La trajectoire ultime d’un groupe canon…

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C'était il y a presque douze ans. Le Royal Club Tour passait par le Grillen de Colmar et c'était alors un groupe en pleine ascension qui était venu retourner la petite salle alsacienne avec un set d'une énergie incroyable.

L’un de ces concerts à donner des vocations par dizaines. L’un de ces instants fondateurs qui vous poussent à continuer de hanter les salles à la poursuite de ce frisson d’antan. Le premier live du groupe venait de sortir, et il était alors l’un des fers de lance de l’écurie Yelen aux côtés de Mass Hysteria et de Tryo.

Depuis, il s’en est passé bien des choses. Pour eux, comme pour nous. Un raccourcissement de nom. Une mise à la porte de chez Sony. Quelques excellents albums (La trajectoire de l’Homme canon, Grand soir), d’autres qui l’étaient moins (Odeon 10/14). Un long passage du côté de l’acoustique plutôt très réussi. Des concerts par centaines. Du bruit, de la sueur bien sûr, mais aussi ces textes d’une précision d’orfèvre nous comptant avec délice et tendresse les aventures d’une galerie de personnages que n’aurait pas renié Audiard.

La Ruda c’est un peu comme cet ami qui, même s’il est loin, ne quitte jamais vraiment nos pensées et qui lors de chacune des retrouvailles vous donne cette impression de vous être séparé la veille. Difficile donc de se dire que ce concert sera la dernière occasion pour beaucoup de ceux qui avaient fait le déplacement ce soir, de voir le Grand Orchestre réuni.

Mais quoi de plus royal, que de finir les choses comme elles avaient commencé, dans l’épaisse vapeur d’une salle surchauffée, sur un set de pur rock’n roll survolté.

Je ne raccrocherai pas à contrecœur…

Bien sûr on ne peut s’empêcher de traquer la moindre émotion sur les visages des membres du groupe pour tenter de savoir si ce sabordage programmé est une fatalité ou un nouveau départ. La façon de Pierrot d’appuyer cette phrase de la fumée des Gauloises trahit-elle un message subliminal ? Est-ce que tout va vraiment si bien à une poignée de semaines seulement de leur ultime date angevine ?

Qu’importe au final leurs raisons de raccrocher leurs crampons, l’histoire a été si belle et, à l’instar de Gordon Banks, aura fait rêver toute une génération de minots comme auront put le faire avant eux les Sheriffs ou la Mano Negra. Car c’est définitivement du côté des légendes de la scène rock alternative qu’il faudra y ranger la Ruda. Leur art de la joie électrique et leur bruit du bang supersonique comme dignes héritiers de Jouer avec le feu ou de l’Ecole de la rue.

Un concert d’anthologie. Sûrement leur meilleur depuis douze ans. Et une dernière demie-heure complètement folle, enchainant les bombes sans aucune retenue avec un groupe jouant chaque titre comme si c’était leur dernier (sic), tel un boulet de canon rougeoyant jusqu’aux ultimes 3 minutes. Les plus importantes à n’en point douter.

Trois minutes pour se dire adieu.
Trois minutes pour le rock’n roll.
Trois minutes pour se dire merci.
Trois minutes pour l’envoi, l’envol et l’envie.
Trois minutes pour tourner définitivement la page.
Trois minutes pour se faire la promesse de ne jamais oublier de suivre son instinct (du meilleur)…

Crédits photo : Joaquim

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Image de : Fondateur de Discordance.

4 commentaires

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  1. 1
    Dimitri L
    le Lundi 5 novembre 2012
    Dimitri a écrit :

    Car on fait trop peu de commentaires pour dire qu’un article est réussi… j’en profite pour ajouter ma pierre à l’édifice : on ressent pas mal de choses en lisant ce live report. C’est bien plus qu’un simple concert, c’est une page qui se tourne. Une page pleine de souvenirs, pleine de sens, comme si c’était un petit bout de tout ce que l’on avait pu accumuler durant ces années qui ressortait.

    La Ruda (Salska, à l’époque)est le premier groupe qui m’a poussé à écrire. Le Musicodrome, en 2008, s’est créé pour partager un coup de coeur, La Ruda. Le temps a passé, cette adrénaline s’est quelque peu estompée, mais au fond de nous, on s’imagine surtout que les groupes qui nous ont marqué à une époque donnée ne s’arrêteront jamais. Comme s’ils gardaient en eux les symboles de nos meilleures années.
    Le mois prochain, La Ruda va s’arrêter. Rock’n'roll à souhait, il nous restera au moins l’art de la joie. C’est ce qu’ils nous ont toujours appris…

  2. 2
    le Dimanche 11 novembre 2012
    Rémi a écrit :

    Ai-je vu la Ruda, ou la Ruda Salska le 8 novembre à Paris ? Je ne sais pas, je ne sais plus, tant l’énergie dissipée était grande. L’âme de ton article Pascal fait raisonner la magie que la Ruda diffuse lors de ses derniers spectacles. Une page se tourne, mais quelle page? Celle de bonhommes qui ont l’

  3. 3
    Pascal
    le Dimanche 11 novembre 2012
    Pascal a écrit :

    Merci à vous deux :)
    Vraiment !

  4. 4
    le Jeudi 31 octobre 2013
    Pouaichh a écrit :

    Magnifique hommage à la Ruda Salska que tu fais la.
    Je trouve excellent la façon dont tu parles du groupe, c’est finalement un feeling que tous les fans partagent. Mais je ne l’avais jamais vu exprimé comme ça et s’ils pouvaient lire tes lignes je pense qu’ils en seraient émus. J’aurais aimé assister a leurs dernier show, ressauter dans les pogos, faire poper la weed et me laisser aller dans la foule.. La belle époque. J’ai toujours mes t-shirts taille ado « Unis » « La naissance est le fruit du hasard » que je ne jetterai jamais et un grand soir que je porte toujours. Il ne se passe pas un mois sans que je mette volontairement une chanson, si c’est pas un album, de la Ruda.

    Merci pour le respect que tu portes à ce groupe inoubliable. Et qui sait peut être qu’eux aussi se taperont un trip a la Guns, ACDC et tous les autres et qu’ils feront un come back dans 15 ans.. Qui sait?

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