La Ruda : Tentative de repas autour d’Odéon 10/14

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Vous rêvez d'organiser une soirée entre amis avec LE CD adéquat ? Parfait, cette chronique est faite pour vous ! Au menu : conseils pratiques, culinaires et musicaux. Oui, je suis aussi là pour parler un peu « musique ».

Depuis l’époque de chez Léon, au Trianon, La Ruda a toujours essayé d’intégrer de nouveaux ingrédients à sa recette « salskesque » malgré plusieurs périodes bien distinctes dans sa discographie. Passons à table avec Odéon 10/14, le tout dernier plat mijoté par le groupe. Ou du moins essayons.

Tout d’abord, quelques conseils à donner pour ne pas se taper un bide pendant le repas.

Apprendre à donner l’impression de maîtriser l’histoire du groupe :
Avant tout, il est nécessaire de faire un petit rappel en destination des incultes de la soirée. La Ruda propose une cuisine simple, soignée, et sait tirer le meilleur parti des ingrédients disponibles. Un constat indiscutable après Grand Soir (2009).

Attention au vice :
Aux questions éventuelles sur l’album précédent, la réponse est simple et sans ambiguïté. Grand Soir symbolisait cette fraîcheur retrouvée, ce fameux nouveau départ tant espéré composé de produits cueillis à maturité. Une dégustation pleine de franchise tout aussi épatante par ses ingrédients : un rock cuivré entre le swing et l’acoustique servis sur petits fours. On en redemande. Voilà pourquoi Odéon 10/14 est attendu au tournant, le couteau entre les dents et la serviette autour du cou !

Il faut savoir mettre de l’eau dans son vin, même si c’est pêché :
Si La Ruda a toujours voulu prendre son temps pour concocter ses nouveaux albums, impossible de ne pas souligner qu’Odéon 10/14 arrive relativement tôt par rapport à leurs habitudes. Tenir la dragée haute au précédent opus est assez délicat, car si les blancs ne montent pas, adieu la chantilly !

Toujours, formuler un premier avis, même hâtif, pour montrer qu’on ne campe pas sur ses positions :
Et malheureusement avec ce nouvel album, le risque d’être privé de dessert est grand.  Finies les longues heures de préparation en cuisine pour réaliser toutes sortes d’accompagnements. Terminées aussi la légèreté et cette délicieuse petite touche personnelle dévorées sur Grand Soir.

Passons au concret désormais.

À vous de voir comment vous préférez gérer votre repas. Pour accueillir vos invités, je ne peux que vous conseiller de servir des tapas type Gambas Pil-Pil, façon crevettes sautées au piment. Si vous êtes d’humeur plutôt maussade pour en ce vendredi soir tant espéré, passez directement à Souviens Toi 2012. Certes, vous pouvez vous attendre à des jeux de mots douteux sur ce bon vieil oncle Joe, mais sa pêche aura sûrement le don de vous réveiller pour faire le meilleur effet sur vos invités. Un morceau à l’ancienne qui rappelle les bonnes soirées avec la bande à Pierrot, où les cuivres au premier plan poussent à sautiller. Si vous n’arrivez pas à vous contrôler, essayez toutefois de poser les tapas avant. Un accident est si vite arrivé et ce n’est que le début de soirée.

Pendant que vos amis déposent leurs vestes, diffusez en douce Le prix de la corde. Il ne faudrait pas qu’une partie des convives aient l’idée de se pendre en écoutant le refrain. Des sonorités comme La Ruda nous en ont proposé des tonnes par le passé, pas de réelles innovations musicales, mais un rendu assez comique dans les paroles.
Ni vu, ni connu, il s’agit de rattraper le coup et de faire plaisir aux mecs avant qu’on y ait droit toute la soirée : un peu de foot pour clore le sujet et surtout les souvenirs d’une jeunesse dorée qui a oscillé entre bières, filles, Platoch’, OCB, les Bérus, puis La Ruda Salska. Belle rétrospective que ce « 1982 » à coup de « et tant pis si le temps passe, ça veut dire que je suis en vie… et tant pis si la nostalgie n’était plus ce qu’elle était avant ». Vous surprendrez toujours l’un de vos amis rassurer sa copine « Mais non ma puce, je n’étais pas encore avec toi ». Ne pas relever cette phrase si vous ne voulez pas que ça se retourne contre vous.

Plait-il ?

Oubliez ce léger désagrément en remplissant les chopes de vos hôtes, libre à vous d’y verser les contenus que vous jugerez judicieux selon la tournure souhaitée de la soirée. Pour accompagner l’apéritif et les tapas, proposez des triangles de pain alternant tomate, jambon et fromage frais. Profitez-en pour écouler le très moyen Titi Rose au cœur un peu trop mielleux, comme si le groupe avait oublié sa patate au vestiaire et manquait réellement d’entrain. Le retour de l’électrique du côté des guitares dénature la nouvelle identité que s’était façonnée le groupe. Attendez surtout de voir si quelqu’un relève la subtilité. Si personne ne la signale, la voie est libre ! Vous renforcerez ainsi votre réputation de « connaisseur du groupe». +1.

La deuxième tournée est déjà servie qu’Encore une fois appelle la suivante. Vos voisins de table se demandent alors si La Ruda ne se serait pas inspirée de La Souris Déglinguée. Notamment avec ses saxos stridents de vieux punk festif de la fin des années 80. Un morceau en trompe l’œil puisqu’il se termine sur des airs de valse. Non, ce n’était pas La Souris Déglinguée. On a du mal à reconnaître La Ruda aussi. Bref.

