La Route du Rock #23

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Quatre jours à la mi-août pour rassembler les amateurs d'une programmation exigeante, promesse de belles découvertes pour les curieux et de rendez-vous incontournables pour les fins connaisseurs.

La Route du Rock a son propre microcosme, avec ses codes, ses valeurs, et une apparence de haut lieu de la hype qui ne résiste pas à une étude plus poussée. Dans quelle autre festival verra-t-on à la fois la fine fleur des groupes « indé », un stand de stickers aux slogans salaces proposé par un collectif qui s’appelle Les Gérards et un autre de galettes-saucisses, tout cela à quelques encablures de la mer ? Nulle part. Bien sûr, l’équilibre peut paraître précaire : des entrées pas toujours au rendez-vous (édition honorable cette année avec plus de 21 000 spectateurs), un temps très changeant voire apocalyptique, une économie en équilibre. Mais chaque année, la sauce prend et on redemande sa dose de Route du Rock pour tenir jusqu’à l’année suivante. Retour sur la livraison 2013 de notre came préférée.

Frontmen charismatiques

Nick Cave @ La Route du Rock 2013

Dans cette édition, peu de noms qui étaient connus au début des années 2000 : Nick Cave and The Bad Seeds, programmés le jeudi soir, faisaient office de vétérans. Ils n’ont nullement déçu les fans de l’imprécateur rock : démarrant très fort avec We No Who U R, puis poussant le superbe Jubilee Street sorti cette année dans ses retranchements, ils ont alterné furie et moments de grâce, à l’image d’un touchant Deanna. Une fois l’espace de la scène investi (et les photographes virés), Nick Cave est descendu près des barrières de sécurité et n’est que rarement remonté, sauf pour se mettre au piano, revenant sans cesse toucher les mains du premier rang. Déroulant trente ans de carrière avec The Bad Seeds, culminant sur The Mercy Seat, le set s’achève, en suspension, avec Push The Sky Away.

Passant sur scène juste après, les new-yorkais Chk Chk Chk (!!!) ne sauraient être qu’un autre groupe de post-punk sautillant. Ce serait sans compter leur longévité et leur ballerine attitrée, Nic Offer. Enchaînant les chorégraphies que vous ne verrez jamais au Club Med, le tout vêtu d’un caleçon du plus bel effet, il arrive en plus à garder le cap vocalement pour entonner les couplets déjantés de All My Heroes Are Weirdos (tiens, donc) ou le récent One Boy/One Girl extrait de Thr!!!ler. L’efficacité de la formule est cependant contrastée selon les titres, un peu de diversité dans le son des musiciens aurait permis de varier le centre d’attention du public.

Noirceur assumée

suuns

Officiant sur la petite scène des remparts malheureusement bien difficile d’accès, les Suuns vont bientôt prendre leur carte d’adhérent à Rock Tympans : c’est en effet la troisième fois que le groupe montréalais est programmé au festival en deux ans (une Collection Hiver et deux Collections Eté). La bonne raison en est la sortie de leur second album, Images du Futur. Délaissant les titres les plus « dansants », le groupe laisse planer un sentiment de danger sur le Fort. Sur Bambi, dont Ben Shemie susurre les paroles plus qu’il ne les chante, il transforme peu à peu la tension en sensualité empreinte de noirceur. Une évolution réussie par rapport à leur prestation de 2011.

Leur rareté rend leurs performances d’autant plus attendues : après un silence de dix ans rompu par la sortie d’Allelujah! Don’t Bend! Ascend!, fin 2012, le collectif montréalais Godspeed You! Black Emperor a également repris les tournées. La formation phare du label Constellation cultive ses zones d’ombres et défend farouchement son indépendance à l’heure de la concentration des majors. Une quête de plénitude artistique et sociale qui infuse leur musique : les morceaux de Godspeed You! Black Emperor sont de longues litanies de guitares post-rock, de violons, de violoncelle, embarquant ceux qui veulent bien s’y abandonner. Une heure et demie, cinq morceaux. Le set démarre avec Hope Drone et ses notes de guitares acérées passant dans le ciel malouin comme des étoiles filantes. Puis place à la chevauchée épique de Mladic, extraite d’Allelujah!…. Hermétique pour les uns, scotchant pour les autres, ce concert sera celui des avis divergent. Pour notre part, nous sommes conquis, l’esprit encore obsédé par la dernière montée en puissance du final World Police and Friendly Fire.

Trips psychédéliques

Entrée en matière au festival en ce qui concernait puisque nous n’étions pas présents à la soirée du mercredi soir programmée à la salle La Nouvelle Vague (avec Austra, Julia Holter et Clinic), nous retrouvons Orval Carlos Sibelius sur la Plage du Bon-Secours. Ecouter les balades intersidérales composées par Alex Monneau les pieds dans le sable, c’est un peu comme regarder en mode ralenti le film de ses vacances tournés en Super 8. Une délicieuse impression d’irréalité flotte dans ces ritournelles, portées par la voix d’outre-espace et la trompette. Décollage réussi.

