La Terre Tremble – Trio Bricolo

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Notre première rencontre avec La Terre Tremble s’est faite le 11 janvier dernier à la Maroquinerie, au détour d’une soirée estampillée Gonzai.

Histoire de bien commencer l’année 2013, nos chers confrères avaient réuni sur un même plateau JC Satan, Catholic Spray et La Terre Tremble donc. Un nom des plus intrigants derrière lequel se cachent trois garçons originaires de Clermont-Ferrand (Julien Chevalier, Benoît Lauby et Paul Loiseau), férus de musique en tout genre et avides d’expérimentations sonores. Avec deux albums au compteur, dont le dernier Salvage Blues paru en octobre 2012, le groupe a prouvé qu’il savait manier l’art du bricolage comme personne ! On a voulu en savoir plus sur les trois artistes. On a donc passé un coup de fil à Benoît (guitariste) pour tout connaître de La Terre Tremble !

Salvage blues

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, La Terre Tremble, c’est qui ?

On a une histoire assez banale. On s’est rencontré à Clermont-Ferrand. Paul (batterie) et Julien (guitare) se connaissaient depuis le collège et moi je les ai rencontrés quand ils étaient à la fin du lycée. Ils avaient un groupe tous les deux et on s’est rencontrés via des potes. On s’est mis à écouter plein de musique ensemble. On a commencé à jouer dans nos garages respectifs. Vu que les études, ça n’avançait pas et qu’on était un peu dans le flou, on s’est dit que quitte à jouer ensemble, autant se délocaliser de Clermont-Ferrand. Au bout de 20 ans, on avait fait le tour ! On a pris une colocation sur Rennes, une maison avec un grand garage et on s’est mis à faire de la musique. Au départ, on jouait essentiellement pour nous. On n’avait même pas encore l’idée de La Terre Tremble en tête. Tout s’est vraiment fait petit à petit. On jouait dans notre garage. Puis, on s’est mis à enregistrer. Ensuite, on a joué en 2009 au festival Nuit d’hiver organisé par le Grim à Marseille qui était autour de la guitare. Forcément, on a couru dessus. On a joué avec des vieux de la vieille qui utilisaient l’électricité, qui jouaient sur des amplis de manières différente, beaucoup plus radicale. À partir de là, on a découvert un autre univers ! On n’avait pas été nourris par ça à Clermont-Ferrand. Y a pas le côté Atlantique ! Nos influences sont plutôt tournées vers les années 70, avec du Led Zep et Syd Barrett, puis pas mal d’électro aussi et du hip hop. Quand on a commencé à rencontrer d’autres groupes, comme Papier Tigre et toute la scène nantaise, on a bien vu qu’on n’avait pas grandi en écoutant la même musique. C’est en jouant qu’on a fabriqué notre côté bricolo. Parce que la Terre Tremble fonctionne vraiment par défaut. On ne s’est jamais dit « on ne veut pas de bassiste ». À la base, on est même trois gratteux. Paul est un batteur pas défaut qui s’y est mis petit à petit avec des bouts de batterie abandonnés parce qu’il n’y avait rien qui était à nous.

Du vrai système D !

Oui, vraiment ! Ça a commencé bricolo puis on a fait nos premières tournées avec Les Potagers Nature. On a joué dans pas mal de squats. À l’époque, on jouait sous une autre forme. Il y avait un côté beaucoup plus folk. Il n’y avait pas de chant, mais des espèces de choeurs à peu à la Animal Collective, toujours en gardant un côté mélodique, des formes d’harmonies. Au fil du temps, on a fait plus de concerts, on s’est confronté à d’autres milieux, plus électriques, et on a commencé à radicaliser le truc. Travailler avec Miguel Constantino sur Travail et enregistrer en sept jours alors qu’on ne le connaissait pas, ça nous a aussi pliés à des règles et des contraintes. On expérimente beaucoup continuellement. On n’a jamais eu de recettes prédéfinies. Je ne sais plus quel groupe disait qu’il était « le groupe le plus influencé du monde ». Mais ça pourrait être notre cas aussi !

Le nom La Terre Tremble, ça vient d’où ?

Il n’y a rien de plus chiant que de trouver un nom de groupe ! Ça vient du film de Visconti La Terra Trema qu’on n’avait même pas vu à l’époque. C’est juste qu’en français l’expression « La Terre Tremble » était la moins déplaisante de tout ce qu’on avait. Le choix définitif était presque plus graphique qu’autre chose. On s’était dit qu’on ne pouvait pas prendre un nom en anglais. Quand j’y repense, je me dis que les premiers concerts de la Terre Tremble, en tant que public, je n’y serais pas allé ! Je me serais dit : « c’est quoi ce truc La Terre Tremble ? Du rock psyché ! Olala, je ne vais pas voir ça moi ça va me faire chier ! J’ai envie de mieux ! » (rires)

Vous êtes actuellement en tournée…

Oui, on fait des tranches de tournées de deux semaines depuis début octobre. Après, chacun retourne à ses activités, et puis on reprend.