Arrêter de parler. Voilà désormais votre objectif du moment présent. Ne plus penser à la musique durant quelques secondes et amener l’entrée. Il faut innover. Et ne pas se planter putain. Toujours la même histoire. On se tutoie désormais. Après quelques verres c’est toujours mieux. Alors, pose-toi, respire un bon coup et pense à ta foutue salade que tu n’as pas préparée. Quel con ! Tant pis, pas d’autres choix. Tu te balances un bon « Johnny John Wayne » très swing/acoustique, ce que tu aimais tant sur Grand Soir. Ça fout la patate ! N’oublie pas de la sortir du four non plus. « Vas-y mon cœur, vas-y grand, je veux du western ! ». Oh ! Ne force pas trop le poivre en dansant dans ta cuisine, ça ne pardonne pas. Pense à tout mettre surtout : une salade à la russe doit être complète.

Je te répète la recette, à voir ta tête, je ne suis pas sûr que tu te souviennes de tout

Pour 4 personnes : 550 g de pommes de terre, 1 carotte, 3 cuillères à soupe de petits pois, 1 poivron vert, 1 oignon doux (haché menu), 400 g de cœur d’artichaut (coupés en quartier), 2 cuillerées à soupe de câpres, 8 cornichons (hachés), 8 olives noires (ne pas en manger en route), 1 piment (on va éviter). Je te conseille de servir cette salade russe avec une bonne mayonnaise. Je ne t’explique pas comment on fait une mayonnaise…

Arf, mais c’est trop long à faire. Tu ne vas jamais t’en sortir. En plus tu as la nièce de ta frangine, 14 ans, qui est toujours au milieu. Mets la piste 5, tu verras, elle va aimer. C’est Un été en Angleterre. Écoute bien, La Ruda fait du punk/rock maintenant ! Allez, remballe ton skate et va faire un tour.

Concentre-toi un peu. Tu ne vas pas rester là, devant ton pauvre saladier, à te lamenter sur ton sort. Ça commence à gueuler dans le salon, tes invités ont faim ! Un autre whisky ? Ce n’est pas nécessaire. Tu le sais que tu ne pourras pas terminer le repas. Mais c’est qu’il s’en moque ! Il ne m’écoute plus ! Oh ? J’abandonne…

Il met Odéon 10/14, titre éponyme de l’album, et savoure probablement le meilleur passage du CD. La voix de Pierrot est douce, la mélodie te rentrant dans la tête à n’en plus finir. Une dose de cuivres maîtrisée, une basse ronflante et une ballade que l’on aurait aimé voir se répéter un peu plus. Comme pour se sevrer de musique, L’homme aux ailes d’or finit par emboiter le pas. Lui aussi, mixant des influences de 24 images secondes (2004) et de Grand Soir, La Ruda montre que musicalement elle sait encore proposer un rock’n'roll comme elle en jouait en s’essayant également sur des sonorités plus pop.

Le désespéré d’un soir est absorbé par ce qu’il écoute, il en a même oublié sa soirée. J’ai beau tenté de le remuer, c’est ce qu’il faut toujours faire (= l’acharnement). Son esprit s’agite, Baisers français vient briser le silence. Il se dit que ce morceau fait un peu réchauffé et rappelle fortement Grand Soir.

Puis le déclic s’opère. Il monte le son et bondit dans la pièce voisine. Enfin ! Cabaret Voltage à pleine puissance. Un rock comme on l’aime, un rythme effréné, un Pierrot au chant qui met toute son énergie dans ce morceau… Enfin une track à la sauce Ruda. Ah ? Mince, alors. C’est le premier du CD. Sur 12, c’est peu.

Il finit par enfin ouvrir la bouche.

« Il n’est pas si mal ce Odéon 10/14 ! » (oui, les limites finissent toujours par ressortir)

Pas si mal ? Assez répétitif, peu de morceaux qui se détachent de l’album et qui manquent d’audace et de renouvellement. On a comme l’impression que c’est La Trajectoire de l’Homme Canon (2006) et Grand Soir mélangés ! On croyait que tu connaissais bien La Ruda, mais en réalité… »

« Oui vous avez raison. Il est décevant cet album. Ils nous ont habitués à mieux. »

Bon… on se commande des pizzas ?

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La Ruda, Odéon 10/14, 42 minutes, 12 pistes (dans les bacs le 21 Mars 2011)

- Site Officiel : http://www.laruda.fr/
- Myspace : http://www.myspace.com/larudaofficiel

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

3 commentaires

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  1. 1
    Anne-Laure
    le Mardi 22 mars 2011
    Anne-Laure a écrit :

    chronique originale (il fallait oser inviter la ruda à sa table) et juste … chapeau bas Dimitri.

  2. 2
    le Mardi 22 mars 2011
    Chris a écrit :

    « Apprendre à donner l’impression de maîtriser l’histoire du groupe »… tout est dit ;)

    Mais le manque de fond n’est malheureusement pas rattrapé par la forme un peu ratée(après il faut aimer la cuisine plus que la musique peut-être)

    Oui vous avez raison il est décevant cet article…

  3. 3
    le Jeudi 12 mai 2011
    flopi a écrit :

    Comparer La Ruda à la souris déglinguée…..tout est dit !! no comment.

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