La rentrée du Prince Miiaou @ la Flèche d’Or (+ Balinger et Bow Low) | 26.11.2013

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Cela faisait un bail qu'on n'avait pas eu de nouvelles du Prince Miiaou. Jusqu'à ce clip, diffusé très récemment, et l'annonce de ce concert à la Flèche d'Or. Et comme, avec un clip tout neuf lui aussi, on avait très envie de revoir Balinger en live, l'occasion était plutôt belle.

BALINGER performing in Paris © Mauro Melis

C’est Balinger qui ouvre le bal sur les coups de 20h et des poussières, devant une salle bien remplie malgré l’heure, preuve s’il en est qu’il compte déjà nombre d’adeptes.

C’est une deuxième fois en live, et bien davantage que la première fois (à relire ICI), on goûte les nombreux atouts du groupe. La voix de Jim Rosemberg est ce qui marque d’emblée. Reconnaissable entre toutes, elle offre à Balinger cette signature vocale qui fait sa singularité. On aura beau avoir lu une qualification de « rock folk » à leur endroit (et mieux compris pourquoi ceci dit, à l’écoute très récente de leur EP, excellent), en concert le timbre du chanteur est indubitablement celui d’un rockeur, de cette race à chanter les plus belles ballades – comme en son temps Klaus Meine des Scorpions. Outre la voix, ce sont les compos qui transforment l’essai de façon définitive. Rien de basique chez Balinger, rien de répétitif, ni sur la durée du set, ni même à l’intérieur des titres. Qu’elles soient hyper énergiques ou bien plus lentes pour mieux décoller (comme ce très beau Ghost dont on vous offre le clip, joué ce soir en guitare-voix), on se rend compte que les mélodies avaient déjà laissé leur empreinte sur une première fois. Au fil des morceaux, la qualité de l’ensemble s’impose alors, pour intéresser intensément d’abord, avant d’impressionner durablement. En cerise sur le gâteau, si on sent qu’il y a de l’intelligence et de la finesse musicale chez les Balinger, on sent aussi qu’il y a du cœur. N’en jetez plus, la maison affiche complet sur tous les critères. Du 100%.

BOW LOW performing in Paris © Mauro Melis

On passera rapidement sur Bow Low, pas convainquant dans son registre pop (rock ?) à vocation dansante. Peut-être en raison d’un trop de poses et d’un trop de comparaisons en version kitsch qui nous sont venues à l’esprit (Skip the use pour la voix notamment), d’un hurleur bien lourd au premier rang (« C’est énoooooooorme ! Nan mais oubliez France Inter, Étienne Daho et Lou Doillon ! C’est le plus grand groupe français depuis trente aaaans » – Le mec a tout dit), mais surtout d’un manque de cohérence global frappant – un peu comme si rien n’allait avec rien, et ce malgré des lignes de basses parfois bien groovy. On a souvent pensé aux Lanskies en fait, mais pour se dire que dans le registre, il n’y avait pas photo. D’autant plus décevant que les échos d’avant le concert étaient très enthousiastes… Tant pis.

Le Prince Miiaou performing in Paris © Mauro Melis

Tête d’affiche de la soirée, le Prince Miiaou est très attendue. De son vrai nom Maud-Elisa Mandeau, la jeune femme, qui a troqué sa blondeur pour un noir profond accentué par sa coupe de cheveux, tête rasée d’un côté, longue tresse de l’autre, frappe par son extrême minceur. « Désolée, on a plein de trucs à brancher, j’essaye un dernier truc ». « On n’est pas prêts y’a plein d’bordel ! ». La technique n’est pas de leur côté ce soir et la fébrilité s’installe. Pas d’agacement dans la salle pourtant, qui attend sagement la rentrée du groupe. On voudrait les rassurer : la Flèche d’Or se prête bien de toute façon à ces ajustements, avec ce côté intimiste qui fait qu’on se sent un peu comme à la maison et que tout est permis. Finalement, c’est vers 22h30 que résonneront les premières notes de Happy Song For Empty People, le premier extrait de l’album à paraître en début d’année prochaine, qui pose d’emblée les bases d’une évolution qui saute aux oreilles. Alors qu’on avait pu lui reprocher une trop grande proximité avec ses influences, la distanciation est nette d’entrée et ce titre, comme les autres joués plus tard dans le set, sont  la preuve que ses inspirations ont été complètement digérées cette fois. À l’évidence, le résultat est plus personnel, et plus rock aussi, dans les guitares comme dans l’exacerbation des sentiments, livrés avec autant de force que de pudeur. La voix reste incroyable, capable des aigus les plus bouleversants, de ceux qui mettent à nu pour mieux toucher l’âme – on pense forcément à Natasha Khan des Bat For Lashes. Difficile de ne pas être touché par le personnage, à la fois sombre et facétieux, fort et fragile, qui semble plaisanter avec des faussetés voulues à la flûte (« Merci d’être venu s’il vous plait restez ») avant de s’écrier « Allez ! », comme pour se donner du courage et enchaîner avec un JFK qui met le violoncelle à l’honneur autant que des cris déchirants d’une hauteur un peu foudroyante.

