La nuit de L’Erdre | 29 & 30.06.12

par leni|
La Nuit de L’Erdre est un festival à taille humaine et à prix abordable, c’est sans doute ce qui a séduit les artistes présents, parmi lesquels Manu Chao, accompagné de la Ventura, Izia, Hubert Félix Thiéfaine et C2C. Difficile d’avoir un avis objectif tant la programmation et l’ambiance qui règnent sont séduisantes.

C’est à la lueur de la lune du vendredi soir qu’Izia entre sur scène. L’ouverture sur That Night donne immédiatement le ton du concert, à savoir un doux mélange entre une grâce sensuelle et une énergie animale. Très vite elle alterne entre morceaux puissants, qui laissent admirer une sublime voix écorchée (She, Penicilline) et d’autres plus brutaux, remplis d’énergie (Lola, Baby). Le public est retourné en permanence, et pourtant lorsque le rythme s’accélère (Disco Ball) ou quand elle entame ses tubes (So Much Trouble et Let Me Alone) les festivaliers reprennent un coup de fouet.

La belle s’adresse régulièrement à la foule (qu’elle nomme « bébé ») pour s’assurer qu’elle n’est pas la seule à « suer comme un porc » ou pour demander à voir des « nichons », et ainsi se mettre à la place de Mick Jagger. Les musiciens se mettent peu en avant, mais ils sont bien présents imposant une puissance permanente. De plus ils agrémentent la performance de riffs à la AC/DC et de solos aux touches Pink Floydiennes. Sur Life Is Going Down elle débute seule à la guitare pour un peu de douceur avant d’être rejointe par son groupe pour envoyer des décibels ! Pour terminer le concert, la fille Higelin fait largement participer le public avec Twenty Times A Day et parachève une grande performance pleine de sensualité et de puissance.

Les averses ont cessé afin de laisser place aux artistes du samedi et notamment à Hubert Félix Thiéfaine. Ce dernier se présente devant les spectateurs pour entamer son premier poème rock : Annihilation. Étant un de ceux qui font le plus de festivals cet été, il sait capter l’attention d’un public hétéroclite : c’est pourquoi il alterne entre les sublimes morceaux de son dernier album (Supplément de Mensonges) et des morceaux plus universels de son répertoire (Alligators 427, 113ème Cigarette Sans Dormir…). Le rock massif accompagne pleinement des paroles mélancoliques inspirées des grands poètes français. La foule est transpercée par La Ruelle Des Morts, Fièvre Résurrectionnelle et Petit Matin 4.10 Heure d’été. Mais l’homme en noir parvient aussi à créer une ambiance festive en faisant chantonner le public sur Loreleï Sebasto Cha ou avec Sweet Amanite Phalloïde Queen.

Du début à la fin les musiciens façonnent un rock rempli de force un peu à la manière de David Bowie et nous distillent quelques ravissants solos. H.F. Thiéfaine s’accompagne d’un harmonica et d’une guitare au son métallique, mais surtout de sa voix robuste qu’il pousse à de nombreuses reprises comme sur Confession D’un Never Been. En rappel, il fait définitivement chavirer le public qui se laisse aller aux hurlements pour scander La Fille Du Coupeur De Joints. L’écorché vif conclut en accélérant progressivement jusqu’à ce que la foule se lâche complètement et danse sur Lobotomie Sporting Club. Hubert Félix Thiéfaine allie remarquablement la justesse et la poésie de ses albums avec la puissance des lives, un moment d’une force féérique à ne pas manquer !

21h59 : il ne reste plus grand monde devant Irma, car tout le monde se masse déjà devant la grande scène afin de ne pas manquer une miette du concert de celui que chacun attend : Manu Chao. Ce dernier qui refuse de venir dans les salles ou les festivals au prix excessif se fait rare en France (trop occupé à parcourir le monde). Beaucoup de festivaliers ont fait un long voyage pour venir jusqu’à la petite commune de Nort-Sur-Erdre, certains se trouvaient déjà la veille à Évreux où il se produisait. On peut sentir l’excitation envahir la plaine d’où s’échappe un nuage au parfum de marijuana. 22h : tout se bouscule, Madjid (guitare) fait son entrée sur scène suivit de près par Gambeat (basse) et Garbancito (batterie). À l’arrivée de Manu Chao la foule est survoltée, retournée, enflammée… Une énergie folle se dégage. Sans interruption le public chante, danse et saute. La version réduite de la Radio Bemba n’a rien perdu de sa puissance festive !

Comme eux seuls savent le faire, chaque morceau est unique grâce à la maîtrise parfaite du bootleg (fait de mettre les paroles d’un morceau sur la musique d’un autre). Ainsi, il est impossible de savoir quel titre ils sont en train de jouer, mais le mélange sonne parfaitement. On peut noter la version inédite du tube de la Mano Negra King Kong Five et El Hoyo qui revient régulièrement. Le seul moment de répit (bienvenu pour de nombreux festivaliers à bout de souffle) est lorsqu’il accorde un temps de parole à des femmes venues parler de le la situation des réfugiés du monde. Ce geste est peu étonnant de la part du militant altermondialiste, l’artiste le plus universel de son temps. Il s’agit d’une performance difficile à décrire, mais de toute façon cela ne peut se raconter. Cet instant unique, où les sentiments de fraternité et d’allégresse règnent, se doit d’être vécu !

Crédits photo : Laurent Franzi

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