Moon Duo @ La Route du Rock 2013

Un peu plus tard dans la soirée, les Moon Duo ont servi leur cocktail de boucles de guitares et de synthés, qui pourrait porter le nom de San Francisco gurus. Démarrant avec le single Sleepwalker, ils ont préféré doucement hypnotiser la foule que de trop l’exciter. Plaisant, mais on essaiera de se refaire le trip dans un cadre plus propice à la réelle élévation spirituelle.

Cette année, le tie and dye est très hype (ça, et les ananas il paraît). La preuve, avec les Australiens de Tame Impala. Programmés sur la scène du Fort le dernier soir du festival, ils ont bien évolué depuis qu’on les avait découverts au festival nantais SOY en 2010 : défendus avec une fougue juvénile, les morceaux étaient triturés et étirés. Désormais, c’est la puissance du son qui prime. Si la formule est efficace sur des titres comme Why Won’t You Make Up Your Mind ou Apocalypse Dreams, elle prend beaucoup moins sur le décevant Solitude is Bliss. la faute à quelques problèmes techniques, mais aussi à la construction de la setlist qui, après un bel enchaînement Half Full Glass of Wine / Elephant, fait retomber l’enthousiasme du public aussi sec avec Be Above It, dont la version plus diluée ne prend pas vraiment. On salue l’esprit des 70′s, mais on repassera pour l’euphorie colorée promise.

Si Fuck Buttons faisait partie des noms les plus attendus du festival, la performance du duo ne nous a pas convaincus. Malgré le potentiel planant de leurs textures instrumentales, nous n’avons pas décollé.

Pop voyageuse

Local Natives @ La Route du Rock 2013

Nous vous parlions plus tôt cette année des aventures d’Efterklang dans le Spitzberg, où ils ont enregistré les sons à l’origine de leur dernier album Piramida. Les danois étaient invités à partager leur orfèvre devant le public malouin et ce, juste avant GY!BE, ce qui les ravit en fans du groupe qu’ils sont. Le set est un peu sage par rapport à leur dernière prestation parisienne au Trabendo par exemple, où ils jouaient sensiblement la même setlist, mais le trio à l’origine des compositions peut toujours s’appuyer sur le talent et la grâce des musiciens les accompagnant sur scène. Favorisant les titres de leurs deux derniers albums, Efterklang passe des constructions d’I Was Playing Drums aux envolées lyriques de Modern Drift, avant de dévoiler davantage de l’ambiance feutrée de Piramida. Le public a l’air emballé et le groupe revient le saluer avec Monument, tout en douceur.

En seulement deux albums, Junip a réussi à dépasser le raccourci « groupe de José  Gonzalez » pour défendre sa personnalité propre au travers de deux délicieux albums. En début de soirée au Fort de Saint-Père, il suffit alors de se laisser porter par les notes de guitare acoustique, les montées de synthé, une recette qui berce le public sur Without You et Walking Lightly, avant de monter en intensité sur Line of Fire. Bien que le groupe soit toujours impeccable musicalement, il lui manque un brin de groove qui ferait évoluer la formule en live.

Joli concert pour les Local Natives, dont les titres extraits du deuxième album Hummingbird ne renouvellent toutefois pas vraiment la veine explorée avec Gorilla Manor. On entonne avec nostalgie « I want you back, back, you back » du refrain d’Airplanes en souvenir de la Collection Hiver du festival, en 2010.

Headbanging et déhanchés

Les prometteurs Bass Drum of Death ont fourni quelques bonnes raisons de pogoter : ambiance surf rock avec Crawling After You, gouaille rock’n'roll avec Shattered Me, le groupe semble vouloir perpétuer l’esprit de la Bay Area du début des années 90. Comme pour la plupart des concerts situés sur la Scène des Remparts, nous avons eu du mal à entrer dans le live de Parquet Courts, dont l’énergie n’a pourtant pas fait défaut.

Hot Chip @ La Route du Rock 2013

En conclusion du festival, le combo Hot Chip / Disclosure mettait l’expertise anglaise à disposition des festivaliers pour finir cette dernière soirée comme il le fallait. Toujours à la limite du kitsch, les Hot Chip ont livré une très bonne performance, comptant l’inévitable Ready For The Floor et le plus récent How Do You Do, joué en guise d’entrée en matière, entraînant une irrésistible envie de se trémousser.

Duo électro à la mode house, Disclosure aime fait danser sans complexes, sur un son bien produit et conçu pour les clubs (d’où son moindre intérêt sur disque). Les titres issus de leur premier album Settle s’enchaînent, la bonne surprise étant la formule live avec batterie électronique, guitare, et même de la voix. Efficace, sans complications, on n’en demandait pas plus pour clore cette très bonne édition de la Route du Rock.

Crédits photo : Sarafossette

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Site du festival : http://www.laroutedurock.com
Revoir les concerts sur Arte Live Web : http://liveweb.arte.tv/fr/part/La_Route_du_Rock/

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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