La révolution des Puppetmastaz soulève le Cabaret Aléatoire | Marseille | 21.04.2012

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En ce week-end électoral, les Puppetmastaz venaient présenter au Cabaret Aléatoire de la Friche de la Belle de Mai à Marseille leur dernier bébé, Revolve and Step Up !. Après avoir explosé en plein vol à la suite de The Break Up !, les Puppetmastaz sont de retour. Plus énervées que jamais. Avec une irrésistible envie de bousculer les stéréotypes et les manières de penser, la révolution tant espérée des Puppet' a pourtant encore vascillé : la France, dimanche soir, est toujours frappée d'un mal profond. La peste noire.

Le Cabaret était quasi-plein. Il faut dire que l’annonce de la reformation des marionnettes berlinoises a mis un peu de poussières d’étoiles dans le ciel de la scène hip hop actuelle. Parties à la fin de l’année 2011 dans l’espace avec l’espoir de rassembler à nouveau tous les membres éparpillés du groupe, les Puppets sont revenues sevrées. Sevrées d’aventures solos plus ou moins réussies, mais avec l’intime conviction que reformer Puppetmastaz serait un immense coup de fouet dans le monde des humains. Bien décidées à repartir à l’assaut, les Puppets ont brandis leur étendard pour montrer qu’elles étaient toujours maîtres en leurs terres. Et ça, personne ne pourra le remettre en question.

Avec un sound system entièrement refait, la salle du Cabaret Aléatoire était parée à faire front. Et avant même de franchir le portail de cette ancienne friche SNCF reconvertie en un haut lieu de la culture alter’ marseillaise, les murs tremblaient déjà face aux beats balancés sur Blake Worrell, MC des Puppetmastaz, chargé d’assurer la première partie. Musicalement très proche du dernier opus des Puppets, Blake Worrell a ainsi amené tranquillement un public déjà chaud bouillant pour une grosse demie heure de show. Si l’on sentait bien que le gus avait davantage sévit avec une marionnette au bout des doigts qu’en face en face avec son public, ce dernier a pu nous délecter d’un hip hop poisseux taillé pour ce genre de soirée.

Et c’est dans un gros fracas que les marionnettes finissent par pointer le bout de leur nez… Dans une salle surchauffée, c’est bien entendu Mr Maloke, Snuggles, Froggy et Duck qui ouvrent le bal. Avec une mise en scène une nouvelle fois recherchée, les Puppets comptent bien appuyer là où ça fait mal : le show semble être orienté vers l’intensité, là où les touches dubstep développées récemment risquent d’être plus présentes. Cette déferlante électronique va nettement se faire ressentir sur la première partie de set… Plus crasseux, moins funky, la Puppet Revolution va tout d’abord passer par ses dernières compos : Fresh Day, saturé, ou Plus Ultra Revolution copieusement martelé par des beats dévastateurs. Mais le gang des marionnettes a plus d’un tour dans son sac, entre séquences déjantées de prise de contrôle comme sur Dschinni of Glas et les sorties d’étendards, les Puppetmastaz savent garder leur public en haleine. Toujours entrecoupés d’interludes permettant de suivre leur histoire, le spectateur peut désormais comprendre ce que les marionnettes ont pu rencontrer dans l’espace avant de pouvoir revenir hanter la Terre. L’équipe, enfin au complet, peut remonter dans le vaisseau spatial qui apparait subitement devant nos yeux embrumés.

Avec des souvenirs plein la tête et des prises de becs enfin atténuées, le hip hop plus déjanté d’antan peut refaire surface : que ce soit sur Martian Juice issu de Creature Shock Radio (2005) ou sur Animals issu de The Takeover (2007), la machine reprend du service. Oldschool et toujours aussi décalé, la bande en Maloke profite de cette ellipse temporelle pour ouvrir la porte du vaisseau et enflamme les planches en chair et en os. Ayant choisi de conserver les costumes, la troupe interprète jusqu’au bout son personnage… Maloke serait presque trop imposant avec son immense chapeau avant que The Duck, terriblement en forme, secoue le crew. Dans l’euphorie, on sort des tiroirs le track Mr Doubt avec ses allures country et surtout un énorme Reservoir Foxin du bon vieux temps. The Duck, au flow ragga dévastateur, s’est taillé sa part du gâteau lorsque le morceau s’est brutalement transformé en brûlot drum’n'bass. Finalement, la seule ombre au tableau de cette escale sera la baisse d’intensité notamment durant le (presque) parlé Turnit Into Gold ou le plus rock Entertainers.

Mais le groupe a démontré qu’il avait encore plus d’un tour dans son sac : les guests (tels que Beat de Mr Oizo, Maître Yobo, le jumeau de Maître Yoda, ou encore R2D2…) se sont encore invités à la fête. On gardera en tête l’affrontement violent entre Maloke et Snuggles contre les nouveaux membres des Puppetmastaz (pour symboliser les nouvelles et anciennes Puppets), à coups de pistolets lasers et explosions en tout genres. D’abord haineux, Maloke s’entêtera de faire jouer « ensemble » cette nouvelle grande famille. Pour l’illustrer, autant faire un morceau qui dépote : Full Bashment peut s’enchainer sans accroc, très dubstep, d’une rare violence. Plusieurs enceintes de la salle n’ont pas résisté. L’affront en ligne de mire, le groupe s’offre quelques parades sur The Break Up (2009) avant de balancer du gros son, Mastaz of Ceremony, pépite de Revolve and Step Up !.

Les chiens sont désormais lâchés : avec plusieurs rappels pour contenir une salle surchauffée, l’incontournable Midi Mighty Moe provoque l’effervescence. Face à l’engouement affiché, les Puppets sont obligées d’enchaîner avec les hits de l’époque de l’excellent Creature Shock Radio (2005) : vague underground sur le très urbain Bigger The Better repris en chœur par le public pendant que Do The Swamp poursuit le délire sur ses notes funky et cuivres psyché. Puis la scène s’éteint brusquement. La fin ? Les Puppets bougent encore ! Un ultime appel à contribution est demandé aux marseillais : il faudra chanter avec le crew sur des « say no, say yeah ! » avant de prendre définitivement le contrôle de la salle. Le disco/groovy Puppetmad se charge du reste pour clôturer la soirée comme il se doit mais le groupe, toujours aussi sincère, a semblé apprécier le concert : en guise de dernier cadeau, les Puppetmastaz ont rejoué Mastaz of Ceremony. Et il procura le même effet.

Après avoir remercié plusieurs fois Marseille, les Puppets sont parties pour de bon. Le Cabaret Aléatoire transformé en théâtre musical éphémère va pouvoir retrouver une vie normale. Il n’aura fallu qu’une heure quarante cinq, même si le set a parfois souffert d’irrégularité, pour oublier les deux années où les marionnettes avaient décidé de quitter le monde des humains. En gravitant autour de la Terre, la soirée aura confirmé deux points : leur côte de popularité en France est toujours au beau fixe et, surtout, de leurs cendres, les Puppets ont ressuscité.

Crédits photos : Julie Hascoët

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Site officiel : http://www.puppetmastaz.com/

A lire également sur Discordance :

Chronique Revolve and Step Up ! Puppetmastaz (Mars 2012) : http://www.discordance.fr/puppetmastaz-revolve-and-step-up-44583

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 23 mai 2012
    broste a écrit :

    Yes ! Tu m’as fait revivre le concert, mais je pense que le « Duck » dont tu parles s’appelle en réalité Tango

    La bise

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