Quels sont les retours du public ?

Pour l’instant, on a eu que des bons retours. Donc on est bien contents. Ce qui est cool, c’est qu’on fait des salles assez différentes, que ce soit un bar de province ou la Maroquinerie de Paris. Notre tourneur travaille bien ! Tout est cohérent même si on a dû se taper des transversales parfois. Par exemple, une fois on a dû faire Clermont-Ferrand/Le Havre, Le Havre/Marseille en quatre jours. N’empêche que les retours sont tous super bons, que ce soit des organisateurs que du public. Donc si pouvait continuer comme ça, ce serait bien !

Votre force c’est votre énergie sur scène.

On a toujours aimé l’idée du trio. Paul joue sur une batterie qui n’est pas règlementaire qu’on a nous-mêmes fabriquée. On se dit qu’on a un côté un peu bizarroïde sur scène. On a un format hybride qui diffère des codes. On est dans le même délire qu’un groupe comme Gablé par exemple. Mais, on ne le voit presque pas ce décalage. Nous, longtemps, on a fait des concerts foireux parce que c’était lié aux compos et à l’idée de trouver notre place sur scène. Tu te rends compte que la clé, c’est de faire tourner les groupes un maximum pour que ça devienne des vrais bons groupes qui savent jouer en dehors de leur cadre. Faut faire se déplacer la musique dans tous les types de lieux grâce aux tournées et jouer devant un maximum de gens possible. Surtout ne pas se contenter de rester dans le même réseau. Et ne pas faire tourner le même projet pendant trop longtemps au risque qu’il s’essouffle. C’est cool d’avoir fait un album comme Salvage Blues en 2012. On a connaissance du contexte actuel. On a conscience du fait qu’il y a énormément de groupes et que la concurrence est rude. Ce qui fait qu’il y a beaucoup de choses mauvaises, beaucoup de choses moyennes comme d’habitude, mais aussi beaucoup de choses bonnes et même très bonnes. En sachant qu’il y a déjà plein de groupes, on avait deux potions : soit on n’en rajoute pas, soit on se dit que quitte à y aller autant en rajouter ! C’est ce qu’on a fait.

Jusqu’à maintenant, y a-t-il une date qui vous a particulièrement marqués ?

Comme d’habitude, parfois il y a des gros concerts qu’on attend au tournant et qui en fin de compte ne sont pas si mémorables que ça. Et puis, au contraire, il y en a d’autres qu’on n’attendait pas et qui sont exceptionnels. Il n’y a pas de règles. Par exemple, on a gardé une super souvenir de notre passage dans le Lot à Bouregard où le concert était organisé par une association de sérigraphes qui font des concerts chez eux, dans des caves. C’était super bien. On a bien aimé Cahors aussi. Bordeaux, le 21 décembre 2012, il n’y avait pas grand monde. C’était la fin de tournée et on était tous un peu malades. Il y a eu Piermont aussi, le retour au fief ! C’est toujours un peu compliqué de jouer devant plein de gens qu’on connaît bien. On était pas mal stressés aussi le soir de la Maroquinerie. Il y a une équipe qui a débarqué avec huit caméras pour filmer le concert. C’était du lourd ! En plus, la salle était pleine à craquer. Ça faisait pratiquement deux semaines qu’on n’avait pas joué à cause des fêtes. On a rattaqué directement avec cette date.

LaTerreTremble

Vous avez enregistré Salvage Blues au studio Chaudelande sous la houlette de Manu Laffaech. Comment ça s’est passé ?

En fait, on a pas mal de liens avec la région de Cherbourg, notamment avec Gregaldur avec qui on avait fait notre toute première tournée. On avait enregistré notre tout premier disque, Trompe l’œil, là-bas en 2007. Depuis, on avait gardé des liens. On ne voulait pas reproduire le même schéma de travail, car on avait trouvé ça assez dur de bosser pendant sept jours intenses. On avait aussi envie de s’amuser avec les instruments dans le studio. Forcément, c’est le meilleur moment pour faire du copier-coller, de la triche, mais qui reste très cool à faire. Et qui donne des résultats. Mais ça prend du temps. Or dans La Terre Tremble, on est tous les trois très lents, nerveux, mais lents !

