La Route du rock

par Elea Brown|
Passer trois jours dans le plus corsaire des festivals, c’est l’occasion de partir à l’abordage de nouvelles contrées musicales, d’approcher les grands capitaines de la flotte indie, de siroter des rhums à quelques encablures de la plage. Bref, on ne pouvait pas manquer ça. Récit à deux voix du rendez-vous de l'indie way of life.

Julia

Shoegazing kids

Les modes, c’est bien connu, ça revient tous les trente ans. Il ne faut donc pas s’étonner de voir autant de représentants de la famille shoegaze cette année, et le duo de programmateurs de la Route du Rock a même poussé le bouchon jusqu’à consacrer la première soirée du festival au genre.

deerhunterpetitAu top de la coolitude, on place la bande à Bradford Cox, Deerhunter . Auteurs du remarqué Microcastle, le groupe nous avait posé un lapin il y a six mois pour l’édition hiver du festival.
Questionné sur la préparation d’un nouvel album en conférence de presse, Bradford nous explique qu’il est actuellement en pleine recherche, plus dans l’apprentissage que dans la création : « Je n’ai écouté que Neil Young ces derniers mois, avant de récemment passer à Fleetwood Mac » .

Sur scène, Deerhunter privilégie le côté planant des ballades de Microcastle, mais ne livre pas un concert à la hauteur de nos espérances. Nothing Ever Happened restera le morceau le plus captivant, surtout lorsque la structure pop laisse la place à une outro de rock progressif.

Si vous cherchez le groupe le plus jazzy du post-rock, Tortoise est tout indiqué. Selon les conversations captées sur le festival, ils auraient sorti leur dernier album il y a dix ans, ou n’auraient sorti que deux ou trois albums en vingt ans dont il n’y aurait pas de quoi faire un plat. Bizarre téléphone arabe, puisqu’en fait le groupe a sorti un album tous les deux ou trois ans depuis 1994 et a accouché cette année de Beacons of Ancestroship . Difficilement classables, les chicagoans mélangent musique expérimentale, jazz, rock, post rock au sein d’un dispositif scénique mettant en avant la section rythmique avec deux batteries. Si le set finit par être répétitif, il reste passionnant pour ses constructions élaborées.

On ne gardera malheureusement pas en mémoire la prestation de My Bloody Valentine, vus pour la légende. Si certains vivent une réelle expérience sonore pendant le concert, d’autres prient de ne pas devenir sourds à l’issue du show. Les rois du shoegaze repoussent les limites de la musicalité, mais sans qu’on puisse en apprécier les expérimentations, faute à un volume beaucoup trop élevé. On discerne quand même quelques mélodies mythiques ( Only Shallow, When You Sleep ), très efficaces pour voyager dans le temps.

aplacePartant avec un handicap puisque programmé pour la relève de MBV, les New-Yorkais de A Place To Bury Strangers s’en sortent avec les honneurs. Réputés pour avoir une fâcheuse tendance à rameuter la police à leurs concerts à cause d’un volume sonore incompatible avec le voisinage, le trio que nous avons pu rencontrer en interview nous confie que sons prochain défi est de faire venir les pompiers et la police de New York simultanément, ce qu’on leur souhaite évidemment.

Les oreilles fatiguées, on manque la majeure partie du set de Snowman, remplaçants au pied levé de The Horrors . On retrouvera cependant les Australiens en session acoustique pour la Ferarock le lendemain à l’espace presse, dans un style totalement différent de leur prestation scénique. Une bonne surprise qui donne envie de se pencher plus sérieusement sur leur pedigree discographique.

Pop Is Not Dead

Ah qu’il est bon de refaire le plein de mélodies en ce 15 août, après avoir fait le plein de soleil grâce à un temps étonnamment clément.

Aperçue aux côtés de Sufjan Stevens ou The Polyphonic Spree, St Vincent est une jeune femme pleine de ressources. En solo et armée d’une guitare, elle déverse des flots de mélodies folk ou de rage rock sans se dépareiller de sa classe. Pourtant, l’ennui pointe assez vite, et on profitera de la fin du set pour déguster une galette saucisse en attendant l’entrée sur scène de Papercuts .

