-58057

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

2 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    Isatagada
    le Jeudi 20 juin 2013
    Isatagada a écrit :

    Yeah ! Oui ! On aime Elephant chez Discordance ! Ravie de lire ça :-)

  2. 2
    le Dimanche 23 juin 2013
    Lacaille a écrit :

    Également ! Très intéressant !

Réagissez à cet article