Mais deux semaines d’enregistrement, ça va, ce n’est pas trop long…

Oui, mais deux semaines qui se sont étalées dans les temps parce qu’en fait on a fait plusieurs résidences. On est arrivé sans savoir vraiment se qu’on voulait. On n’avait pas de ligne directrice ! On était obligé de tester tous les trucs et d’aller au bout du bout de l’idée pour être sûr que c’était vraiment bon ou mauvais ! Du coup, on s’est pas mal épuisé ! On a passé trois sessions à faire des choses inintéressantes pour nous : du boeuf, de la recherche de matériaux. C’est pour ça que l’enregistrement, jusqu’à la fin, jusqu’à ce que le disque sorte, jusqu’au quasi premier concert ça nous a paru long. Presque un an et demi entre les premières répétitions et le premier concert. Même si on a tendance à rire du cliché des groupes qui ont accouché de leur disque dans la douleur, c’est un peu ce qui nous est arrivé.

À l’arrivée, vous êtes contents du résultat ?

Avec Travail, le processus a été différent, mais tout aussi long. On était resté un peu sur notre faim. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. On n’arrivait peut-être pas à le cerner, mais on s’est dit qu’on n’avait pas passé assez de temps dessus. On n’aurait peut-être pas dû l’appeler « Travail » d’ailleurs (rires). Pour Salvage Blues, ça a été long aussi. Surtout le mix. C’est ce qui a été le plus dur. On voulait s’y attaquer avec des idées de sons précis. Le côté violent et organique de l’album, c’est ça qui nous manquait et je trouve que le fait que Paul ait pris à bras le corps le chant lead a beaucoup joué. Il manquait une espèce de colle un peu plus animale et je pense que cette fois-ci on l’a trouvée. Salvage Blues est plus sombre du coup, mais, derrière, ça reste un paysage changeant, mais lumineux. On voulait déjà aller dans des directions plus creusées. On voulait un côté plus lourd, plus massif dans le son. Alors ok on perd des choses, mais on aime bien aussi évoluer. Évoluer c’est prendre le risque de se casser la gueule ! Pour l’instant, ça nous va comme ça. On avait envie de faire du Salvage Blues depuis un bon bout de temps. Pour ça on est contents. Après on sait que la forme va évoluer, mais on ne sait pas encore comment.

Comment ça se passe généralement au niveau de la composition des morceaux ?

J’ai toujours trouvé que c’était le noyau de la Terre Tremble. Les moments où on se retrouvait à ramener nos matériaux les plus simples, c’est à dire avec ce qu’on sait faire des guitares acoustiques. Beaucoup de choses partent de ça. La deuxième étape c’est avec les amplis branchés. Ça se construit vraiment comme ça. On essaie toujours de préserver nos lignes mélodiques quoiqu’il arrive. En même temps, tous les trois on a bouffé des Beatles jusqu’au raz le bol ! On n’en a jamais vraiment été dégoûtés. Ça m’a même inquiété à une époque de se dire qu’il n’y avait vraiment rien à jeter dans ce groupe ! C’est un peu comme Gainsbourg, les Beatles faut jamais y toucher ! On a mis du temps à leur mettre des coups de pieds.

Vos derniers disques coups de coeur musicaux ?

L’album Quakers, le nouveau projet de Geoff Barrow. C’est juste hyper bon ! Après, il est clair qu’il y a un super vivier de groupes en France ! Ça va de Pneu à Elelctric Electric ou Cheveu. Il y a plein d’autres choses qui naissent et qui meurent. C’est là qu’on les sent les barrières de l’inéligibilité dues à des barrières de milieu, des formes de dandysme super élitiste dans un sens comme dans l’autre. Parfois t’as envie de dire « arrêtez d’être aussi radicaux parce que vous vous coupez l’herbe sous les pieds ! »

Est-ce que vous pensez déjà à la suite ? Vous composez de nouveaux morceaux ?

Pour l’instant, on est en mode concert. Je pense qu’il y a des idées derrière qui commencent déjà à pousser, mais on n’a pas encore fini d’adapter toutes les chansons de l’album. Finalement, on n’est même pas encore remis des un an et demie d’enregistrement du disque. Donc on a encore envie de le défendre. Même si on reste impatients de plein de trucs, chaque chose en son temps ! Ça fait partie des choses qu’on ne maîtrise pas. Par contre, quand c’est le bon moment, faut vraiment savoir se mettre des coups de pied au cul parce qu’on a pris des mauvaises habitudes et c’est les pires. On essaie toujours de se mettre dans des positions parfois toujours plus délicates et en même temps on est de plus en plus à l’aise dans nos éléments. Vu les défis qu’il y a si on part battus d’avance ou avec peu de motivation, vaut mieux changer, je crois.

En savoir + 

http://laterretrembleband.tumblr.com/
www.myspace.fr/laterretremble
www.facebook.com/laterretremble

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

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