Projet de Jason Quever, la formation a sorti cette année un troisième album, You Can Have What You Want, naviguant entre joie et nostalgie, brouillards et rayons de soleil, dans un style qui emprunte autant à la dream pop des années 60 qu’au revival shoegaze. Ce soir les mélodies s’accordent au jour déclinant, et on se prend à rêver d’épopées San Franciscaines.

camera_obscura2petitDu côté de l’Écosse de Camera Obscura, la voix de Tracyanne Campbell a ce don pour nous transporter dans des pop songs intemporelles, du sautillant French Navy au contrasté Honey In The Sun . Malheureusement, on n’en verra qu’une partie pour ne pas manquer la conférence de presse de la sulfureuse Peaches . Lorsqu’on arrive, elle semble déjà bien remontée contre les journalistes présents, ne voulant plus parler de féminisme, de sexe, mais seulement de son nouvel album I Feel Cream . Peine perdue, un journaliste la provoque davantage et en prend pour son grade.

C’est ce moment que choisissent les toujours hype The Kills pour monter sur scène. Délaissant le côté obscur des premiers opus, leur dernier album Midnight Boom prend sur scène un aspect résolument pop rock. C’est frais, c’est dansant, mais pour la démonstration scénique, on penche pour Peaches . En vraie héroïne glam, celle-ci monte sur scène affublée d’une pêche rose géante en guise de robe. Pas pour longtemps, puisqu’elle change de tenue presque à chaque nouveau titre, tout en assurant vocalement. Accompagnée de son groupe Sweet Machine et de deux danseuses aux perruques géantes qui, selon la rumeur, sont des bénévoles du festival recrutées pour l’occasion, elle ne laisse pas vraiment de répit aux spectateurs.

Dommage que musicalement, les nouveaux titres se résument souvent à un refrain punchy, quelques provocations faciles (« Do you want me to be a slut ? ») et des beats dance. Finalement, Peaches nous aura offert une belle occasion de nous défouler, et c’est peut-être tout ce qu’on lui demande.

It’s The Beat

C’est dimanche, et nous prenons enfin la route de Saint-Malo pour profiter confortablement des concerts du Palais du Grand Large. Après une interview avec les deux new-yorkaises de Telepathe (prononcer « Télépathie »), nous les retrouvons sur scène au milieu de machines et d’une batterie, installation représentative de leur style : une électro pop feutrée jouant sur les cassures de rythmes.

Alors que sur le très bon album Dance Mother il est parfois difficile d’entrer dans les boucles hypnotiques, le fait d’être assis confortablement et les éclairages réussis nous plongent dans la bulle créée par des titres comme Chrome’s On It ou In Your Line . Les deux jeunes filles restent dans la pénombre, et au moment du titre le plus pop, So Fine, leurs invitations à se lever pour danser ne font bouger que les premiers rangs. La torpeur dans laquelle sont plongés les spectateurs après deux jours de festivités n’y est pas pour rien.

Pas vraiment convaincus par la prestation de Gang Gang Dance, les dix minutes de percussions jouées en boucle en guise d’introduction nous ayant un peu assommés, nous retrouvons la route du Fort de Saint-Père pour déguster les talents de songwriting de Bill Callahan . Le ton est grave, les mélodies sont poignantes ( All Thoughts Are Prey To Some Beast ), mais le set ne penche jamais vers la mélancolie et offre toujours une belle lueur d’espoir pour nous offrir l’un des plus beaux concerts du festival.

grizzlyAprès cela, les sautillements et les sifflements d’ Andrew Bird, s’ils ne manquent pas de charme, semblent manquer de profondeur. Si on manque Dominique A, qui à entendre le public l’acclamer, livre un très bon concert, on est parfaitement à l’heure pour accueillir Grizzly Bear . Bien parti pour être sacré meilleur album de l’année, leur Veckatimest sera largement représenté ce soir. Sillonnant les pics et les vallées de Southern Point, les envolées lyriques de Ready, Able, et le swing de l’incontournable Two Weeks, les quatre Américains livrent une très belle prestation vocale. S’il fallait leur reprocher une chose, c’est de ne pas avoir suffisamment entraîné le public avec eux en collant trop à l’album.

