La monarchie toujours dans le coeur de la Suède malgré les polémiques du mariage princier.

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Vu de France, le mariage princier en juin dernier de Victoria, future reine de Suède, est un paradoxe. Avec un cout estimé de deux millions d’euros, et malgré l’agrandissement constant de la famille républicaine au pays des trois couronnes, la monarchie n'en est pourtant pas encore à sa fin...

Image de Victoria et Daniel De Designtorget aux boutiques souvenirs à proximité de Gamla Stan (la Vieille Ville), le design suédois et le plus pur kitch semblaient se tenir main dans la main pour le mariage princier. À Stockholm au moment du lancement du Love Festival le 6 juin dernier (jour de la fête nationale), impossible de ne pas être surpris par la déferlante commerciale et médiatique qui a devancé de quelques semaines (voir quelques mois pour la presse people) la cérémonie qui a uni la princesse Victoria et Daniel Westling, son professeur de gym, le 19 juin dernier.

Aux traditionnelles boîtes de chocolats disponibles des hypermarchés aux supérettes, j’ai préféré les objets dignes du pop-art de Designtorget, comme ces sachets de thé qui permettront à tout un chacun de voir le roi de Suède prendre un bain dans son thé. Les puristes iront quant à eux direction Gallerian, le grand centre commercial du cœur de Stockholm, où un stand présente services, fauteuils, portraits « officiels » du mariage à la vente. Le plus surprenant restant la pléiade de déclinaisons : cartes postales, mugs, timbres à l’effigie de Victoria et Daniel. Une question sans réponse se pose alors : qui achète ça ? Des touristes nostalgiques de la monarchie ? Des Suédois ? Françoise Sullet-Nylander, maître de conférences à l’Université de Stockholm d’origine française, en Suède depuis vingt ans, nous confie avoir faut l’acquisition d’« une boîte de chocolats avec le portrait de Victoria et Daniel à des collègues universitaires d’Aix : ils ont trouvé cela très drôle ! » avant d’ajouter qu’il s’agissait là d’« un clin d’œil à ce côté paradoxal des Suédois qui forment une société très moderne et démocratique, mais en même temps, très attachée à leurs traditions ».

Sur un fond de polémiques autour de la garden-party de l’Élysée à 700 000 euros ou des avantages perçus par la très catholique Mme Boutin, qui finira sous les pressions par faire vœu de pauvreté (sic), les journaux français s’amusent moins. L’on parle aujourd’hui sans tendresse de « faste », de « mariage coûteux », à la charge du « contribuable suédois » tout en mettant en avant le désir de république au pays des trois couronnes. Si le mariage a coûté plus d’un million d’euros aux Suédois, et que ce montant a engendré quelques protestations en Suède dans le camp de la gauche radicale notamment ainsi que sur Facebook, la réalité est beaucoup plus nuancée que cela. D’abord, n’oublions pas que la Suède fait figure d’exemple face à la France quant au train de vie des élus : on se souvient par exemple que Mona Sahlin, chef de file des sociaux-démocrates avait dû quitter sa place de députée en 1996 pour avoir acheté des couches et du chocolat aux frais de l’État. Mais à la décharge des journaux français, il est vrai que le paradoxe est curieux : comment un pays qui a fait un scandale pour du chocolat peut laisser passer un mariage à plus d’un million d’euros sans remettre en cause la monarchie et son train de vie ? Attachement aux symboles ? Car le jour du mariage, toute la classe politique suédoise était présente à la cérémonie, à l’exception du leader du parti de gauche qui a refusé d’y participer.

Image de Brosse de toilette à l'éffigie du couple Comme le souligne BFM TV, le mariage princier a « boosté » le tourisme et par extension le commerce ; de plus les bénéfices engendrés par les objets officiels du mariage devraient être reversés à « des œuvres caritatives ». D’après la Fédération suédoise du commerce, les bénéfices dus à ces activités devraient en outre atteindre 250 millions d’euros. Si le mariage a fait grincer quelques dents et serait, d’après les partisans de la république, à l’origine d’un grossissement de leurs rangs, pour Cecilia Åse, politologue auteur d’une thèse sur la monarchie suédoise, les Suédois n’en sont pas à discuter de la monarchie en tant qu’institution : « A quoi va ressembler le mariage ? Comment va la reine ? Est-ce que Carl Philip a une petite amie ? Ces questions seront probablement discutées pendant une pause-café. Monarchie versus république ? Pas vraiment ». Les journalistes du service public ont quant à eux adopté un ton plutôt people pour commenter la cérémonie, comme Françoise Sullet-Nylander nous l’a fait remarquer. Les quelques milliers de Facebookeurs qui avaient rejoint des groupes dénonçant le coût du mariage pour le contribuable suédois ne risquent donc pas, à court ou moyen terme, d’ébranler l’institution : malgré une côte de popularité en baisse dans les sondages, la monarchie remporte encore la majorité des sympathisants face à la république…

À la question de savoir ce qu’elle pensait du fait qu’une cérémonie royale soit payée par le contribuable suédois, Françoise Sullet-Nylander s’est déclarée un peu choquée avant d’ajouter que cela ne l’empêchait pas de dormir « car les impôts sont et seront élevés de toute façon, avec ou sans monarchie, et je n’ai rien contre le fait de payer beaucoup d’impôts si l’argent est bien redistribué. Et je pense que c’est le cas ici ! » Quoi qu’il en soit, en tant que simple visiteur dans un pays étranger les paradoxes qui semblent s’y concilier sont souvent assez frappants. La Suède, pays moderne, démocratique, admiré en France pour son modèle égalitaire et progressiste, n’en reste pas moins attachée à ses traditions, cela sans se limiter à la seule conservation de la monarchie.

Un grand merci à Françoise Sullet-Nylander, maître de conférences au département de français de l’Université de Stockholm, pour avoir répondu à nos questions.

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A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

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