La Route du Rock #22

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Le soleil était la tête d'affiche de cette 22ème édition de La Route du Rock. Riche en découvertes, le festival malouin est resté jeune dans sa tête.

Image de Les_Gerards_2 A la vue de l’affiche de cette 22e collection Eté de la Route du Rock, difficile de prédire quelle soirée sur les trois (10, 11 et 12 août) aurait le plus de succès. Plutôt que de privilégier des têtes d’affiche, cette édition était l’occasion de vérifier sur scène la réputation de quelques noms maintes fois lus et entendus depuis le début de l’année par le lecteur assidu de blogs et magazines musicaux. Avec une fréquentation en baisse (14 500 entrées), le festival a toutefois pu compter sur ses aficionados. Venus bronzer en masse sur la plage du Bon Secours le long des remparts de Saint-Malo au son des sets de Don Nino, Ela Orleans ou Jonathan Fitoussi, ils ont remisé les bottes portant encore les stigmates des dernières éditions pluvieuses pour fièrement arborer lunettes de soleil, bikinis et crème solaire. On vous en parlait l’année dernière, les Gérards sont revenus en force cette année avec une collection de stickers permettant de varier les plaisirs; comme autant de haïkus disséminés sur les dos, les sacs et les torses des festivaliers. Poésie, quand tu nous tiens.

Sweet ol’ luscious Life

Pour les débuts de soirée réussis, Veronica Falls, Alt-J et Patrick Watson se sont tirés avec brio de cette tâche jamais simple. Ce dernier, très détendu (« eille ya tellement de soleil qu’on est un peu comme dans un barbecue sur la scène« ), fumant et buvant, commence son set comme débute Adventures In Your Own Backyard sorti cette année : avec le majestueux Lighthouse, s’envolant sur quelques notes de trompette. Excellant au piano et accompagné de plusieurs musiciens talentueux, Patrick Watson nous régale avec Into Giants, puis rejoint ses musiciens au centre de la scène, ambiance boeuf. Luscious Life clôture le set, seul extrait de l’album Close To Paradise qui nous avait fait découvrir le groupe en 2007 lors de leur premier passage à la Route du Rock. Pour creuser le sujet, on préfèrera voir le groupe en salle à l’occasion.

Au Palais du Grand Large le samedi après-midi, les Canadiens Memoryhouse devaient ouvrir pour Dominique A, qui après son set au Fort vendredi soir, récidivait pour jouer son album La Fossette, quel que 20 ans après sa sortie (et quatre passages à la Route du Rock). Les aléas de la tournée de Memoryhouse ont finalement eu raison de ce programme, et c’est avec trois heures de retard que Denise Nouvion et Evan Abeele prennent finalement place. Un peu fatigué et peut-être déçu du mauvais timing, le trio (un batteur les accompagne sur scène) remise les envolées de guitare, mais enchaîne les titres rêveurs de leur premier EP The Years (Lately) ainsi que de leur premier album The Slideshow Effect. Égrenant les polaroïds fanés de leurs plus jeunes années (« It started when we were younger« , Walk With Me), Memoryhouse crée un univers cohérent et attachant, au fil du timbre de voix cendré de Denise Nouvion et des nappes de synthétiseur.

Beaucoup moins rose bonbon, le set de Cloud Nothings dimanche soir. Plutôt noir strié d’éclairs, une parfaite introduction pour cette soirée pêchue. Le groupe de Dylan Baldi fait résonner une énergie grunge dans un brouillard de guitares savamment orchestré, laissant dériver les morceaux beaucoup plus loin que sur l’album. De l’écoute d’Attack On Memory, dernier en date sorti cette année, on ressort un peu sonné, mais convaincu de leur maîtrise. Les titres No Future/No Past et Wasted Days nous ont convaincus du sérieux de l’entreprise des Américains.

Night Drive

Samedi soir, grosse affluence sur le Fort : sûrement l’effet de The XX. Déprogrammés à la dernière minute lors de la collection Hiver du festival en 2010, et malgré une sortie tardive de leur album prévue seulement en septembre prochain, ils étaient particulièrement attendus au tournant. C’est d’ailleurs avec Angels, le premier titre extrait de Coexist que le trio installe l’ambiance du concert , minimaliste et très calculée. Si Romy Madley Croft peine à trouver ses repères vocaux au début du set, l’appui d’Olivier Sim sur Islands semble lui redonner un regain d’assurance. Leur complicité devient évidente. En retrait, Jamie XX assure le service beats, qu’il distille avec parcimonie. Alors que le public s’apprête à danser sur Crystalized, le trio préfère une version planante un peu frustrante. Au contraire, Shelter retrouve une énergie intéressante lors de sa transposition scénique. Misant sur les effets pour créer une ambiance à l’aide de fumigènes, et surtout de visuels projetés sur les gros X installés au fond de la scène, The XX maîtrise l’art de la tension, mais reste un peu superficiel.