Changement de registre pour la fin de la soirée, les beats de Simian Mobile Disco transforment la cathédrale érigée par Grizzly Bear en rave party chic. Avec Audacity Of Huge, It’s The Beat, ou Tits & Acid, les talents de production de James Ford et James Shaw ne sont plus à démontrer. Plus les beats sont violents, plus le public en redemande.

On laissera le soin à Autokratz de clôturer la soirée, certainement la meilleure du festival.

Elea Brown

 » T’as vu quoi comme concert toi ? » est à peu près la question qui est revenue le plus souvent à mes oreilles au cours de cette Route du Rock 2009 édition Eté avec  » on s’connaît, non ? », mais ça, ce doit être parce que j’ai un double du côté de Saint-Malo.

Petite précision, je, chroniqueuse radio de mon état, n’étais pas venue à la Route du Rock pour me gaver de concerts à n’en plus pouvoir.
Quand on a la chance d’avoir un plateau radio en haut d’une colline et des invités qui s’y succèdent, on y reste, non ?
Ce que je cherchais et que j’ai trouvé, ce sont des rencontres, autour d’une table, et une chanson inédite, jouée rien que pour nous, un regard, un sourire, rien que pour nous !
Ceci dit, j’ai mis un point d’honneur à aller voir tous les concerts de la plage.
Parce que cette année, la programmation de la plage a été confiée à trois Labels Indé: Collectif-Effervescence, Talitres et Kütü Folk et nous, en radio, l’indé, on le défend en long en large et en travers.

patrioticpetitÀ la plage c’est gratuit, tout le monde peut y venir, comme il est, comme il veut, alors oui, c’est une chance que d’y jouer même si, jouer devant des gens en maillot d’bain, ça ne doit pas être facile, facile.
J’ai dû fermer les yeux pendant The Delano Orchestra, trop d’lumière et tous ces gens…

J’ai presque eu envie de les téléporter (les musiciens, hein) dans le Palais du Grand Large et de fermer la porte et de les garder rien que pour moi avant de repartir sur les chapeaux de roues, prendre des photos, immortaliser ces instants autrement que radiophoniquement.

Au final, elle a vu quoi comme concerts ? On en revient toujours à la même question.
A Place to Bury Strangers, qui contre toute attente est celui qui restera gravé dans ma mémoire.
Les Kills que j’attendais m’ont déçue, non pas parce qu’ils étaient mauvais, mais parce que j’aurais aimé les avoir à moi toute seule.
Tout est relatif, voilà ce que j’ai appris, les avis diffèrent, et la subjectivité dans tout ça ?
La subjectivité, grande absente de ce festival ! Mais que demander de plus avec une telle programmation, au fond.
C’est sûrement ce qui fait le charme de ce festival. Les gens vont voir des concerts, les vivent, s’en délectent.
En plus, il n’a pas plu cette année.

Un regret : ne pas avoir vu Forest Fire qui jouait au Palais du Grand Large quasi en même temps que The Patriotic Sunday à la plage.
Découvrir le prochain album de The Patriotic Sunday sur une plage c’est un peu un privilège dont on ne saurait se priver.

francoispetitUn coup de coeur : inévitablement Snowman, dont je n’ai pas vu le concert, mais ils sont venu nous interpréter The Blood of the Swan, sur l’herbe, on en frissonne tous encore, c’est exactement ce que j’étais venue chercher à Saint-Malo cette année: un frisson, un coup de coup d’coeur.

Me reste pour conclure à remercier les passionnés de musique présents cette année qui ont croisé ma route et cette dédicace, je la dois à peu près à François Floret, programmateur et directeur du festival de son état.

Crédits photo : Elea Brown

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En savoir +

http://www.laroutedurock‘>Le site du festival
Des sessions acoustiques sur http://www.grandcrew.com/‘>Grandcrew.com
Des vidéos des concerts sur http://liveweb.arte.tv/fr/part/La_route_du_Rock/‘>Arte Live Web
Le site de la http://www.ferarock.com‘>Ferarock

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