« Merci j’avais très peur comme à chaque fois sur scène je me suis dit tout va bien se passer mon cul oui ». Quoi qu’elle en pense, ça se passe plutôt bien pour un public qui trouve largement son compte dans la série de nouveaux morceaux plus enthousiasmants les uns que les autres. Sur Hulrik notamment, Country Bliss ou encore Suddenly, elle se met tour à tour magnifiquement en danger, lève le poing comme un défi, ou s’envole vers d’autres sphères avec sa guitare. Nul doute, Maud-Elisa est partie dans un crescendo éblouissant et habite totalement ce nouvel album qu’on a désormais plus que hâte d’écouter.

S’il fallait prendre date, alors c’est fait, que ce soit pour le 27 janvier pour l’album ou pour sa Release Party le 13 mars au Café de la danse.

Un grand coup de cœur pour ce Prince Miiaou donc, qui parvient à faire cohabiter grâce et fragilité avec une puissance folle. Celle par exemple d’un volcan qui ne demanderait qu’à entrer en éruption.

Décidément une grande dame que ce Prince-là…

Crédit photos : Mauro Melis.

Remerciements : Cédric Chamoulaud pour Velvet Coliseum / Ricard S.A Live

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

6 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 1 décembre 2013
    camus guillaume a écrit :

    Isatagada|, n’y a t’il pas une différence entre la « critique » et critiqué ?La critique est effectivement tout un art , celui de juger d’analyser une oeuvre artistique. « Critiqué » ou accusé, attaqué, blâmé, cinglé, condamné fond appel au côté acide de l’espèce humaine. Il me semble être clair que le métier de Critique n’est pas donné à tout le monde et que les plus brillants sont ceux qui ont su en déceler la nuance..afin de ne pas basculer dans le jugement personnel..
    En ce qui concerne BOW LOW, j’ai su reconnaitre une volonté de se démarquer avec une empreinte qui leur est propre. Je les adore..Des jeunes qui ne baissent pas leur froc et qui assument leur différence!! Merci à eux.

  2. 2
    le Dimanche 1 décembre 2013
    Benjamin C a écrit :

    J’ai tout bonnement l’impression que l’on était pas au même concert!
    La chanteuse n’a manifestement pas les moyens de ses « ambitions » le chant est à plein de reprises agaçant voire inaudible, au secours! Peut-être que ce groupe a t-il ‘déjà) tout dit?!.. dommage les musiciens sont efficaces.

  3. 3
    Isatagada
    le Lundi 2 décembre 2013
    Isatagada a écrit :

    Guillaume, ma critique était tout à fait subjective, nous sommes d’accord. Quant à moi, au contraire de sentir Bow Low différent, j’ai souffert de beaucoup trop de « modèles » qui transparaissaient beaucoup trop, justement. Fort heureusement, chacun en musique éprouve des choses très différentes et ce que l’un n’aimera pas, rien n’empêche l’autre de le trouver à son goût.
    La preuve avec ces deux commentaires car … (je m’adresse à Benjamin cette fois), j’ai trouvé au contraire que ses aigus, loin d’être agaçants (car je suis bien d’accord, les voix trop aïgues sont vite difficile à supporter), étaient très agréables. Alors que justement, j’avais peur d’être de ton avis.

    Et Balinger, vous en avez pensé quoi ??

  4. 4
    le Mardi 3 décembre 2013
    lebreton a écrit :

    Vous n’aimez pas ok !!!! cela n’est pas une raison pour être aussi désagréable ( je n’aime pas du tous votre article que je trouve limite incorrecte )

  5. 5
    le Mardi 3 décembre 2013
    Haubert a écrit :

    Vous n’aimez pas BOW LOW? Moi, j’adore!!! Avant de « casser » un groupe, assayez au moins de le connaitre!!! Oui, ils ne dèdent pas aux modes; Oui, ils sont auteur, compositeurs et interprètes; Oui, ils travailent durement pour assumer leurs choix et leur métier; non ils ne roulent sur l’or!!! Alors, s’il vous plait, un peu de respect pour ces véritables artistes!!!

  6. 6
    Isatagada
    le Mardi 3 décembre 2013
    Isatagada a écrit :

    Etre artiste c’est s’exposer. Mais en musique, c’est toujours le public qui l’emporte.
    J’ai écrit ce que j’en pensais. Vous avez tout autant le droit de vous exprimer.
    Bow Low a d’ardents défenseurs en tout cas !
    Bien à vous.

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