La mort de l’Amour – Thomas Suinot

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« J'ai commencé ce livre à mes dix-sept ans. Il fallait que j'écrive. » Ainsi s'exprime Thomas Suinot dans la postface de La mort de l'Amour .

lldla_170Le besoin d’écrire, ça je comprend, franchement, c’est pas moi qui blâmerait un truc pareil vu le temps que je passe à déblatérer sur mes blogs. Par contre, le besoin de faire publier. Enfin, je veux dire le besoin de faire publier un manuscrit qui porte beaucoup de défauts de jeunesse à commencer par le manque de relecture et de travail, ce n’est pas forcément un service à se rendre.

La mort de l’Amour (titre au romantisme échevelé qui peut instantanément rappeler On ne badine pas avec l’amour d’ Alfred de Musset ) est un très court roman où s’expriment tour à tour trois personnages, chacun avec leur voix. Elias, lycéen sombre et tourmenté dont le mal de vivre lui fait régulièrement ingurgiter toutes sortes de drogues ; John, étudiant enjoué et un peu naïf, qui est passionné de cinéma ; et enfin Angélique le trait d’union entre eux, la boucle, la jeune fille aimée de l’un et de l’autre. Trois personnages aux destinées qui s’entrelacent dans un crescendo de passion, douleur et tristesse, entre l’ennui des études et l’incapacité à s’avouer ses sentiments.

Et pour conter son histoire, Thomas Suinot ne lésine pas sur les références : on le sent qu’il est influencé par Indochine, Placebo et les clips de Marilyn Manson . Un peu trop même d’ailleurs. Ce qui donne souvent à son récit des tournures et intentions très clichées : ça se drogue, ça vomit, ça souffre et ça pleure sur fond de poèmes gothiques et visionnages de Requiem for a nightmare (!). Thomas Suinot a la plume d’un garçon de son âge, du lyrisme nourri au rock industriel et à la tétralogie adolescente de Gus Van Sant, il a la fraîcheur de sa jeunesse, mais pour le moment, il n’est pas un romancier. La mort de l’Amour souffre de longueurs (impardonnable pour un roman aussi court !), notamment provoquées par des effets de style très appuyés (Elias ne s’exprime qu’en « j’me ceci, j’peux cela, j’pense que ») mais assez curieusement par une incapacité à aller au fond des choses, au bout des personnages, de créer une réalité qui puisse être palpable pour le lecteur. L’univers est là, c’est certain, mais il ne permet pas de faire tenir le livre jusqu’au bout.

On s’en veut presque de se transformer en inquisiteur syntaxique face à La mort de l’Amour mais c’est bien ce qui anime à la lecture de certaines pages (« Une larme coule doucement et délicatement sur ma joue droite. » non, Thomas, non !). Ceci dit, si vous êtes en plein dans la mouvance gothic lolita ou emo boy, nul doute que vous vous régalerez à la lecture de ce livre. Mais si vous avez depuis longtemps dépassé cette étape de votre vie. Circulez. Ou plutôt, offrez La mort de l’Amour à vos (petits) frères et soeurs, pour peu qu’ils aiment les univers sombres, cela devrait les combler.

Et réservez-vous pour le prochain livre de Thomas Suinot, à tout juste 20 ans, il a bien le temps de faire ses preuves et c’est tout le mal qu’on lui souhaite, tant son enthousiasme est présent. Raturer des feuilles, les déchirer ou les réécrire n’est jamais du temps perdu.

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En savoir +

La mort de l’Amour, Thomas Suinot, Editions Les 2 encres, Collection Encres Nomades, 2007, 74 pages
Le MySpace de Thomas Suinot : http://www.myspace.com/sanjipink‘>www.myspace.com/sanjipink

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

5 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 6 juin 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Pour être honnête, je me suis intéressé à ce livre car je n’ai pas été très convaincu par ta chronique. Enfin, pas par ta chronique en général (car je ne connaissais absolument pas cet auteur), mais par ce que tu reprochais au livre en fait.

    Pourquoi? Parce qu’en allant sur le myspace de Thomas Suinot, j’ai trouvé des liens directs quant aux pages d’Indo, Manson et Placebo (entre autres). Là, on répondra, à juste titre: « rien d’exceptionnel ». Peut-être. Mais étant très attaché à Indo et Manson depuis 12 ans, j’ai souvent constaté qu’on rongeait un peu ces groupes-là n’importe comment (genre, on parle de bas-résilles troués donc c’est Manson, et de gamin androgyne donc c’est Indo).

    J’entame la deuxième lecture du livre, car il s’y trouve quelques ambigüités intéressantes à creuser. Tu comprendras mon point de vue demain (je posterai une petite chro en commentaire pour expliquer mon opinion en détails). Si ça t’intéresse de te prêter au débat…

    Juste pour dire à l’avance que j’ai bien aimé ce livre, malgré le style d’écriture utilisé pour faire parler Elias (dont tu parles ici) aux 2 ou 3 premières pages, avant de totalement rentrer dedans. Surtout avec l’intervention de John. Enfin bref. Le seul truc que j’ai envie de te dire, c’est merci de m’avoir fait acheter « La mort de l’Amour ». Pour le reste, je développerai demain.

  2. 2
    le Vendredi 6 juin 2008
    Dahlia a écrit :

    Oui Thomas m’a prévenu que tu l’avais lu effectivement. ;) Quant au fait que cette critique t’a poussé à le lire, ça ne fait que confirmer ce que je me tue à répéter aux gens qui me disent « tu ne devrai pas parler de ce que tu n’as pas aimé ou ce que tu trouves médiocre. » Un papier argumenté, qu’il soit positif et négatif poussera toujours les gens à se faire leur propre opinion pour peu que le sujet de départ les intéresse…

  3. 3
    le Mardi 17 juin 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Tu auras pu admirer ma rapidité exemplaire… :) )

    Pas du tout le temps d’écrire une grosse chronique pour l’instant, alors je vais essayer de détailler de la meilleure façon quand même.

