La Route du Rock Hiver #5

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La tradition hivernale s'est installée : le mois de février est désormais celui des découvertes musicales, orchestrées avec soin par la collection hiver du festival malouin.

L’affiche de cette cinquième édition de la Route du Rock Hiver, qui se tenait à Saint-Malo les 19 et 20 février derniers, était des plus alléchantes et les paris était lancés pour savoir qui de Local Natives, Clues ou Clara Clara serait la meilleure découverte du festival.

Vendredi

beach1petitVendredi soir, les Fiery Furnaces offrent une mise en bouche pêchue et c’est avec impatience qu’on attend que Beach House entre en scène pour recréer la rêverie de son nouvel album Teen Dream . Le trio s’installe au milieu d’un étrange attirail : le piano de Victoria Legrand est recouvert de fourrure blanche, tout comme quelques « parasols » placés sur la scène. La magie prend pour les titres Lover Of Mine, Used To Be, le vaporeux Norway, malgré une prestation un peu statique. On regrette que le réveil soir brutal à la fin de chaque titre : la musique s’arrête et les lumières de la salle se rallument, ce qui agace également Victoria et deviendra un problème récurrent du festival. La faute aux caméras d’Arte Live Web ?

Voilà dix minutes que le trio Jackie O Motherfucker est entré en scène, et beaucoup se demandent si les balances vont bientôt se terminer. Pourtant, il s’agit bel et bien de leur set : trois guitares créent des nappes hypnotiques auxquelles il faut s’accrocher dès le début du concert au risque de rester insensible à la performance, ce qui sera malheureusement notre cas.

horrors3petitIls étaient les grands absents de l’édition été 2009 de la Route du Rock qu’ils avaient esquivée, The Horrors sont cette fois au rendez-vous. Alors que leurs attitude peut parfois friser l’autisme sur scène, les cinq garçons semblent bien présents ce soir et déroulent avec efficacité les titres de Primary Colours, définitivement l’un des meilleurs albums de 2009. Sur Scarlett Fields on baigne en plein revival new wave, avec le bassiste Tomethy Furse dans le rôle d’un Bernard Sumner nouvelle génération .

Pour terminer cette première soirée de festival, les circonvolutions krautrock de Beak>, le nouveau projet de Geoff Barrow ( Portishead ) et les boucles des parisiens de Turzi, pas forcément les groupes les plus attendus du festival, offrent des prestations réussies. On quittera l’Omnibus avec dans la tête la reprise étonnante de Let The Sunshine In par Beak> .

Samedi

Certains arrivent au festival déjà déçus : suite au décès du père de Romy Madley Croft, The XX annule son passage à la Route du Rock et le reste de la tournée française. Alors que le festival pensait avoir trouvé des remplaçants avec These New Puritains, voilà que le groupe a perdu son chanteur dans Paris. Ce sera finalement The Tallest Man On Earth, programmé le lendemain à la Chapelle St Sauveur (un signe ?) qui assurera le remplacement.

clues3petitLa salle est déjà comble pour accueillir les montréalais de Clues, sur toutes les lèvres comme LE groupe à ne pas manquer ce soir. Et pour cause, les articles élogieux se multiplient à leur sujet (lire notre interview) suite à la sortie d’un premier album en 2009 chez Constellation. Le quintet démarre son set en douceur avec Elope et augmente progressivement la tension en enchaînant le syncopé Perfect Fit, le nouveau titre Disney Waltz et le sombre Crows .

L’alchimie est parfaite entre le chant fragile d’ Alden Penner, des riffs de guitare en crescendo et la solide base rythmique assurée par les deux batteries dans un ballet hypnotisant. Les membres du groupe n’hésitent pas à changer les rôles : Brendan Reed quitte sa batterie et prend le micro pour You Have My Eyes Now, d’une vulnérabilité passagère. Le groupe maitrise à merveille la tension mais préfère conserver un format pop plutôt que de faire durer les morceaux dans des plages de guitares progressives. Le public est conquis et le groupe reviendra pour deux rappels.

Alors qu’ils sortent un nouvel album cet hiver, The Golden Archipelago, Shearwater n’a pas totalement convaincu ce soir. Malgré le chant puissant de Jonathan Meiburg, le groupe n’atteint pas toujours l’intensité mélodique qu’il recherche.

Dans un registre plus dépouillé, The Tallest Man On Earth occupe avec charisme la scène, seul avec les envolées folk de sa guitare et des histoires qu’il nous confie de sa voix éraillée. On le croirait venu tout droit du midwest américain et pourtant, le jeune homme fait partie de la prolifique scène suédoise.

local_natives2petitIls sont pressentis pour être l’une des révélations de la scène indie en 2010 et pourtant les californiens de Local Natives se la jouent cool. A l’écoute du premier album de la formation californienne, Gorilla Manor, on pense (beaucoup) aux harmonies vocales de Fleet Foxes conjuguées à la pêche de Vampire Weekend et la formation est capable de nous offrir un paquet de bons titres sur scène : Camera Talk, Airplanes, Wide Eyes, les mélodies sont efficaces et le beat réussi.
Pourtant le set s’avère inégal et on n’arrive pas à l’enthousiasme espéré. Finalement, l’intensité s’amplifie et le groupe conclut sur le très réussi Sun Hands . De toute façon, l’envie de bien faire de Local Natives ne peut que leur attirer notre sympathie.

Pour conclure cette soirée exemplaire, Clara Clara vient faire démonstration de son énergie. Sur une batterie placée au centre de la scène, François Virot frappe comme un forcené, accompagné par une pianiste qui aime les notes aigües et une basse. Peut-être est-ce l’acoustique de la salle ou nos oreilles fatiguées, mais il devient difficile d’apprécier une telle fusion.

Pour les plus téméraires, la soirée se termine à l’Escalier Club avec la sélection de Krikor qui fera danser festivaliers, journalistes et artistes jusqu’à l’aube.

Crédits photo : Marc Loret pour alter1fo.com

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http://www.laroutedurock.com/ » href= »http://www.laroutedurock.com/ »>Le site du festival

[Les vidéos d'Arte Live Web->

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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