Autre groupe repéré dans le guide du routard des voyages nocturnes, Chromatics ne nous a pas déçus dimanche soir. Avec ses airs de biche effrayée par les phares d’une voiture, Ruth Radelet mène la barque du groupe de Portland à travers les synthés très marqués années 80 de leurs albums Night Drive et Kill For Love, sorti cette année. C’est ainsi sur le superbe Lady que commence ce set pêchu, qui nous donne enfin l’occasion de nous déhancher un peu. Avec l’hypnotique In The City, on s’imagine en voiture les yeux rivés à la fenêtre, les lumières de la ville qui défilent et strient le capot. La contribution du groupe à la bande originale de Drive en 2011 avec le titre Tick Of The Clock n’y est peut-être pas pour rien. Bien construit, ce set restera pour nous un beau moment du weekend.

Alors qu’on peut admirer le ciel étoilé au-dessus du Fort, The Soft Moon brille en deuxième partie de soirée, vendredi. D’abord composée par  Luis Vasquez , rejoint sur scène par deux musiciens, la musique du Californien et d’un noir assumé, entre post-punk et krautrock, navigant entre des sons de guitare à la Joy Division et un jeu très friand d’effets à la manière des New-Yorkais A Place To Bury Strangers. Ces influences lui donnent un son qu’on situe plus volontiers sur la carte à Manchester ou Berlin qu’à Oakland. Appuyé par un jeu de lumière qui remplace les visuels absents pour cette tournée, Luis peut enfin se lâcher au niveau vocal. Il confie en effet en conférence de presse avoir enregistré The Soft Moon chez lui, et donc d’avoir limité le chant pour le bien-être du voisinage. Le prochain album prévu en octobre a été enregistré dans un vrai studio et on devrait donc y retrouver de cette déferlante scénique.

Pour les nostalgiques de Mazzy Star, la soirée dominicale fut celle de l’écoute religieuse, bercée par la voix délicieuse de Hope Sandoval. Beaucoup de balades mélancoliques, certes, mais aussi une sorte de road trip dans la musique folklorique américaine, portée par les images projetées sur un écran géant occupant tout le fond de la scène. Et en guise de climax, le quart d’heure américain avec Fade Into You.

Roots of rock

Alors qu’on avait entendu quelques-uns scander « c’est mouuu » vendredi soir, et il est vrai que la soirée n’a pas vraiment décollé, ce ne fut pas le cas samedi et dimanche. Les Londoniennes de Savages ont ainsi été les premières à se sacrifier pour la cause rock. Avec quelques excellents titres (Husbands par exemple, titre de leur EP et hommage à Cassavetes) et d’autres manquant de subtilité, elles auront toutefois fait preuve d’une belle maturité et d’une impertinence nous rappelant The Slits.

À côté de tous ces jeunes musiciens frétillants, Mark Lanegan et Stephen Malkmus assuraient la caution vieux briscards de cette édition. Aujourd’hui exilés de leur formations respectives (Screaming Trees et Pavement, encore qu’une réunion de ces derniers a eu lieu l’année dernière), ils ont réussi à se renouveler. Si on attendait Malkmus un poil plus impertinent, Lanegan et son Band nous ont ravis d’un Blues Funeral au rythme infernal.

Talonnant The National pour le titre de groupe indie rock le plus classe de la côte Est américaine, on avait pourtant trouvé The Walkmen un brin poseurs avec leur dernier album Heaven. Nos doutes se sont dissipés à la vue de leur prestation malouine, impeccable et généreuse.

Pour clôturer le festival, Hanni El Khatib déjà croisé aux dernières Trans Musicales nous a fait le plaisir de revenir avec set repensé, quittant la formule en duo guitare-batterie pour intégrer un troisième musicien, quitte à augmenter un peu le volume. Le Californien perd alors un peu de sa vibe blues, mais gagne en intensité et évite la redite. Bien joué.

Les outsiders

La petite scène de la Tour offrait de belles claques cette année avec Colin Stetson, le saxophoniste au souffle continu et Willis Earl Beal, qui avec son magnéto et sa voix incroyable a réveillé la flamme de la soul. Les deux hommes ont  ponctué leurs sets de demandes d’encouragement, nourrissant leur performance de la proximité avec le public, au sens propre du terme.

Arrivé à la fin de ce live report, notre lecteur s’interroge alors : quid de Spiritualized, Dominique A, Squarepusher, Breton ? N’ayant pas été particulièrement sensibles à leurs charmes, nous vous invitons à visiter d’autres comptes-rendus pour en saisir la substantifique moelle.

Brèves de comptoir

« J’ai entendu un gars seul au micro, qu’est ce qu’il chantait bien ! » – Une mamie à Châteauneuf, commune voisine du Fort de Saint-Père.

« Nan, mais The XX ils sont en costard maintenant, ce sont des vendus » – une festivalière

« Je suis fan d’Alan Stivell » – Stephen Malkmus

Crédits photo : Nicolas Joubard pour La Route du Rock.

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

1 commentaire

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  1. 1
    Cédric
    le Mardi 14 août 2012
    Cédric a écrit :

    Rah, j’aurai aimé y être rien que pour Chromatics.
    La voix de Ruth, les mélodies synthétiques de Johnny Jewel et les chansons de l’excellent Kill For Love.

    Sinon comme toujours, une excellente et audacieuse prog ce festival! Faudra vraiment que je fasse l’effort d’y aller un jour.

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