    De l’histoire émane déjà une ambigüité dont on ne peut faire abstraction: le nombre de personnages principaux. Au premier abord, on serait évidemment tenté de dire qu’il y en a trois. Mais, comme sur la couverture où les deux garçons (les deux faces du puzzle) sont séparés par la jouvencelle, il me semblerait plus à même de dire qu’il s’agit là de cas psychiatriques encrés dans quelques schizophrénies. Parce que John pourrait représenter une idéalisation du Moi d’Elias (le côté sombre et névrosé, s’embourbant dans ses délires sans trouver d’échappatoire), de par notamment une antinomie paroxystique des caractères mais une approche des sentiments similaire.

    John intervient dans l’histoire – en devenant l’élément perturbateur clé – en se faisant cabosser la gueule, pour ensuite être « sauvé » par Elias, qui devient une sorte d’oreille amie auquel il veut sans cesse se rattacher. Si bien qu’au bout d’un moment, au fil de la lecture, les deux personnages se confondent l’un à l’autre, malgré cette dichotomie des caractères évoquée plus haut.

    Angélique, c’est la détraquée psychique par excellence, la plus enchainée dans ses schizophrénies. Car peut-être que cette confusion des deux garçons provient uniquement d’elle? Elle qui verrait son Amoureux névrosé, avec un grand « A », comme « Aporie », en parfait freluquet afin de raviver une flamme qui s’est éteinte dans la pauvreté du quotidien juvénile ?

    Il se trouve un parallèle entre les « trois » personnages, et c’est là que le titre du livre exhale ses richesses : le sentiment, l’envie de l’autre. Mais aussi la perte de Soi lorsque le paradoxe du sentiment ravage le cortex à petit feu : « La mort de l’Amour ».

    Certes c’est une vision personnelle de l’histoire… Mais c’est aussi pour ça que je la trouve intéressante, et bien construite. Alors que tout prêtait à rentrer facilement dans le casse-gueule.

    L’auteur s’exerce aussi à faire vivre ses personnages par le biais de figures de rhétorique différentes : j’avoue avoir eu très peur pendant les premières pages et la façon de parler d’Elias, complètement destructurée et très sobre. Avant, presque, de regretter son élan désespéré en entamant le récit de John, vivant, jeune, propret, un peu irritant, et ainsi de suite. Là où Angélique baigne sa langue dans une mare d’encre plus poétique, fine, un peu surannée parfois. Car il faut surtout souligner le fait que ce petit roman se lit comme une suite de trois nouvelles, reliées entre elles au fer rouge.

    Je n’ai pas trouvé le style puéril, ni baby goth ou autre. Juste jeune, en phase avec notre époque (n’oublions pas que les personnages sont des adolescents). Des références à Indochine, j’en ai trouvées 3; à Placebo, 2; à Manson, 0; à Damien Saez, 2. J’ai en revanche ressenti un certain plaisir en apercevant quelques ombres de films qui auront peut-être marqué Thomas lors de l’écriture, à savoir « The Crow » (avec Elias!) ou évidemment « Requiem for a dream ».

    En montant dans le dernier train, je me dis aussi que cette histoire reflète assez bien notre société actuelle dans le milieu des jeunes : le déséquilibre, la carence affective, l’insuffisance à (sur)vivre puis (sur)jouer, la futilité, le désordre émotionnel, l’apologie de l’auto-destruction (alcool, drogue, etc).

    En clair, j’ai dévoré ce livre comme une pâtisserie aigre-douce, en me reposant parfois quelques questions sur ce que je venais d’ingurgiter. Rien à lui reprocher, pas même le format plutôt bref (mais rapide!) de l’écrit. Ni même une approche un peu trash parfois (mais beaucoup d’humour). Une très bonne première fois j’ai envie de dire. Et en secondaire (vraiment très secondaire mais quand même, ça fait plaisir!), je n’ai frôlé aucune coquille pendant ma lecture, alors qu’il s’agit d’une petite maison d’édition; et c’est très très rare pour être souligné. Mais bon après c’est secondaire. :) )

    Là où l’on se rejoindra, c’est que son prochain ouvrage risque de tenir de très bonnes promesses.

    Donc oui ta chronique m’a poussé à lire ce roman, et je n’en suis DIANTRE pas le moins déçu ! ;)

  4. 4
    le Mercredi 5 novembre 2008
    Maxime a écrit :

    Hum…

    J’ai lu ce bouquin y a quelques semaines déjà et j’ai plutôt bien accroché. Je suis tombé sur ce site en cherchant l’actualité de l’auteur.

    Personnellement je trouve cet article ridicule et reflétant nullement le livre. À croire que Dahlia ne l’a pas lu. Elle commence sa chronique en parlant d’elle, puis elle donne des conseils ou fait des remarque à l’écrivain et elle alimente des clichés pour se justifier. Bravo.

    Du coup je rejoins l’avis d’Arno, je ne suis guère convaincu des reproches faits sur le livre, mais aussi de l’article en lui-même, extrêmement mal écrit et imprécis à souhait.

    Bref vivement le second roman, car pour un coup d’essai c’est déjà rudement bon et ça méritait d’être publié, n’en déplaise à certaine… (Jalouse ?)

    Bien cordialement, Maxime

  5. 5
    le Mercredi 5 novembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Interview de Thomas Suinot à découvrir dans le nouveau numéro de Twice (http://www.twicezine.net) !

    Pour son second roman, ça a l’air d’avancer à grands pas (via son site). Vivement :)

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